Agression contre une infirmière: un homme de 69 ans arrêté

Une infirmière se remet de ses blessures après avoir été victime d’une agression sauvage, lundi, au CHU Dumont de Moncton. Le suspect, un homme de 69 ans, a été arrêté sur place et devra comparaître en juin prochain.

La GRC est intervenue peu après 14h, lorsqu’une employée a été agressée. C’est ce que confirme la porte-parole de la police, la caporale Jullie Rogers-Marsh.

«Un homme de 69 ans d’Acadieville a été arrêté et a été libéré sur promesse de comparaître en Cour provinciale à Moncton le 4 juin. (…) Aucune accusation n’a encore été déposée, mais l’enquête se poursuit», affirme-t-elle.

L’Acadie Nouvelle s’est entretenue avec la mère de la victime, Norma Melanson, qui a accepté de partager la version des faits de sa fille. Cette dernière est infirmière coordinatrice au CHU Dumont.

Selon Mme Melanson, tout a commencé lorsque le conjoint d’une patiente – furieux que sa femme ait été déplacée – s’est pointé dans le petit bureau de sa fille. «Il est entré dans le bureau, il a fermé la porte. Il lui a dit “je te donne trois secondes à prendre une décision et à transférer ma femme dans une autre chambre, parce que je ne la veux pas là où elle est présentement.”»

Très rapidement, il s’en serait pris à elle avec une violence inouïe, en l’agrippant par les cheveux.

«ll l’a acculée contre le mur, il lui a cogné la tête contre le mur. Il lui a donné un coup de poing au visage et à l’oeil», raconte Norma Melanson.

Elle allègue que sa fille a crié à l’aide, mais que ses collègues ne l’ont pas entendue immédiatement. Pas moins de onze minutes se seraient écoulées avant que le personnel du CHU Dumont parvienne à déverrouiller la porte afin de lui porter secours.

«Le monsieur l’avait couchée par terre et il avait les deux mains à sa gorge. (…) Elle ne pouvait plus crier. Elle m’a dit “j’étais convaincue qu’il était en train de me tuer et que j’allais mourir.”»

Sa fille n’est pas sortie indemne de cette expérience traumatisante et s’est notamment retrouvée avec deux yeux au beurre noir, une blessure au nez et une contusion cérébrale.

Norma Melanson – qui a fait carrière comme infirmière pendant 52 ans et qui a enseigné à l’École de science infirmière de l’Université de Moncton pendant de nombreuses années – est profondément ébranlée par cette histoire.

«Je n’ai jamais vu quelque chose d’aussi sauvage et de brutal pendant toute mon expérience. (…) Je n’ai jamais vu ça. Je souhaite que ce soit une première et une dernière», témoigne-t-elle.

Une réalité 

Une agression comme celle qui s’est produite au CHU-Dumont lundi «ne devrait jamais arriver». Pourtant, 63% des infirmières du Nouveau-Brunswick affirment avoir été victimes d’une quelconque forme de violence en 2017 selon un sondage mené par leur syndicat.

«C’est une réalité que les infirmières et les infirmiers vivent», a rappelé Maria Richard, vice-présidente du Syndicat des infirmières et infirmiers du Nouveau-Brunswick (SIINB).

Le SIINB ne peut commenter directement l’incident de lundi ni parler de l’état de santé de la victime. Il confirme cependant qu’il y a bien eu une agression et espère que justice sera rendue.

«J’espère que la personne qui a agressé cette infirmière sera poursuivie», a lancé Mme Richard qui compte plus de 30 ans dans le domaine.

Le réseau de santé Vitalité confirme aussi l’altercation par courriel en affirmant qu’«il s’agit d’un triste incident qui nous affecte grandement».

Le Nouveau-Brunswick sera par ailleurs la dernière province, ce 1er avril, à légiférer en matière de violence au travail.

«Ça va forcer les employeurs à faire des évaluations de risques. Ça va les forcer à mettre des plans en action pour éviter que ce qui s’est produit au CHU-Dumont se répète», a précisé Mme Richard.

Un changement de mentalité

Il n’y a pas que la loi qui doit changer, mais aussi la façon dont le public traite les infirmières, et ce, même lorsqu’ils vivent des moments difficiles et qu’un proche est malade.

«Il faut que la mentalité du public, des patients et des familles change. Peu importe qui nous sommes, ce n’est pas acceptable qu’une infirmière subisse de la violence physique ou mentale parce qu’une personne est frustrée», a indiqué l’infirmière.

En plus de tout ça, il y a le manque de personnel et le surmenage. Il y a quelques jours encore, le réseau Vitalité disait être prêt à embaucher une centaine d’infirmières si elles étaient disponibles. Le manque de main-d’oeuvre dans le domaine est bien réel.

«Il manque de personnel. Les urgences sont surchargées. Les hôpitaux aussi. Tout ça augmente les risques de frustration. Les familles vivent la maladie, la perte de leur proche, mais ça ne fait pas de différence. Il y a d’autres façons d’exprimer des frustrations que de harceler ou de frapper quelqu’un.»

Maria Richard n’a jamais été la cible d’attaque physique, mais elle a été victime d’abus verbaux.

Même avec des cours et des ateliers, ce sont de difficiles épreuves pour le personnel infirmier.

«Je pense qu’aucune infirmière ne peut s’y préparer», a-t-elle confié.

Le SIINB espère que le réseau Vitalité et le CHU-Dumont mèneront une enquête exhaustive et produiront des recommandations qui permettront d’éviter qu’une telle situation se reproduise.

Le syndicat se dit par ailleurs prêt à collaborer à l’enquête si nécessaire.

Le réseau Vitalité soutient qu’un suivi sera effectué et qu’il y a une «politique de tolérance zéro en matière de violence dans le milieu de travail.

  • Avec la participation du journaliste Patrick Lacelle