Foyers de soins: les syndiqués mettent la pression

Des syndiqués se sont fait entendre, mardi avant-midi, devant le bureau du ministre des Finances, Ernie Steeves.

Des dizaines de personnes, écriteaux en mains, se sont pointées sur le chemin Mountain, dans le nord de Moncton, en fin d’avant-midi.
Leur point de ralliement était situé devant le bureau de circonscription du ministre des Finances et député du coin, Ernie Steeves (qui était toutefois à Fredericton ce jour-là).

Jessy Richard, un préposé aux soins au Foyer Assomption de Rogersville et vice-président de son local syndical, était du nombre.

«Moi, comme personne qui a 27 ans, je vais travailler dans des foyers de soins pour 30 années. J’aimerais vraiment que les conditions de travail s’améliorent, que nos salaires augmentent et que l’on puisse attirer une nouvelle gang de jeunes pour travailler avec nous», a-t-il expliqué.

Ce préposé oeuvre dans le milieu depuis environ un an et demi. Son choix de carrière le force à composer avec des revenus modestes, malgré la charge de travail importante.

«J’ai travaillé chez Tim Hortons au salaire minimum. Puis comme préposé aux soins, maintenant avec mes pleines heures à temps plein, je fais à peu près 150$ de plus – par deux semaines – que je faisais chez Tim Hortons.»

S’il a bravé le froid en compagnie d’autres syndiqués qui n’étaient pas à l’horaire, c’est notamment pour obtenir une augmentation salariale et pour que le gouvernement délie les cordons de sa bourse pour améliorer les soins offerts dans les foyers de soins de la province.

Jessy Richard espère que les parties réussiront à s’entendre et que la grève sera évitée. Ce travailleur de Rogersville affirme qu’il connaît bien les gens à qui il prodigue des soins.

«On ne veut pas que ça se rende là (à une grève). Nous autres, on est une petite place pareil. Nos résidents, on les connaît personnellement.»

Et comme son foyer est situé dans une communauté tricotée serrée, les travailleurs connaissent bon nombre de proches des résidents.

«On ne veut pas leur nuire. (…) C’est nos chums, puis c’est les grands-parents de nos chums puis c’est les mères de nos beaux-parents.»

Sa consoeur Janice Melanson, infirmière auxiliaire au foyer La Villa du Repos de Moncton, a elle aussi manifesté devant le bureau du ministre Steeves.

Depuis qu’elle a entrepris sa carrière dans le milieu, il y a 22 ans, elle a vu les conditions de travail se détériorer.

«Quand j’ai commencé, on avait une charge de cinq ou six résidents. Sur ces cinq ou six résidents, on avait peut-être besoin d’aller en aider trois ou quatre. Astheure, on a la charge d’à peu près dix (personnes) ou plus et il faut presque tous les aider.»

Les salaires offerts aux infirmières auxiliaires sont tellement bas que les foyers ont de la difficulté à les retenir, selon Janice Melanson.

«Ça devient de plus en plus critique chaque jour. Il y a un manque de personnel, on ne peut pas retenir le personnel parce que le travail est vraiment lourd pour un salaire d’un petit peu plus de 20$ l’heure. Moi je trouve que c’est déplorable.»

À l’instar de Jessy Richard, elle dit que «la dernière chose» qu’elle veut, c’est le déclenchement d’une grève.

«Mais si c’est la seule manière que le gouvernement peut nous écouter… c’est de valeur que c’est là qu’on est rendus.»

«On est fatigués physiquement et émotionnellement»

Des travailleurs ainsi que leurs supporters se sont aussi fait entendre à Frede­ricton, devant la place Chancery, où se trouvent les bureaux du ministre des Finances et du premier ministre.

Shirley Cyr, qui travaille au Foyer Notre-Dame de Saint-Léonard, était de la partie. Elle a dit souhaiter que les élus provinciaux entendent le cri du coeur poussé par elle et ses collègues.

«Les travailleurs et travailleuses des foyers de soins, on est épuisés, on est fatigués, on est fatigués physiquement et émotionnellement», a-t-elle dit.

France Ruest, une infirmière auxiliaire du même établissement, s’était aussi déplacée.

Selon elle, les travailleurs des foyers sont débordés et sous-payés. Il faut donc les rémunérer davantage pour favoriser le recrutement.

«On les adore, c’est notre deuxième famille ces résidents-là. Mais en fait, on se bat pour eux autres. On veut avoir un meilleur salaire. On travaille short je ne peux pas vous dire combien de fois par semaine. Ça veut dire que tous les soins ne sont pas donnés.»

Elle allègue même que cela a des conséquences négatives sur les résidents.

«Il y a beaucoup d’accidents de travail, parce qu’il manque de personnel. On a 20 résidents. Il faut les lever, on devrait être trois, mais on est deux. Mais il faut le faire.»

Selon un porte-parole du syndicat, des manifestations ont aussi eu lieu à Saint-Jean, à Miramichi et à Campbellton, mardi. n

  • Avec la collaboration du journaliste Mathieu Roy-Comeau

Les négociations se poursuivent à Fredericton

Pendant que les travailleurs manifestaient ici et là dans la province, leur syndicat négociait avec l’Association des foyers de soins et avec la province pour tenter de s’entendre sur les conditions d’une nouvelle convention collective.

Les parties n’avaient pas annoncé la conclusion d’une entente de principe ou l’échec des négociations en fin de journée, à l’heure de tombée.
Les quelque 4100 travailleurs de 46 foyers de la province sont sans convention depuis 28 mois. Ils demandent entre autres une augmentation supérieure à la hausse de 1% offerte par la partie patronale.

Jeudi dernier, ils ont voté massivement en faveur de la grève. Samedi, ils ont donné un avis de 24 heures, ce qui leur aurait permis de débrayer dès dimanche matin.

Le gouvernement provincial leur a cependant mis des bâtons dans les roues à la dernière minute en obtenant un surpris temporaire – qui rend illégale toute grève dans 45 des 46 foyers pour une période de 10 jours – devant des tribunaux.

La province a d’ailleurs annoncé lundi qu’elle avait accepté de s’asseoir à la table des négociations.

Comme on le sait, la partie patronale est officiellement l’Association des foyers des soins du N.-B., mais cette dernière dépend du gouvernement provincial pour la majeure partie de son financement.