La situation est intenable à l’urgence de Dr-Georges-L-Dumont

«C’est catastrophique».

Ce sont les mots utilisés par le Dr Rémi LeBlanc pour décrire la situation à l’urgence du Centre hospitalier universitaire Dr-Georges-L-Dumont.

Le Dr LeBlanc est président de l’association des médecins et dentistes du CHU-Dumont en plus d’être le chef de services des soins intensifs.

Au cours de la dernière semaine, le nombre de civières à l’urgence est passé de 21 à 14 selon le médecin. Des salles d’examen – l’endroit où les patients de l’urgence voient un médecin – ont été converties en salle d’observation.

La section où les patients étaient normalement gardés en observation a été fermée.

Les urgentologues se retrouvent donc à l’étroit. Les temps d’attente risquent de s’allonger dans un hôpital déjà à 110% de sa capacité.

«Actuellement, l’attente n’est pas si pire parce que c’est le retour de la semaine de relâche. Mais les médecins sont quand même débordés parce que les salles d’examen sont prises par des patients qui devraient être alités ailleurs», a précisé le Dr LeBlanc.

Même la qualité de la formation des futurs médecins pourrait souffrir en raison du manque d’espacej, estime le Dr LeBlanc

«On ne peut plus faire d’enseignement, ou à peine, parce qu’on n’a plus de locaux.»

Tout se ramène à la pénurie de personnel, selon les médecins. Il y a un manque criant d’infirmières.

«Le problème, c’est qu’il y a un manque de personnel infirmier. Le manque est si grand, qu’on a dû fermer des sections de l’urgence, même si (le réseau) Vitalité le nie.»

«Infirmières brûlées»

Le Dr Hubert Dupuis, président d’Égalité santé en français confirme.

«Il y a trois ans, tous les postes étaient pourvus à l’urgence. Actuellement, 15 sur 33 ne le sont pas. C’est un nombre important», a indiqué le Dr Dupuis.

«Les infirmières sont brûlées parce qu’elles sont à court d’effectifs. Je pense qu’il faudrait trouver une façon de les aider. Je ne sais pas quel est le problème, mais il y en a clairement un. Les infirmières de l’urgence s’en vont ailleurs», a renchéri le Dr LeBlanc.

«Des défis»

Le PDG du réseau de santé Vitalité refuse de parler d’un problème. Pour Gilles Lanteigne il s’agit d’un défi à surmonter.

«Est-ce qu’on a un défi à l’urgence du CHU-Dumont? Oui», a-t-il confié à l’Acadie Nouvelle.

«Des défis, on en a dans toutes nos urgences. Les mois de janvier, février et mars ne sont jamais faciles. Ce sont des endroits où l’occupation est vraiment grande. À Dumont, comme ailleurs, nous sommes affectés par la pénurie de main-d’oeuvre», a ajouté M. Lanteigne.

Les médecins du CHU-Dumont soutiennent que les infirmières de l’urgence n’en peuvent plus et préfèrent claquer la porte ou travailler dans d’autres services hospitaliers. Elles ne seraient tout simplement pas écoutées par l’administration du réseau de santé.

«Elles demandent des améliorations à leurs conditions de travail et on leur refuse toutes leurs demandes», a souligné le Dr Dupuis.

«Un des problèmes, c’est qu’elles ne se sentent pas écoutées par l’administration», ajoute le Dr LeBlanc.

Le Dr Rémi LeBlanc et l’administration du CHU Dumont participeront à une réunion mardi afin de trouver des pistes de solution.

Une centaine de postes d’infirmières à pourvoir

Le Réseau de santé Vitalité est en mode recrutement et cherche à pouvoir une centaine de postes d’infirmières dans ses hôpitaux de la province.

«On les embaucherait demain matin», a lancé de PDG du réseau Vitalité, Gilles Lanteigne.

En 2017, 25% des membres de l’Association des infirmières et des infirmiers du Nouveau-Brunswick étaient âgés de 55 ans ou plus. Ce sont 2072 infirmières qui sont à l’aube de la retraite. Or, la même année, seulement 346 nouvelles infirmières ont été immatriculées.

Depuis 2012, le nombre d’infirmières ayant un emploi au Nouveau-Brunswick est en constante diminution. Elles étaient 8604 en 2012 et 8280 en 2017. Seulement 63% d’entre elles travaillaient à temps plein en 2012, soit 5437.

Le pourcentage d’infirmière à temps plein a diminué de 3% en 2017: seulement 4955 d’entre elles exercaient le métier à temps plein.

«Oui, ce n’est pas facile actuellement. Est-ce que c’est attendu que ça ne soit pas facile? Je suis obligé de dire oui et ça va continuer pour l’ensemble du réseau Vitalité au cours des quatre ou cinq prochaines années parce qu’on sera en manque de personnel», a affirmé M. Lanteigne.

Cette année, l’équipe de M. Lanteigne se tourne déjà vers les étudiantes et les étudiants en sciences infirmières pour gonfler ses rangs.

Plusieurs étudiantes auraient déjà été approchées. Il espère faire passer le message que travailler au réseau Vitalité, c’est un bon choix de carrière.

«C’est important d’avoir un message positif parce que c’est difficile. C’est stressant l’urgence. Quand on doit leur demander de faire du temps supplémentaire, c’est encore plus difficile», dit-il.

Le problème de recrutement touche tous les secteurs du système de santé. Des professionnels sont recherchés dans tous les domaines.

«À l’urgence, quand c’est difficile, c’est souvent un symptôme qu’il y a d’autres choses à améliorer ailleurs dans l’hôpital. C’est pour ça qu’on ne regarde pas seulement l’urgence. On sollicite tout le monde», mentionne M. Lanteigne.