L’argumentation du Marine Stewardship Council remise en question par un analyste

Un analyste des marchés des fruits de mer remet en question la crédibilité du Marine Stewardship Council à la suite de la décision de prolonger la suspension de la certification de «pêche durable» de l’industrie du crabe des neiges du sud du golfe du Saint-Laurent.

John Sackton, fondateur de Seafoodnews.com, défend les crabiers du golfe du Saint-Laurent dans son plus récent éditorial. Il laisse entendre qu’ils ont été victimes d’un cas de deux poids, deux mesures.

Lundi dernier, le Marine Stewardship Council (MSC) a annoncé la prolongation de la suspension qui pèse sur les crabiers du golfe depuis qu’une douzaine de baleines noires de l’Atlantique Nord ont été trouvées mortes dans les eaux qu’ils pêchent, en 2017. L’auditeur du MSC, SAI Global, a reconnu que l’industrie a pris des démarches importantes afin de protéger les baleines en 2018. Il a toutefois conclu qu’il n’a pas assez de preuves comme quoi les mesures permettront d’atteindre les normes de protection nationales à long terme.

M. Sackton affirme que l’argument du SAI Global repose sur le fait qu’on n’a pas démontré «que les mesures visant à réduire l’utilisation de cordage et éviter les empêtrements freinent le déclin à long terme de la population de la baleine noire».

Il remarque cependant que cet argument «s’applique à toutes les autres pêcheries certifiées par le MSC qui ont le même potentiel d’interaction entre les baleines noires et les engins de pêche».

«L’une des plus importantes critiques du processus du MSC est le fait que les auditeurs appliquent des normes différemment à différentes pêcheries. Le rapport de SAI Global reconnaît que toutes les recommandations faites dans son audit de 2018 ont été réalisées. Ils ont cependant quand même nié la certification en raison du pronostic à long terme de la population de la baleine noire.»

M. Sackton mentionne que les membres de l’industrie du golfe auraient raison de se demander pourquoi les autres pêcheries ne sont pas assujetties aux mêmes normes de certification.

«L’expérience de la pêcherie du crabe des neiges du golfe remet en question la crédibilité (du MSC) parce que la décision n’est pas basée sur les actions à l’intérieur de la pêcherie, mais sur un jugement global que l’industrie du crabe des neiges n’a pas pleinement démontré qu’elle n’est pas une menace à long terme pour la baleine noire de l’Atlantique Nord. Une telle détermination s’applique probablement à d’autres pêcheries certifiées par le MSC.»

MSC se défend

Le Marine Stewardship Council a réagi à l’éditorial de John Sackton, publié sur Seafoodnews.com, la semaine dernière.

Dans une déclaration envoyée à l’Acadie Nouvelle, l’organisme explique que la certification de «pêche durable» n’est pas accordée selon les actions prises par une industrie, mais selon leurs résultats. Tout en reconnaissant que l’industrie du crabe et le gouvernement canadien ont pris des mesures «fortes et agressives» en 2018, elle mentionne qu’il y a des preuves comme quoi les crabiers du golfe ont causé des empêtrements de baleines durant la dernière saison de pêche.

«Il a été démontré scientifiquement que les empêtrements posent un risque à la récupération de la baleine noire de l’Atlantique Nord.»

Sur la question de la constance de l’application de ses normes, le MSC répète que ses auditeurs tiennent compte des résultats, et non pas du «potentiel d’interaction». Elle laisse entendre qu’elle n’a pas de preuve comme quoi les autres pêcheries – pour lesquelles la certification de «pêche durable» reste en vigueur – ont causé l’empêtrement de baleines noires avec des engins de pêche.

Le MSC termine sa déclaration en soulignant qu’il y a eu un effort «sans précédent» pour la protection des baleines noire en 2018. Il affirme que l’effort devra être maintenu «pour une période prolongée» afin d’assurer la survie des cétacés en voie de disparition.