Christopher Trueman reprend la forme, un pas à la fois

Victime d’une agression homophobe dans le Grand Moncton, deux jours avant Noël, Christopher Trueman poursuit sa lente réhabilitation. L’Acadie Nouvelle a pris de ses nouvelles.

Il suffit parfois de quelques instants pour qu’une vie bascule complètement. Christopher Trueman l’a appris à la dure dans la nuit du 22 au 23 décembre dernier, lorsqu’il a été tabassé à la sortie du bar Fox and Hound de Riverview.

Des femmes l’ont d’abord traité de «tapette» et se sont moquées du fait qu’il portait du vernis à ongles. Puis, un homme l’a agressé sauvagement dans le stationnement. Il s’en est tiré avec de multiples blessures, dont une vilaine fracture au genou.

Aujourd’hui, trois mois plus tard, cet homme homosexuel et qui se définit comme étant «gender fluid» se relève lentement mais sûrement de cette épreuve. Sa jambe amochée, qui a été reconstruite lors d’une opération majeure, reprend des forces.

«Je me porte “ok” la plupart du temps. Ça dépend des journées, comme pour n’importe qui ayant vécu ça, même si j’essaie d’être positif. Aujourd’hui, je suis excité, parce que je vais aller marcher dans la rue, avec ma canne, pendant une couple de minutes», dit-il.

Évidemment, il traverse parfois des moments un peu plus difficiles, notamment lorsqu’il a mal au genou et qu’il pense aux événements du 23 décembre.

«J’y pense rarement. C’est sûr que si je ressens de la douleur, je vais peut-être pleurer pour cinq minutes. Parce que les émotions ressortent, mais je ne suis pas déprimé ou quelque chose du genre. Les émotions doivent parfois ressortir», confie-t-il.

Il raconte qu’il a eu des bonnes nouvelles il y a quelques jours. «C’est un processus plutôt lent. J’ai vu mon chirurgien la semaine passée. Ça va prendre deux ou trois autres mois avant que je sois proche de 100%. Ça me rend heureux.»

Au moins, il peut désormais marcher avec une canne sans trop de problèmes, un peu plus rapidement tous les jours. Éternel optimiste, il trouve le moyen de voir des côtés positifs à ce qu’il vit en ce moment.

«J’ai encore ma marchette, je l’utilise parfois. J’essaie de ne pas m’en servir, question de rebâtir mes muscles. Mais c’est comme dit le dicton; on n’a rien sans peine.»

Lorsque l’Acadie Nouvelle s’était entretenue pour la première fois avec lui, en janvier dernier, il gardait le sourire et jurait ne pas vouloir de mal à son agresseur. Il n’a pas changé de refrain depuis.

«C’est pareil. Je n’ai toujours pas de ressentiment envers cette personne. Je ne vais pas vous mentir; j’aimerais que cette personne soit pincée et qu’elle soit tenue responsable pour ses actions. Si ça arrive, ce serait charmant. Mais je n’y pense pas tous les jours. Ma vie ne tourne pas autour de ça», dit-il.

L’enquête policière toujours en cours

Christopher Trueman espère qu’un portrait-robot du suspect, publié cette semaine par la GRC, aidera les forces de l’ordre à l’identifier.

Il raconte qu’il appréhendait sa rencontre avec l’artiste judiciaire de la GRC. L’agression avait été si foudroyante et rapide qu’il ne savait pas s’il serait d’une grande utilitée au portraitiste.

«Ça s’est passé tellement rapidement. Je ne savais pas ce dont j’allais me souvenir. Mais le détective à qui j’ai parlé m’a dit que je pourrais être surpris de ce dont je me souviendrais. (…) J’ai rencontré le dessinateur, qui a été incroyable avec moi. C’était vraiment une personne merveilleuse.»

L’expérience l’a touchée. Christopher Trueman explique qu’à l’instar de bien des gens, il avait des idées préconçues sur les policiers. Il a été agréablement surpris de se retrouver face à un agent empathique et qui ne portait pas le moindre jugement sur son orientation sexuelle ou son identité de genre.

«Le monsieur qui a fait le dessin était tellement ouvert d’esprit. Vous savez, on a souvent une image stéréotypée de ce qu’est un pompier, un policier ou un avocat. Mais cet homme m’a étonné. (…) Pour moi, c’était vraiment agréable de voir un agent qui était très ouvert d’esprit. Il m’a dit, en gros: “ne change pas”. Ça m’a touché. C’était spécial, il était incroyable.»

Il a aussi été agréablement surpris par les services d’aide aux victimes de la GRC, grâce auxquels il a pu participer à des sessions de conseils et de soutien. Il doit aussi faire de la physiothérapie prochainement afin de réhabiliter sa jambe.

«Ce sont des petites bénédictions. Je regarde ça et je me dis que je suis béni de vivre dans un pays où ces choses sont fournies aux victimes. C’est une très belle chose. C’est très positif, en fait.»

Reconnaissez-vous cet homme?

La GRC a publié un portrait-robot de l’homme soupçonné d’avoir agressé Christopher Trueman, vers 2h30 le 23 décembre 2018 à l’extérieur du pub Fox and Hound.

L’homme est grand et mince, âgé de 20 à 25 ans et a les cheveux bruns ou blond foncé. Son visage était rasé de près.

La GRC invite toute personne reconnaissant ce suspect ou ayant des renseignements sur l’incident à la contacter au 506-857-2400.

Il est aussi possible de faire part de renseignements anonymement à la police en communiquant avec Échec au crime en composant le 1-800-222-8477.