Le changement d’heure n’est pas sans conséquences sur la santé

Signe que ce rude hiver aura inévitablement une fin, nous passerons à l’heure avancée dans la nuit de samedi à dimanche. Ce geste qui semble anodin peut toutefois avoir d’importantes répercussions sur notre sommeil et sur notre santé selon des experts.

Avant de se mettre au lit samedi soir, il faudra avancer vos horloges d’une heure. Si nous gagnons en clarté, la plupart d’entre nous perdront une heure de sommeil.

«Comme on avance l’heure, on va avancer nos heures de coucher et on doit aussi avancer notre heure de lever. La plupart des gens, s’ils ne se préparent pas bien à ce changement-là, vont perdre une heure de sommeil», indique la Dre Julie Carrier, experte dans l’étude du sommeil qui œuvre au sein du Centre d’études avancées en médecine du sommeil de Montréal.

Perdre une heure de sommeil ça ne semble pas la fin du monde, mais dans une société qui dort de moins en moins bien, passer moins de temps dans les bras de Morphée peut avoir des effets néfastes sur la santé mentale et physique.

«Ce n’est pas un traumatisme majeur. Ceci dit, dans une population déjà souvent privée de façon chronique de sommeil, perdre une heure de sommeil, c’est la petite goutte qui fait en sorte qu’on se sent plus fatigué», souligne la professionnelle de la santé.

Près de 32% de la population au Canada estime déjà ne pas dormir suffisamment, soit de sept à neuf heures par nuit, selon Statistique Canada. Plus de 25% de la population active affirme par ailleurs avoir parfois de la difficulté à rester éveillée durant le jour.

«Quand j’ai commencé en recherche, c’était les personnes âgées qui avaient le plus de problèmes de somnolence et maintenant, la tendance est renversée. Malgré que les jeunes ont un sommeil magnifique, c’est devenu la population la plus somnolente», estime la Dre Carrier.

Bien dormir, pour la chercheuse, est aussi important que de bien manger et de faire de l’exercice. Une bonne nuit de sommeil, va non seulement nous assurer d’être éveillé et vigilant durant la journée, elle contribuerait également à une bonne santé cardiovasculaire et même à la perte de poids selon les recherches.

«Dis-moi comment tu dors et je te dirai à quoi ressemblera ta santé cognitive, émotionnelle et physique. C’est donc un investissement à faire pour sa santé à court et à long terme.»

Comment faire?

C’est bien beau tout ça, mais comment fait-on pour s’assurer de ne pas perdre cette heure précieuse de roupillon?

La Dre Carrier suggère de commencer à se coucher 15 minutes plus tôt chaque jour dès jeudi pour préparer son horloge biologique au changement d’heure. Un coup le changement d’heure fait, s’exposer à la lumière du matin, artificielle ou pas, dès la levée du corps, permettra de mieux s’adapter au changement.

«Donc, l’autre conseil à donner, c’est de s’exposer à la lumière. D’aller jouer dehors. La lumière qui va le plus aider dans le contexte où on veut avancer notre horloge biologique, c’est la lumière du matin.»

Le contraire est aussi vrai lorsque vient le temps de se coucher. Prendre un 30 minutes avant de se coucher pour réduire l’exposition aux écrans et à la lumière aidera à s’endormir. Il faut aussi éviter toute activité trop stimulante. L’activité doit permettre de se détendre et de se détacher de ses préoccupations.

«Il faut se calmer les nerfs. Il faut que ce soit un peu plate», précise la Dre Carrier.

Si on veut absolument utiliser un écran avant de se coucher, on peut activer le mode silencieux pour éviter de recevoir les alertes et le mode de «nuit» pour l’écran qui coupe la lumière bleue et qui réduit la luminosité.

Est-il possible de récupérer le sommeil perdu?

La vie est imprévisible. Parfois il est impossible d’avoir une pleine nuit de sommeil. Est-ce possible de récupérer les heures de dodo perdues?
C’est possible, mais il ne faut pas s’ambitionner non plus.

«D’une certaine façon, oui on peut. Il ne faut cependant pas exagérer», explique la Dre Julie Carrier.

Se priver de façon chronique de sommeil en pensant pouvoir récupérer la fin de semaine en dormant un bon 10 heures n’est pas la meilleure option.

«De plus en plus d’études démontrent que les effets négatifs de la privation de sommeil ne sont pas complètement récupérés, et ce, non seulement au niveau de la vigilance, mais aussi au niveau cardiovasculaire», avance-t-elle.

Seulement 3% de la population active canadienne dort plus que la durée recommandée pour le sommeil, selon Statistique Canada.