Femmes et métiers non traditionnels: «Il faut arrêter de vivre selon les préjugés»

Les adolescentes du Nouveau-Brunswick qui souhaitent faire carrière dans un métier non traditionnel ont peu de modèles capables de leur montrer que cela est possible. Un groupe de femmes souhaite changer la donne.

Amélie Savoie s’est toujours sentie plus à sa place en travaillant avec ses mains qu’en étant assise derrière un bureau. Malgré tout, elle s’est inscrite en travail social à l’université après avoir obtenu son diplôme d’études secondaires. Après deux ans, elle a décidé qu’elle n’en pouvait plus. Elle s’est inscrite à un programme de plomberie, métier qu’elle pratique aujourd’hui avec passion.

«Je ne connaissais rien dans le domaine. Mais j’ai appris sur le tas, et ç’a bien été», explique la femme originaire de Pigeon Hill.

«Chaque jour présente différents problèmes. Je ne me tourne jamais les pouces. C’est le fun de pouvoir résoudre le problème d’un client. Souvent, quand on arrive sur place, le client est stressé et il ne sait pas ce qui se passe. Quand on part, on sait qu’on a fait un heureux», ajoute la compagne plombière chez Ermen Plumbing & Heating, à Moncton.

Mme Savoie était l’une des trois panélistes lors d’un dîner-causerie dans le cadre de la Journée des femmes de métier au CCNB – Campus de Dieppe. Tout au long de la journée, on a pu entendre des récits presque identiques au sien.

«À l’école, ça ne m’a jamais été présenté. Ce n’était même pas une possibilité. À avoir su que c’était possible, je l’aurais fait plus tôt», explique Melissa MacMullin, latteuse et estimatrice chez Fundy Pros.

Selon les plus récentes données de Statistique Canada, seulement 4% des métiers spécialisés sont occupés par des femmes au Nouveau-Brunswick, soit le 12e taux le plus bas parmi les provinces et les territoires.

En avril dernier, le programme Nouvelles bottes a été lancé afin d’offrir du soutien aux filles et aux femmes dans les métiers non traditionnels. Dans le cadre d’une initiative menée par le Réseau de développement économique et d’employabilité du NB (RDÉÉ), des femmes de métier ont visité des écoles et produit huit capsules vidéos afin de montrer que faire un métier spécialisé en tant que femme, c’est possible.

Karine Thériault, apprentie charpentière chez Lebouthillier construction et rénovation, a été émue par les réactions suscitées.

«Depuis la diffusion de ma vidéo, j’ai reçu beaucoup de messages de jeunes personnes, même des filles qui n’ont pas encore commencé à la polyvalente. Elles me disent que c’est quelque chose qu’elles aimeraient faire. Mais elles me disent que leurs familles ne les voient pas dans un tel métier.»

«À la fin de journée, ce n’est pas le choix de la famille. C’est leur choix à elles. C’est elles qui vont vivre avec. Il faut foncer et arrêter de vivre selon les préjugés.»

Les représentantes de Nouvelles bottes travaillent aussi auprès des entreprises afin de les sensibiliser aux avantages d’embaucher des femmes et leur offrir leur soutien. Hélène Savoie-Louis, directrice du Services stratégiques de main d’œuvre du programme mentor apprenti, mentionne que les entreprises diversifiées ont «des équipes plus fortes».

«Quand on diversifie, on a une plus grande variété d’opinions et plus de regards différents pour résoudre des problèmes. Il y a des recherches qui prouvent que les femmes sont plus aptes à communiquer et à poser des questions. Elles ont une fine attention au détail et ont une dextérité qui leur permet de se démarquer au niveau du détail à la soudure et à la finition du bois, entre autres.»

Nouvelles bottes travaille sur diverses initiatives en collaboration avec le Réseau de développement économique et d’employabilité du Nouveau-Brunswick, la Fédération des jeunes francophones du Nouveau-Brunswick, les Collèges communautaires du Nouveau-Brunswick et le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick.