Certification de pêche durable: des empêtrements de trop pour l’industrie du crabe des neiges

Le renouvellement de la certification de pêche durable de l’industrie du crabe des neiges du golfe n’est pas aussi certaine que le croyaient les pêcheurs. Mercredi, un transformateur de la Nouvelle-Écosse a dévoilé que l’organisme qui gère la certification avance que cinq empêtrements ont eu lieu en 2018, dont un «probablement» mortel.

Tous les signes semblaient indiquer un renouvellement facile de la certification de pêche durable du Marine Stewardship Council (MSC) pour l’industrie du crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent. Grâce à une série de mesures de protection strictes imposées aux pêcheurs, aucune carcasse de baleine noire n’a été trouvée dans les eaux canadiennes en 2018 et une demi-douzaine de baleineaux ont été observés au large des États-Unis cet hiver.

Mercredi matin, les pêcheurs ont appris qu’ils n’en ont peut-être pas fait assez.

C’est Glenn Feltmate, porte-parole du directeur général de l’Affiliation of Seafood Producers Association of Nova Scotia, Peter Norsworthy, qui a gâché la fête. Mercredi matin, lors de la réunion du comité consultatif du crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent, il a partagé des informations préliminaires d’une ébauche du rapport d’audit préparé pour le MSC.

«Ils jugent que des blessures sérieuses causées aux baleines lors des pêcheries, en 2018 – et je crois qu’il y en a eu cinq – vont, selon des recherches, probablement mener à une mortalité. Ainsi, la suspension pourrait être prolongée.»

La nouvelle était une mauvaise surprise pour Robert Haché, de l’Association des crabiers acadiens. Il s’offusque notamment du fait que ses collègues et lui n’ont pas reçu une copie de l’ébauche du rapport du MSC avant la réunion de mercredi.

«Moi j’étais absolument certain qu’après tous les efforts et les argents investis dans la recherche et les engins de pêche, après tous les efforts dans les mesures de gestion, que MSC allait arriver et dire “bravo, vous avez fait du bon travail”.»

Aucune preuve

Gilles Thériault, directeur général de McGraw Seafoods, a donné son appui aux pêcheurs. Parlant au nom des transformateurs, il a assuré que peu importe la décision du MSC – qui doit être annoncée la semaine prochaine selon lui -, les efforts des pêcheurs seront mis de l’avant auprès des intervenants clés des marchés des fruits de mer.

«Si jamais on décidait de continuer à suspendre notre certification, ce n’est pas justifiable. On va rassurer le marché que les démarches que l’on fait vont dans la bonne direction et que ce n’est quasiment pas humainement possible de faire plus qu’on fait.»

Martin Noël, président de l’Association des pêcheurs professionnels crabiers acadiens (APPCA), se demande pourquoi on attribue les empêtrements aux crabiers du golfe du Saint-Laurent alors qu’il n’y a pas de preuve qu’ils sont responsables.

«C’est certain qu’il y a eu des observations de baleines avec du cordage, mais est-ce que ça provient de la pêche d’ici en 2018? C’est difficile de comprendre pourquoi on nous blâme pour ça.»

Les pêcheurs ont appris que le rapport du MSC s’appuie sur des données d’une agence américaine, la National Oceanic and Atmospheric Administration, plutôt que sur celles du ministère des Pêches et des Océans (MPO) du Canada. Les pêcheurs suggèrent qu’il y a là un conflit d’intérêts.

«Pourquoi le MSC base-t-il ses analyses sur des données d’un autre pays sur notre pêcherie? Les Américains ne sont peut-être pas intéressés qu’on garde le MSC. Ça fait peut-être leur affaire», a lancé M. Haché.

«J’ai vraiment un problème que le MSC base ses analyses sur un rapport fait par un pays étranger. Pêches et Océans Canada est le mieux outillé pour donner ces suivis. Je ne comprends vraiment pas. C’est une absurdité incroyable.»

Le MPO a observé deux baleines empêtrées dans des engins de pêche en 2018 dans le golfe du Saint-Laurent, au large de l’île Miscou, soit une en juillet et une en août. L’une d’elles a été observée quelques heures plus tard. Elle avait réussi à se libérer des cordages.

Le MSC a suspendu la certification de l’industrie de pêche il y a un an, à la suite du décès d’une douzaine de baleines noires dans le golfe en 2017.

Un audit de l’industrie a eu lieu en novembre. Le rapport devait être finalisé en décembre, mais la date de publication a été remise au 28 février afin d’inclure les détails finaux d’une étude du consortium de recherche sur la baleine noire de l’Atlantique Nord.