Faire de l’humour noir dans un enfer blanc

Qui décide de rester dans la rue de l’Île de Caraquet doit s’attendre à ce que l’hiver y soit souvent plus dur qu’ailleurs. Il fallait voir l’état du secteur, jeudi, pour en comprendre l’ampleur… Heureusement, les citoyens trouvent encore le moyen de faire de l’humour dans cet enfer blanc.

La tempête de neige de lundi a déversé sur la région près de 40 centimètres, selon les rapports de la base météorologique de Bas-Caraquet. Mais quand on se promène dans cette rue longeant la côte à l’est de la ville, on croirait plutôt qu’il en est tombé… quatre mètres!

Les montagnes blanches se succèdent. C’est si blanc que l’on doit plisser des yeux, malgré de bonnes lunettes de soleil. Elles touchent presque aux fils des poteaux. Des voitures sont ensevelies. Des buttes ont rafalé jusqu’aux toits de certaines résidences. La route ne permet que le passage d’un véhicule et, à certains endroits, il faut faire du slalom entre les lames durcies pour passer.

Malgré ce paysage qui ressemble davantage à une zone de guerre blanche, la bonne humeur était de mise.

Albert Gosselin, ce champion de volleyball, parvient à briser la butte de neige qui monte au-dessus de la fenêtre avec son petit chasse-neige. Il arrête le moteur pour venir nous parler. Le sourire fendu jusqu’aux oreilles.

«C’était une mosus de belle tempête, hein? Comme dans le temps! La neige est dure et certains de mes voisins ont dû faire appel à un chargeur pour ouvrir leur cour. On est habitué ici à de la poudrerie, mais comme ça pendant trois jours, je n’ai jamais vu ça», analyse-t-il, en rappelant que ce sont les joies de l’hiver.

Il avait prévu le coup. Il n’a manqué de rien même s’il était isolé du monde depuis lundi. La leçon de la crise du verglas de 2017 a porté fruit.

«On n’a pas eu de problème. On a de bons voisins aussi. On n’a jamais été à court de nourriture.»

Plus loin, Edna Thériault et un ami font aller la pelle comme jamais. Il faut dégager le camion enseveli, car Edna est pompière volontaire. Elle peut être appelée à répondre à une urgence à tout moment.

«On pellette depuis 8h ce matin. Il y en a qui appelle ça de l’or blanc. Moi, je dis que c’est l’enfer blanc. Ça fait 27 ans que je demeure ici et j’ai rarement vu ça. En plus, elle est dure comme du ciment», dit-elle, avant de reprendre la corvée.

Michel Lanteigne termine de nettoyer sa cour avec sa petite souffleuse. Ça fait trois jours qu’il est bloqué chez lui. Il n’a pas pu aller travailler mardi et mercredi.

«Elle va fondre en juillet, dit-il avec humour. On s’habitue ici. J’ai connu pire à Saint-Simon. Là, il y avait tellement de neige que ça touchait les fils électriques. Au moins, nous n’avons pas manqué d’électricité. C’est pas mal moins pire que le verglas. Là, on avait été privé de courant pendant 10 jours. J’ai une génératrice prête au besoin. De la neige? Amenez-en en masse.»