La probabilité de l’extinction de la morue «est élevée»

Le déclin du stock de morue se poursuit dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Malgré l’absence d’une pêche commerciale, l’espèce a atteint sa biomasse la plus basse de l’histoire en 2018.

Un moratoire sur la pêche à la morue est en vigueur depuis bien des années dans le sud du golfe du Saint-Laurent. Le sacrifice des anciens pêcheurs du poisson de fond ne porte cependant pas ses fruits.

En 1995 et en 2002, la biomasse de la morue de taille commerciale avait atteint des niveaux que les scientifiques jugeaient bas. En 2018, le stock représente seulement 8% de ces années jugées «faibles».

L’estimation de la biomasse du stock reproducteur a baissé chaque année depuis 1997, atteignant 13 900 tonnes l’an dernier. Cela représente 4% du niveau moyen des années 1980, et le plus bas en 69 années de données.

Pire, une étude prédit que la biomasse diminuera de 32%, d’ici 2023.

Le scientifique du ministère des Pêches et des Océans (MPO), Doug Swain, a considéré plusieurs hypothèses pour expliquer le déclin. Tout laisse croire que la prédation par le phoque gris est la principale cause.

M. Swain a présenté une mise à jour de la biomasse de la morue lors de la réunion 2019 du comité consultatif du poisson de fond à Moncton, mercredi.

Ce n’est pas la première fois que le phoque gris vole la vedette lors de cette réunion bisannuelle. Certains intervenants des industries des pêches tirent la sonnette d’alarme concernant la menace du phoque gris depuis plus de 20 ans. Chaque fois, ils sont plus désespérés et plus désenchantés.

«Aussi longtemps qu’en tant que pays, on ne mettra pas en place une stratégie pour limiter la population de phoque gris, le reste est inutile», a affirmé Jean Lanteigne directeur général de la Fédération régionale acadienne des pêcheurs professionnels (FRAPP).

«Ça fait longtemps qu’on demande ça. Mais il y a toujours les questions de mesures internationales, les ONG (organisations non gouvernementales) font de la pression, Brigitte Bardot s’en mêle, Paul McCartney est sur la glace… On ne réussira pas à rétablir aucun stock de poisson de fond de façon raisonnable aussi longtemps qu’on n’aura pas adressé la situation de ce prédateur qui mange à peu près tout ce qui se trouve au fond.»

Un autre intervenant a suggéré que la solution passe par le lobbyisme auprès des instances internationales afin de les sensibiliser à l’idée qu’une chasse majeure s’impose afin de contrôler la population du mammifère marin.

M. Swain estime qu’il y a environ 70 000 phoques gris dans le golfe du Saint-Laurent. Il y en avait seulement 5000 dans les années 1960, selon le MPO. La population la plus importante se situe dans la région de l’Île de sable, où il y a entre 350 000 et 400 000 individus.

Le scientifique affirme que des mesures «majeures» doivent être prises rapidement afin que les stocks de morue aient une chance de se rétablir. Il laisse entendre qu’il est même peut-être déjà trop tard pour sauver le poisson de fond.

«Considérant l’abondance actuelle du phoque gris dans cet écosystème, le rétablissement de cette population de morue ne semble pas possible et la probabilité de son extinction est élevée.»

En janvier, il a participé à une étude qui a conclu que si la tendance se maintient dans le sud du golfe du Saint-Laurent, la morue disparaîtra complètement d’ici 2050.

Marc Lecouffe, directeur de la gestion des pêches et des ressources du MPO, a mentionné durant la réunion de mercredi à Moncton qu’une réunion de gestion du phoque a eu lieu en octobre. Aucune mesure n’a été adoptée pour tenter de réduire le stock du phoque gris.