Wagons pétroliers albertains: une occasion d’affaires pour le N.-B.?

La volonté du gouvernement albertain d’opter pour le chemin de fer afin d’écouler son pétrole en attendant l’arrivée des oléoducs pourrait-elle profiter au Nouveau-Brunswick?

Mardi dernier, la première ministre de l’Alberta, Rachel Notley, annonçait la signature d’une entente historique entre son gouvernement et les compagnies ferroviaires Canadien National et Canadien Pacifique.

Cette entente consiste en la location de 4400 wagons-citernes.

Une fois en place, soit vers 2020, cela permettrait le transport au quotidien de 120 000 de barils par jour. Coût de l’investissement: 3,7 milliards $. La somme est colossale, mais le gouvernement anticipe des revenus de près de 6 milliards $ au cours des trois prochaines années. La dépense en vaut donc la peine.

La première ministre Notley a toutefois été claire, cette solution ne vise pas à remplacer les projets déjà sur la table d’oléoducs ni ceux à venir. Elle consiste plutôt en une alternative à moyen terme permettant à sa province d’écouler son pétrole.

Sur son site, le gouvernement albertain indique qu’il «achètera le pétrole brut des producteurs, puis le chargera dans les wagons afin qu’il puisse être expédié sur les marchés.»

Mais à partir d’où exactement au pays sera expédié ce pétrole? À défaut du projet d’oléoduc Énergie Est, le Nouveau-Brunswick pourrait-il accueillir le pétrole albertain transitant par l’entremise de son système ferroviaire?

Ce n’est un secret pour personne que le premier ministre néo-brunswickois a un faible pour le pétrole de l’Ouest canadien, son administration cherchant désespérément à relancer le projet d’oléoduc Énergie Est. Il y a quelques jours encore, ce dernier affichait très clairement sa position sur l’enjeu pétrolier en participant à une manifestation pro-industrie en Saskatchewan.

«Je préférerais voir l’oléoduc se concrétiser. Cela dit, je dirais que la possibilité de voir une partie de ces wagons-citernes aboutir au Nouveau-Brunswick est très plausible», a souligné le premier ministre.

«Ce serait excellent, une autre avenue pour nous de créer de l’activité économique au Nouveau-Brunswick. Cela dit, ce serait par contre à l’industrie, au secteur privé, de faire les arrangements nécessaires pour que cela devienne réalité», a ajouté M. Higgs.

L’Alberta discrète

Pour ce qui est du gouvernement albertain, celui-ci s’est fait discret jusqu’ici sur ses intentions et, surtout, les emplacements qui pourraient éventuellement être choisis comme destinations pour ces fameux wagons pétroliers.

Questionné par l’Acadie Nouvelle à savoir si Nouveau-Brunswick figurait dans les plans, le porte-parole des ministères de l’Énergie et du Commerce est demeuré vague.

«La Commission de commercialisation du pétrole de l’Alberta est toujours en négociation afin de trouver une destination d’accueil pour notre pétrole. Différents emplacements sont considérés à ce moment, et ce, dans l’ensemble du pays», a indiqué Mike McKinnon du département des communications, sans pour autant spécifier si le Nouveau-Brunswick était l’une de ces destinations envisagées.

Prise deux?

Il y a environ cinq ans, un tel projet – Chaleur Terminal – avait failli voir le jour au Port de Belledune. Le projet consistait en la construction d’un pipeline de 3,4 km et de huit réservoirs de stockage du pétrole avant que ce dernier ne soit transbordé à bord de pétroliers. On parlait à l’époque d’accueillir quotidiennement 120 wagons-citernes de pétrole.

Le projet a toutefois déraillé en cours de route, faisant l’objet d’une vive contestation de la part de groupes environnementalistes, de municipalités québécoises (situés le long du trajet proposé) et de Premières Nations autochtones. Ceux-ci craignaient un déversement dans la baie des Chaleurs ainsi qu’en cours de routes, notamment dans la rivière Restigouche. La baisse du prix du pétrole avait aussi emmené ses promoteurs à réviser leur projet. Pourrait-il être relancé aujourd’hui?

Actuel président-directeur général du Port de Belledune, Denis Caron n’était pas sur place au moment du projet de Chaleur Terminal. Il sait par contre que son port était vivement considéré à l’époque.

Il soutient ne pas encore avoir reçu de coup de fil concernant la possibilité de relancer le projet ou tout autre impliquant une exportation de masse du pétrole albertain.

«On vient tout juste, comme un peu tout le monde, de prendre connaissance de cette volonté du gouvernement albertain d’utiliser les rails pour son pétrole. Il faudra voir s’il y a des occasions pour nous. Mais pour que ça se réalise, ça prend un projet. Et nous, en ce moment, nous n’en avons pas», confirme M. Caron.

Il note n’avoir jamais coupé les liens avec la compagnie Chaleur Terminal. Aux dernières nouvelles par contre, la compagnie n’avait pas identifié de projet comme tel pour Belledune. Et si cela devait se produire, M. Caron soutient qu’il faudra être convaincant pour obtenir l’approbation du port.

«Il y a tout l’aspect de la sécurité et de l’acceptabilité sociale à prendre en considération. Je sais qu’il y a eu des modifications au niveau des wagons (depuis l’accident de Lac-Mégantic), mais est-ce que c’est suffisant aux yeux du grand public? Comme port de mer, on veut s’assurer d’avoir en place des projets qui n’auront pas d’impact négatif non seulement pour le port, mais pour toute la région. Plusieurs facteurs devront ainsi être étudiés en profondeurs avant d’accepter un tel projet», explique le PDG, réitérant qu’aucun projet n’est encore sur la table.

«On ne ferme pas la porte à aucune discussion. S’il y a un projet solide, sécuritaire, et avec un bon niveau d’acceptabilité sociale, on sera à l’écoute. Mais chose certaine, on est plus rigoureux que par le passé et on mise beaucoup sur les bonnes relations avec nos voisins immédiats. On est prudent», dit le directeur.

Le pétrole albertain pourrait également complètement éviter la région du Restigouche et la vallée de la Matapédia en empruntant le tronçon ouest (Edmundston à Moncton). De là, il aurait la possibilité soit de poursuivre vers le nord jusqu’à Belledune, ou encore vers le sud, à Saint-Jean.

  • Avec l’aide du journaliste Mathieu Roy-Comeau