Arrêt des travaux au Centre d’excellence pour jeunes: une décision mal reçue

La décision du gouvernement conservateur de demander la suspension des travaux du Centre de santé mentale pour jeunes en cours de construction à Campbellton est mal reçue.

Cette suspension survient alors qu’il y a quelques semaines à peine, l’ombud Charles Murray recommandait au gouvernement de reconsidérer l’emplacement choisi pour cet établissement.

Par souci d’économie, advenant qu’on décide d’implanter le centre ailleurs en province, Fredericton aurait du coup opté pour mettre en veille les travaux.

Le PDG du Réseau de santé Vitalité, Gilles Lanteigne, a pris connaissance de la consigne gouvernementale pratiquement en même temps que tout le monde, soit à la fin de la semaine dernière.

Comme plusieurs, il admet ne pas avoir vu le coup venir, mais ne se dit pas surpris outre mesure de la tournure des événements considérant qu’un rapport indépendant est en cours de préparation et que l’avenir du centre (à Campbellton) n’est toujours pas scellé.

«On comprend que le ministre (de la Santé) veuille consulter le rapport avant de prendre une décision finale et éclairée. Ça respecte une certaine logique. Reste qu’on est déçu, car on aurait préféré que les travaux se poursuivent», indique le PDG.

De ce qu’il comprend de la situation, la firme de construction en était rendue à une phase cruciale de l’intérieur du bâtiment, soit la coulée de béton. Cela aurait eu comme conséquence de déterminer définitivement l’emplacement des pièces.

Au dire du PDG, l’arrêt des travaux pourrait occasionner un retard de trois à six mois sur l’échéancier, l’ouverture du futur centre étant initialement prévue pour la fin 2019.

Toujours le bon choix

Le gouvernement doit pour sa part répondre au rapport de l’ombud d’ici le début mai. Ce dernier a d’ailleurs embauché un spécialiste du domaine de la santé – George Weber – afin d’examiner la situation au CHR ainsi que la recommandation d’envisager le déménagement du Centre de santé mentale pour jeunes ailleurs en province.

M. Lanteigne n’a pas encore rencontré M. Weber, chose qui devrait être faite au cours des prochains jours. Celui-ci entend toutefois lui livrer le même message qu’aux membres du conseil municipal de Campbellton qu’il a rencontrés le mois dernier.

«Notre position, c’est que le CHR et le centre pour jeunes ont raison de se trouver à Campbellton. On a une expertise en place et bientôt une infrastructure pour accueillir les jeunes. Pour ce qui est de la main-d’œuvre, la région fait face aux mêmes défis de recrutement que toutes les autres, ni pire ni mieux», souligne ce dernier, notant qu’une équipe a déjà été embauchée pour le centre jeunesse.

Celle-ci dessert de jeunes patients dans une aile vacante du CHR en attendant l’ouverture de la nouvelle infrastructure.

«On ne baisse pas les bras !»

La suspension des travaux survient presque une semaine jour pour jour après la sortie publique des membres de la Commission de services régionaux du Restigouche qui exigeaient une rencontre avec le premier ministre et le ministre de la Santé afin de parler de l’avenir du CHR et du Centre de santé mentale pour jeunes.

«On a un gouvernement qui se targue d’être responsable financièrement, mais je trouve cette décision plutôt irresponsable», s’insurge le président de la CSR-Restigouche, Denis Savoie, qui dénonce la suspension des travaux au Centre de santé mentale pour jeunes.

Il ajoute trouver désolant que le gouvernement n’agisse pas comme un allié de la région.

«Le Restigouche a été victime pendant plusieurs années de compagnies privées qui ont abandonné la région pour différentes raisons. Quand une telle compagnie décide de quitter un territoire, il n’y a pas grand-chose que l’on puisse faire et c’est très difficile de les faire revenir. Mais si c’est le gouvernement qui commence à délaisser un territoire, ça, c’est inacceptable et on doit décrier cela vigoureusement», souligne M. Savoie.

Son confrère, le maire de Dalhousie, pense également que le gouvernement a tort de suspendre les travaux et de questionner l’emplacement du centre pour jeunes.

«À ma connaissance, les problèmes soulevés dans le rapport Murray touchaient le CHR et non le centre pour jeunes. Alors, pourquoi l’inclure dans l’équation? On va un peu vite en affaire, on saute des étapes dans ces deux dossiers», estime Normand Pelletier.

À Campbellton, on digère très mal cette nouvelle douche froide attribuable au gouvernement conservateur de Blaines Higgs.

«À mes yeux, c’est uniquement de la politique, ça ne peut pas être autre chose tellement cette décision est illogique. On se fait littéralement punir parce que la région a voté libéral, parce qu’on est dans le Nord et parce qu’on est majoritairement francophone. Une ligne a été tracée et, visiblement, on est du mauvais côté et on en paye le prix», estime la mairesse de Campbellton, Stéphanie Anglehart-Paulin.