Les députés néo-brunswickois interpellés par l’affaire SNC-Lavalin

C’est une sérieuse crise politique qui secoue le premier ministre canadien, confronté à la démission de deux femmes fortes de son gouvernement. Plusieurs membres du caucus néo-brunswickois ont réitéré leur confiance en Justin Trudeau, mais des lignes de fracture apparaissent dans les rangs du parti au pouvoir.

Le scandale a commencé le 12 février, avec la démission surprise de la ministre de la Justice et procureure du général du Canada, Jody Wilson-Raybould. Elle expliquait avoir subi des «pressions» inappropriées du premier ministre et de son entourage pour qu’elle intervienne en faveur de la négociation d’un accord de réparation avec SNC-Lavalin et ainsi éviter que le géant québécois ne subisse un procès.

L’affaire a pris une ampleur nouvelle lundi, lorsque la ministre responsable du Conseil du Trésor, Jane Philpott, a claqué à son tour la porte du cabinet. Dans une lettre, elle écrit qu’il lui était devenu «intenable» pour elle de respecter la solidarité ministérielle qui implique de défendre toutes les décisions du cabinet.

«Les principes en jeu sont ceux de l’indépendance et l’intégrité de notre système de justice. Il est fondamental que les règles du droit ne soient pas soumises à des pressions politiques ou à de l’ingérence», souligne-t-elle. «Malheureusement, je n’ai plus confiance dans la façon dont le gouvernement traite cette affaire et réagit aux enjeux soulevés.»

Appelés à commenter la crise, les deux députés néo-brunswickois membres du cabinet n’ont pas donné suite à nos demandes d’entrevue. Le député de Beauséjour, Dominic Leblanc, s’est contenté d’une déclaration.

«J’ai pleinement confiance en le premier ministre. Nous continuerons de prendre des mesures pour faciliter la vie des Canadiens et créer de bons emplois dans la classe moyenne partout au pays.»

De son côté, la députée de Moncton-Riverview-Dieppe, Ginette Petitpas Taylor, s’est exprimée uniquement via Twitter. «J’ai pleinement confiance envers mon premier ministre Justin Trudeau», écrit-elle.

Interrogée en marge d’un point de presse sur les services de garde, la députée de Nouveau-Brunswick-Sud-Ouest, Karen Ludwig, a affirmé que son soutien envers M. Trudeau «n’a pas faibli».

«Justin Trudeau est le chef de notre parti, il nous a donné une grande confiance dans le travail qu’il a accompli et nous avons un mandat à remplir, mon intention est de continuer à travailler sur ce mandat.»

Elle salue au passage les accomplissements des ministres démissionnaires. «Je suis encouragée par le fait qu’elles restent dans le caucus et je crois qu’elles ont encore une contribution à faire au sein du caucus», dit-elle.

Le député Wayne Long réclame une enquête

Le discours du député de Saint-Jean – Rothesay, Wayne Long, est tout autre. Le mois dernier, le politicien libéral avait appuyé une motion du Nouveau parti démocratique réclamant la tenue d’une enquête publique sur les allégations d’ingérence politique qui éclaboussent le bureau du premier ministre.

À la suite de la démission de Jane Philpott, Wayne Long, a réitéré son appel en faveur d’une enquête «complète et transparente», demandant à nouveau que son gouvernement fasse la lumière sur cette controverse.

«Je milite pour que notre gouvernement nous assure que les Canadiens puissent obtenir les réponses qu’ils attendent; je crois que nous ne pourrons pas réussir à nous remettre au travail tant qu’ils n’auront pas eu de réponses», souligne-t-il.

Le député fait également valoir son malaise face à la crise de confiance qui secoue son gouvernement.

«Je suis profondément troublé par le fait que Mme Philpott ait senti le besoin de démissionner en raison de la façon dont le gouvernement a géré cette affaire. Je partage de tout mon coeur sa conviction qu’il ‘’y a un prix à agir selon ses principes, mais qu’il y a un prix encore plus grand à payer lorsqu’on les abandonne’’.»

«Une tempête dans un verre d’eau», juge le député Arseneault

Le député de Madawaska - Restigouche, René Arseneault, prend la défense du gouvernement Trudeau.

«J’apprends comme vous, au compte-gouttes, ce qui se passe à Ottawa, ce n’est pas parce que je suis un député élu que j’ai une longueur d’avance sur les nouvelles… Mais j’ai toutes les raisons de croire, d’après ce que j’ai entendu jusqu’à ce matin, que le gouvernement du Canada n’a rien à se reprocher», affirme-t-il en entrevue. «Je pense que d’un point de vue juridique, il n’y a aucune atteinte à la primauté du droit du Canada. Ça s’est fait dans les règles de l’art.»

Il estime que les «pressions» évoquées par Mme Wilson-Raybould sont inhérentes à la fonction qu’elle occupait.

«Le ministre de la Justice, qui porte aussi le chapeau de procureur général du Canada, est justement sur la limite qui sépare le pouvoir judiciaire du pouvoir politique», dit-il. «Ce n’est pas la première fois qu’un ministre de la Justice entend des doléances, des pressions.»

Selon lui, l’intervention du gouvernement ne relève pas d’un cas de partisanerie, il s’agissait de sauver un fleuron de l’industrie qui emploie 10 000 personnes au pays.

«Pour moi qui suis avocat, c’est une tempête dans un verre d’eau. C’est un débat théorique sur le rôle d’une personne au sein du gouvernement qui porte deux chapeaux, celui de ministre qui implique de faire équipe, de consulter, d’écouter le reste du Cabinet, et celui de procureur du général du Canada qui doit préserver l’indépendance du système judiciaire.»

René Arseneault pointe plutôt du doigt «l’entêtement» de l’ex-ministre de la Justice.

«On lui a demandé à deux reprises d’obtenir une opinion juridique indépendante pour donner ou non la chance à SNC-Lavalin de présenter un accord de réparation. Je ne peux pas comprendre qu’elle ait refusé cela. C’était une exigence minimale, apolitique, non partisane.»

«J’appuie de façon indéfectible le premier ministre Justin Trudeau. C’est lui qui nous a amenés où on est, qui a changé en peu de temps notre société. Je suis toujours derrière lui à 100%», ajoute-t-il.