Cap-Pelé: cultiver du cannabis en plein air

D’immenses plantations extérieures pourraient bientôt côtoyer les usines de transformation à Cap-Pelé. Deux entrepreneurs de Moncton se préparent à lancer une production à grande échelle. Ils seront parmi les premiers au pays à s’embarquer dans un tel projet.

Marc LeBlanc, fondateur de la distillerie Port-Royal, s’est associé à Len Wood, lui aussi entrepreneur à Moncton, pour créer Solargram Farm. Leur ambition: faire pousser des milliers de plants de marijuana à l’air libre dans le sud-est du Nouveau-Brunswick et en extraire de l’huile.

Celle-ci servira à la confection de produits comestibles à base de cannabis, qui sera légalisé au Canada en octobre.

«Tous ces producteurs vont avoir un besoin d’huile de cannabis pour préparer ce type de produits et nous sommes convaincus que les consommateurs vont s’orienter vers cela. On veut être un fournisseur à grande échelle capable d’offrir des prix compétitifs», explique Marc LeBlanc.

L’entreprise entend entamer sa première récolte sur 65 acres de terres situées à Cap-Pelé. Elle a aussi fait l’acquisition d’autres parcelles à Salisbury et Sussex en prévision de son expansion future.

Il n’existe actuellement aucun producteur de cannabis canadien autorisé à faire pousser de la marijuana sur des terres agricoles. Leurs compétiteurs néo-brunswickois, Zenabis à Atholville et Organigram à Moncton, produisent uniquement dans des salles de culture à environnement contrôlé.

Il s’agit là d’un projet de grande ampleur dans un secteur encore très peu développé.

«Pour le moment, le plus gros producteur en extérieur au monde, Los Suenos Farms, se trouve au Colorado et ne dispose que de 40 acres», mentionne Marc LeBlanc.

Ce mode de production en extérieur a l’avantage d’être moins dispendieux et moins gourmand en électricité.

«Présentement, nos études nous indiquent qu’il en coûte entre 1,50$ et 3$ aux producteurs déjà sur le marché pour faire pousser un gramme. Dans notre cas, les coûts de production ne dépasseront pas 25 cents le gramme», souligne l’homme d’affaires.

Le site d’extraction de l’huile sera basé à Moncton. Dans ces locaux, les plants seront reproduits par clonage avant d’être envoyés dans les champs.

Les travaux pourraient débuter dès le mois de mai. Une fois l’infrastructure construite, l’entreprise devra obtenir une série d’approbation de la part de Santé Canada. Une première demande de permis sera envoyée au cours des prochains jours.

Solargram Farm se donne pour objectif de faire pousser 25 000 kg de cannabis destiné à l’extraction dès la première année, pour des ventes anticipées de 70 millions $.

«On parle de 30 000 plants de cannabis, qui deviendront entre 75 000 et 100 000 plants lors de la deuxième saison», précise Marc LeBlanc.

Le climat du Sud-Est offre des conditions acceptables, affirme le chef d’entreprise.

«On a fait pousser du cannabis au soleil pendant des années pour le marché noir au Canada. La plante cultivée en extérieur donne les hauts niveaux THC que les clients recherchent. Le gros défi, c’est plutôt la sécurité, parce qu’on parle d’une substance contrôlée. Santé Canada impose des règlements très stricts à ce niveau-là.»

Pour s’y préparer, Solargram Farm a déjà embauché une équipe d’agents de la GRC à la retraite qui a été chargée d’établir un plan de surveillance. Du personnel devra patrouiller la zone sept jours sur sept, 24 heures sur 24.

Une trentaine d’employés à temps plein seraient chargés de l’extraction, auxquels s’ajouteront une soixantaine d’employés responsables de la culture, dont une quarantaine seraient embauchés sur une base saisonnière.

Reste que beaucoup de points d’interrogation subsistent. Les contours de la loi qui encadrera la fabrication et la vente des produits comestibles sont flous pour le moment. Pour le duo d’entrepreneurs, cette aventure a tout du saut dans l’inconnu.

«C’est ça le futur de l’industrie et on veut frapper fort! On se prépare mais tout n’est pas encore défini, on ne sait pas exactement à quoi va ressembler ce marché-là…»