Le climat du N.-B. pourrait devenir semblable à celui de la Virginie d’ici la fin du siècle

Si la tendance se maintient, le climat de la province pourrait ressembler à celui qui règne présentement sur la Virginie, située à environ 1800 km plus au sud, d’ici la fin du siècle.

Si la plupart des climatologues s’entendent pour dire qu’il est impossible de prédire avec une certitude absolue quelle sera la température dans 60 ans, les changements climatiques laissent cependant entrevoir une nette tendance du mercure à la hausse.

Matt Fitzpatrick, chercheur à l’Université du Maryland, a récemment élaboré une carte interactive dans laquelle il prédit, grosso modo, les changements climatiques dans 530 villes des États-Unis et une dizaine de villes au Canada, à partir de données météorologiques déjà disponibles.

En cliquant sur une ville, celle-ci est reliée à une seconde qui matérialise la prédiction sur la première en 2080. Par exemple, dans 60 ans, la ville de Saint-Jean devrait avoir le même climat (avec une hausse de 4,2 degrés en moyenne) que celle de Riverhead, située à 850 km plus au sud, dans l’État de New York.

Le chercheur reconnaît toutefois, en entrevue avec La Presse canadienne, que certaines de ses prédictions contiennent une marge d’erreur plus ou moins importante, notamment en raison de certaines éventuelles variations impromptues.

Selon Greg Flato, chercheur principal au Centre canadien de la modélisation et de l’analyse climatique, Environnement et Changement climatique Canada, le but d’un tel outil est avant tout de fournir une «visualisation globale» du climat à plus ou moins long terme. Il est davantage utile comme outil de communication sur les changements climatiques que dans un but strictement scientifique, comme le reconnaît d’ailleurs Matt Fitzpatrick.

Ce qui ne veut pas dire pour autant que les prédictions sont dans le champ, bien au contraire. La plupart des experts sont d’accord pour dire que la température mondiale augmentera d’environ 4°C en moyenne à cause des changements climatiques. Une tendance qui tend de plus en plus à se confirmer, selon Greg Flato.

«D’une manière générale, la méthode analogue semblable à celle utilisée par Matt Fitzpatrick laisse croire que le climat du Nouveau-Brunswick ressemblerait à celui de l’est des États-Unis, par exemple la Virginie, d’ici la fin du siècle», souligne-t-il à l’Acadie Nouvelle.

Un climat plus chaud, donc, avec des orages plus fréquents en été, une augmentation de la fréquence des températures extrêmement chaudes et des vagues de chaleur, ainsi qu’une réduction progressive des quantités de neige en hiver, énumère l’expert. Pas vraiment de quoi crier au loup penseront certains, sauf pour les personnes plus vulnérables. Ce n’est toutefois pas l’avis de Greg Flato.

«Les changements climatiques sont réels et les inondations, les sécheresses, les feux de forêt et les canicules récents imposent des coûts économiques et humains sévères», atteste-t-il.

Un danger pour les côtes

Les changements climatiques commencent à avoir une incidence sur les calottes glaciaires du Nord et du Sud. Si la fonte des glaces s’accélère, le niveau de la mer pourrait augmenter de plus d’un mètre d’ici 100 ans, affirme le chercheur acadien Réal Daigle.

«Il y a beaucoup de chaleur qui s’emmagasine dans les océans depuis quelques temps. Cela a pour effet de non seulement faire fondre les glaces, mais aussi de ralentir le courant du Gulf Stream. Ça pourrait faire en sorte que les épisodes climatiques violents durent plus longtemps en été, ce qui pourrait accélérer l’érosion des côtes, sans compter la hausse du niveau de l’eau qui mettra plusieurs de nos localités en danger», déclare Réal Daigle.

Le fait que les hivers pourraient être beaucoup plus doux aura aussi un impact sur la côte maritime, du fait entre autres que la glace, qui est un rempart naturel contre l’érosion, se formera généralement plus tard et fondra plus vite, rendant ainsi la terre plus friable, explique ce météorologue spécialiste dans l’élévation du niveau de la mer, qui a d’ailleurs réalisé une étude sur le sujet en 2013.

«Il pourrait y avoir des exceptions comme cette année, où les glaces se sont formées plus tôt que prévu, soit en novembre et en décembre, mais si la tendance mondiale se poursuit, ce sera effectivement très problématique. On parle de 100 ans, mais ces problèmes pourraient même survenir avant», croit M. Daigle.

Le chercheur s’est notamment appuyé sur des anomalies de temps oscillant entre 1°C et 4°C Celsius depuis les cinq dernières années et aussi sur le fait qu’au cours des derniers 20 ans, les températures moyennes à l’échelle planétaire ont fracassé des records 19 fois sur 20.