Des jours sombres à l’horizon pour les pêcheurs de hareng d’automne

Les pêcheurs de harengs d’automne dans le golfe du Saint-Laurent devront probablement se serrer la ceinture encore une fois cette année afin de contrer le déclin des stocks. Malgré la réduction des quotas, on estime à seulement 40% les chances que la biomasse rebondisse.

En 2018, les débarquements de hareng d’automne ont atteint leur niveau le plus bas en plus de 30 ans. En fait, les captures sont en déclin depuis une quinzaine d’années, passant d’environ 60 000 tonnes à 17 000 tonnes.

Il y a un an, les membres de l’industrie ont accepté de réduire les quotas afin de donner un coup de pouce à la biomasse. jeudi, ils ont demandé le statu quo pour 2019, lors d’une réunion du comité consultatif des petits pélagiques du golfe, à Moncton.

Les scientifiques du ministère des Pêches et des Océans estiment qu’il y a 40% de chance «qu’il y ait une augmentation de 5% de la biomasse» en 2019. Leurs modèles prédisent qu’il y a 40% de chance que les stocks demeurent stables, et 20% de chance qu’ils diminuent.

L’évaluation des stocks a lieu tous les deux ans, la prochaine étant en mars 2020.

«C’est à ce moment qu’on verra l’effet des décisions qui ont été prises cette année et l’an dernier», mentionne le biologiste François Turcotte.

Le MPO a suggéré un total admissible des captures de 16 000 tonnes pour 2018 et 2019. Les pêcheurs ont dépassé légèrement cet objectif en 2018 avec des débarquements de 17 000 tonnes.

Certains scientifiques recommandent cependant un quota encore plus petit. Ils avancent que les périodes de déclin nécessitent plus de précautions. Pour 2018 et 2019, ils auraient plutôt suggéré des débarquements de 13 500 tonnes.

Jeudi, on a présenté un autre modèle – encore plus conservateur – recommandant des prises de moins de 9000 tonnes afin d’assurer le rétablissement des stocks.

Un porte-parole de l’Union des Pêcheurs des Maritime mentionne qu’une telle diminution aurait des conséquences socioéconomiques graves dans les communautés côtières du Nouveau-Brunswick.

«Si on diminue à 13 500 tonnes ou moins, il y aura un impact sur les pêcheurs, sur les hommes de ponts, sur les usines et sur plusieurs autres intervenants de façon indirecte», mentionne Louis Ferguson, du département d’aménagement et d’évaluation de la ressource de l’UPM.

«Il faut aussi regarder l’impact à long terme: est-il mieux de faire ça (diminuer à 13 500 tonnes) tout de suite pour assurer l’avenir de la pêche? Ou fait-on la bonne chose avec la diminution (à 16 000 tonnes) qu’on a acceptée l’an dernier?»

Quant à savoir pourquoi les stocks de hareng sont en déclin, M. Turcotte affirme qu’il y a plusieurs facteurs possibles. Outre la mortalité par la pêche, ils incluent un faible taux de recrutement et la surpopulation du phoque gris.

«Les pêcheurs lèvent les filets le plus vite possible», explique M. Ferguson, «si on laisse les filets à l’eau trop longtemps, on aura peut-être juste des têtes de poisson dedans».