Crise à Tracadie: Denis Losier ne démissionnera pas

Bien que Jeff Carr, ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux en ait fait la suggestion, Denis Losier, maire de Tracadie, ne démissionnera pas. Le premier magistrat compte même se présenter de nouveau aux élections municipales de 2020.

Le ministre Jeff Carr a été invité à se prononcer mercredi sur la crise qui sévit à Tracadie, après que le maire Losier ait demandé au gouvernement provincial de placer la municipalité sous tutelle sans l’accord de son conseil. Le ministre a affirmé que son gouvernement ne placera pas la Municipalité régionale de Tracadie sous tutelle.

Il a aussi suggéré que le maire Losier démissionne s’il n’est pas en mesure de créer de l’unité au sein du conseil.

«Quitter? Ça ne m’est jamais passé par l’esprit. J’ai pris la décision il y a quelques mois de rester en poste. Il me reste 14 mois à ce mandat.

Ce serait regrettable que je ne termine pas, pour la simple et bonne raison qu’il faut aller au bout de ses convictions et de ses valeurs. Ce qui m’a dérangé le plus, c’est que le ministre s’est permis de faire une déclaration publique sans comprendre le contexte», dit Denis Losier.
Le maire espère toujours avoir l’occasion de rencontrer le ministre Carr pour lui parler de la situation à Tracadie.

«Je lui ai envoyé un message, en anglais cette fois-ci. Je lui ai proposé que de monter à Fredericton pour lui expliquer le pourquoi de mon initiative.»

Situation financière préoccupante

Lorsque le maire a demandé une mise sous tutelle, son espoir était que le gouvernement provincial intervienne pour soutenir la Municipalité régionale de Tracadie.

«L’intention n’était pas de placer la municipalité sous tutelle jusqu’en 2020, c’était pour prendre du recul et bien expliquer au gouvernement notre situation. Ce n’est pas une affaire de divergence d’opinions à la table du conseil, c’est plutôt à cause de notre situation financière.»

L’éventuel transfert de routes provinciales dans les anciens DSL à la municipalité est une source de préoccupation constante. Le maire Losier craint que Tracadie ne soit pas en mesure d’encaisser les coûts supplémentaires nécessaires pour entretenir quelque 500 kilomètres de routes.

Avant le regroupement, l’ancien gouvernement de David Alward avait promis que la province s’engageait à continuer d’entretenir les routes publiques dans les DSL jusqu’en 2022 et de les remettre en état avant de les transférer à la municipalité. La rumeur court que le gouvernement provincial voudrait effectuer le transfert plus tôt que plus tard.

«C’est bien beau de mettre du chipseal sur des routes, mais après, la municipalité doit faire la maintenance et ça nous prend de l’argent pour le faire.»

Le hic, c’est que cette année, la municipalité a mis environ 350 000$ de côté dans son budget de 14 millions $ pour les travaux publics.
«D’après moi, le transfert des routes est probablement la chose la plus significative qui pourrait basculer notre budget.»

Le défi est amplifié par le fait que les employés de la municipalité sont déjà débordés.

«Prenons l’ancienne ville de Tracadie-Sheila. Environ 50% de l’entretien des routes est effectué par nos employés. Ce sont des entrepreneurs locaux qui font le reste. Notre équipement et nos infrastructures sont désuets.»

Respecter les promesses

Denis Losier veut aussi que le conseil s’assure que d’autres promesses faites avant le regroupement soient respectées. L’augmentation des taxes était l’un des enjeux qui inquiétaient le plus les résidents des DSL.

Des calculs ont permis au comité responsable du regroupement de proposer une augmentation annuelle de 1,9 cent par 100$ d’évaluation à ces résidents. Même avec cette modeste hausse de taxes, on prévoyait d’étendre les services dans l’ensemble de la municipalité.

En 2019, une hausse significative des taxes a cependant été annoncée. Dans l’ancienne Ville de Tracadie-Sheila, il est passé de 1,39 $ par 100 $ d’évaluation. Dans les quartiers ruraux, il a été majoré à 0,90$ par 100 $ d’évaluation.

Avant le regroupement, on avait aussi promis d’étendre les services de la municipalité dans les quartiers ruraux.

«On leur a vendu un rêve, mais avec le budget que nous avons, le rêve n’est pas atteignable. En plus, les gens se disent qu’on leur a promis une faible hausse du taux de taxation et que là, on a fait le contraire. Dans l’ancien Tracadie-Sheila, on parle de 11 cents. Dans les anciens DSL, il y a des gens qui paient 17 cents de plus par 100$ d’évaluation par rapport à l’an dernier.»

Selon le maire, cette hausse de taxes a pour but de combler un manque à gagner d’environ 1,4 million $.

«Notre budget nous permet seulement de payer les factures courantes. Il n’y a plus rien pour faire du développement économique, pour favoriser le tourisme ni pour réparer les routes. Qu’est ce qu’on fait?»