Interdiction de vol: les agences de voyage croulent sous les appels

Le téléphone n’a pas dérougi au bureau de Lisette Cormier-Noël, de Voyages Vasco Acadie, à Lamèque, depuis mercredi matin. Ses clients veulent absolument savoir si leur réservation est touchée par l’interdiction de vol jusqu’à nouvel ordre des avions Boeing 737 Max 8 imposée par le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau. Le hic, c’est qu’elle ne peut pas leur dire grand-chose pour le moment. Elle est, comme toutes les autres agences de voyages, en mode attente.

Le ministre a pris cette décision quelques jours après l’écrasement d’un de ces appareils en Éthiopie, qui a fait 157 morts, dont 18 Canadiens. Depuis, la compagnie Air Canada a laissé savoir qu’elle annulait certains vols à bord de cet avion en Atlantique.

«Quelle belle journée! Ça va super bien!», affirme-t-elle à l’autre bout du fil, d’un ton qui se voulait davantage sarcastique.

Pour elle, cela signifie éplucher tous les dossiers de ses clients qui sont actuellement ou prochainement engagés avec son entreprise de voyages. Autant dire qu’elle ne se tournera pas les pouces pour quelques jours.

Pour leur dire que leur réservation subira une modification probable de vol. Mais quoi ensuite? Elle n’en a aucune idée.

«Nous recevons des appels à la tonne depuis ce matin. Les gens veulent savoir si leur avion va décoller. La seule chose que nous savons, c’est ce que le ministre vient d’annoncer. Ça va affecter quoi et comment? Nous n’en avons encore aucune idée. On se creuse présentement les méninges pour trouver des solutions. On ne sait plus où se garrocher.»

Avions cloués au sol

Mme Cormier-Noël fait notamment affaire avec la compagnie SunWing, qui a annoncé sur l’heure du midi qu’elle clouait au sol temporairement ses quatre avions Boeing 737 Max 8. Mais l’agente a également réservé des trajets avec Air Canada (24 appareils de ce type) et WestJet (13), dont la flotte est beaucoup plus importante.

«On sait que ça va affecter bien du monde. Mais l’ampleur? Nous sommes dans le néant présentement. Nous savons que les compagnies ont d’autres appareils, mais lesquels seront disponibles? Combien de places ont-elles? Air Canada doit retirer une vingtaine d’appareils et ça peut toucher 12 000 passagers. Y en a-t-il qui sont de nos clients? C’est le chaos total. Nous sommes inondés d’appels et de messages Facebook de nos clients, mais la seule chose que nous pouvons leur dire est d’attendre», poursuit-elle.

En mode attente

Lisette Cormier-Noël demande aux voyageurs de ne pas paniquer avec cette situation qui sort de l’ordinaire. C’est une mesure de sécurité majeure et essentielle, répète-t-elle. Et déjà, Air Canada a indiqué qu’elle paierait les frais associés à des déplacements de vol.

Isabelle Roy, de Voyages Maritimes de Tracadie, a dit avoir reçu une bonne dizaine d’appels quand le journal lui a parlé en début d’après-midi. Elle a laissé savoir qu’elle ne possédait pas encore assez d’information sur la situation pour déterminer quels seront les impacts sur ces clients.

«Oui, nous avons du monde inquiet, mais nous n’avons pas encore reçu d’avis des compagnies desservant nos clients. Nous sommes en mode attente et nous attendons les développements dans le courant de la journée», a-t-elle exprimé.

Des réactions partagées

Mardi après-midi, à l’Aéroport international Stanfield d’Halifax, des passagers arrivant sur un vol Air Canada en provenance de Londres – qui a décollé avant l’interdiction britannique – ont exprimé des réactions mitigées quant à leur présence à bord d’un Boeing 737 Max 8.

Angela Taylor, dont la fille volait pour la première fois seule dans un avion, a déclaré qu’elle estimait que les avions Max 8 devraient être ancrés au Canada.

«J’étais un peu perturbée. Air Canada n’avait pas suspendu ses vols alors que l’Australie ne laissait même pas entrer ou sortir ces avions», a déclaré Mme Taylor, se disant inquiète lorsqu’elle a appris que sa fille de 22 ans voyagerait dans cet avion.

Après son arrivée, la fille de Taylor, Bryony, a indiqué qu’elle ne savait pas qu’elle était sur le Boeing 737 Max 8 et qu’elle n’aurait peut-être pas embarqué si elle l’avait su.

«De toute façon, je suis un déjà nerveuse en vol, alors cela aurait empiré les choses.»

Mais Patricia Little, qui était sur le même vol, a déclaré que voler sur le Max 8 ne l’inquiétait pas le moins du monde.

«Je pense que c’est beaucoup de battage médiatique. Il y a des centaines de milliers d’avions qui partent, mais seulement un ou deux d’entre eux se sont écrasés», a déclaré Mme Little, de Saint-Jean, au Nouveau-Brunswick

«Il faut se ressaisir et mettre les choses en perspective. Vous pourriez mourir en allant à votre voiture.»

  • Avec des extraits de la Presse Canadiennne