Services essentiels: les foyers de soins se préparent au pire

Les foyers de soins du Nouveau-Brunswick se préparent au pire en l’absence de directives claires concernant les services essentiels en cas de grève.

Des milliers de travailleurs des foyers de soins de la province pourraient bientôt se retrouver en grève et l’incertitude règne au sujet du niveau minimal de services qu’ils seraient alors tenus de dispenser aux résidents.

Plus de 4000 membres du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick qui travaillent dans 45 établissements sans but lucratif participeront à un vote de grève, jeudi.

Le Conseil représente notamment les infirmières auxiliaires, les préposés aux résidents et les responsables de l’alimentation et du ménage de ces foyers. Sans contrat de travail depuis 28 mois, ils réclament entre autres une meilleure rémunération.

Selon Patrick Roy du Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), dont fait partie le Conseil, les syndiqués n’ont aucune obligation légale de fournir certains services en cas de grève.

«Notre position, c’est qu’il n’y a pas de services essentiels», résume M. Roy.

Il existe pourtant un processus au Nouveau-Brunswick pour faire désigner comme «essentiels» certains services en cas de grève dans les foyers de soins.

La partie patronale, l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, tente d’obtenir cette désignation auprès de la Commission du travail et de l’emploi depuis 2011, mais l’affaire n’est toujours pas réglée.

Après avoir remporté une première victoire devant le tribunal administratif en 2014, l’Association a frappé un mur en décembre dernier.

Les deux parties attendent ces jours-ci une clarification concernant les services essentiels sous la forme d’une ordonnance de la part de la Commission. On ne sait toutefois pas si le tribunal administratif pourrait aller jusqu’à désigner certains services essentiels ou se contenter d’obliger les parties à continuer de négocier sur cette question ou tout simplement maintenir le statu quo promu par le syndicat.

Prendre soin des résidents

Devant cette incertitude, l’Association des foyers de soins se prépare à devoir prendre soin de ses résidents sans l’aide des 4000 syndiqués du Conseil.

«Nous planifions pour le pire des cas. Nous planifions pour une grève complète et nous travaillons très fort pour considérer toutes les possibilités et tous les risques pour les résidents», explique le directeur adjoint aux services juridiques de l’Association, Justin Wies.

«Nous sommes en train de mettre en place des plans pour protéger le plus possible la santé et la sécurité des résidents.»

M. Wies n’a pas souhaité préciser les mesures à la disposition de l’Association en cas de grève avant que les préparatifs ne soient terminés.
«perturbant et inquiétant»

Le manque de clarté concernant les services essentiels dans les foyers de soins préoccupe énormément l’Association francophone des aînés du Nouveau-Brunswick.

«C’est la poignée de gestionnaires qui seront appelés à tout faire, à moins qu’il y ait des membres des familles qui osent traverser les lignes de piquetage. C’est perturbant et inquiétant», lance le directeur général de l’Association des aînés, Luc J. Doucet.

Les infirmières en foyers de soins, qui font partie d’un différent syndicat, devraient aussi pouvoir prêter main-forte en cas de grève.

«Est-ce qu’ils vont être en mesure de laver les résidents? De faire les changements de lit? Les gens de l’entretien ménager et de la cuisine vont être en grève aussi», souligne M. Doucet.

L’Association des aînés est cependant très sensible aux revendications des syndiqués, selon son directeur général.

«C’est un travail dans les foyers de soins qui est très, très exigeant. Le nombre de résidents dont chaque employé est responsable est énorme.»

«Nous demandons que le gouvernement s’assure de bien rémunérer ces gens-là», dit Luc Doucet.

Une offre «équitable»

La province du Nouveau-Brunswick est la principale source de financement des foyers de soins sans but lucratif. La semaine dernière, une porte-parole du ministère du Développement social a indiqué au journal que la dernière offre de l’Association des foyers de soins était «équitable» étant donné que les ressources financières de la province ne sont pas «sans limites».

Le syndicat s’attend à obtenir «un gros mandat de grève» de la part de ses membres lors du vote de jeudi, selon Patrick Roy du SCFP. Le plan n’est toutefois pas de déclencher la grève à tout prix.

«Lorsque ça va sortir, nous espérons que (le gouvernement) va dire “ok, ils sont sérieux, nous devons retourner à la table des négociations”.»
Le syndicat doit donner un préavis de 24 heures aux foyers de soins avant de déclencher la grève après avoir obtenu un mandat de ses membres.