Foyers de soins: les négociations sont suspendues

Les parties se sont livrées à une guerre de chiffres, jeudi, alors que les négociations entre les travailleurs des foyers de soins, leur employeur et la province ont été suspendues pour une durée indéterminée.

Le médiateur a ordonné aux parties de prendre une pause, mercredi, en raison de l’absence de progrès, quelques jours après la reprise officielle des négociations.

Le Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick accuse la partie patronale et le gouvernement de rejeter toute véritable hausse salariale pour ses 4100 membres.

«Je n’en reviens pas de voir comment le gouvernement refuse tout simplement de négocier un accord juste et équitable», a affirmé la présidente du Conseil, Sharon Teare.

Fredericton confie plutôt qu’une offre «améliorée» a été présentée récemment aux représentants syndicaux.

«Nous avons bon espoir que les discussions de cette semaine et l’offre améliorée de l’employeur permettront de nous rapprocher d’une entente qui est juste pour toutes les parties», a déclaré la ministre du Développement social, Dorothy Shephard.

La partie patronale est représentée dans ces négociations par l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick. Le financement de ces 46 foyers de soins dépend toutefois du gouvernement provincial.

Aucune date n’est prévue pour la reprise des négociations.

La dernière proposition patronale, un contrat de trois ans avec une augmentation salariale moyenne de 10,5 cents l’heure tous les six mois, selon ce qu’avance le syndicat, n’est tout simplement pas suffisante en comparaison à la hausse du coût de la vie, dénonce Sharon Teare.

«Si les travailleurs acceptaient la proposition de l’employeur et du gouvernement, ça voudrait dire une perte de salaire réel. Je ne dirai jamais aux travailleurs que je représente qu’ils méritent une réduction de salaire.»

Le personnel des foyers de soins qui est sans contrats de travail depuis 28 mois est épuisé «physiquement, émotionnellement et financièrement», assure la présidente du syndicat.

La ministre Shephard soutient plutôt que les syndiqués sont beaucoup trop gourmands. Selon elle, ils exigent une augmentation salariale de 20% sur 4 ans qui finiraient par coûter 7800$ supplémentaires par lit par année ou 28 millions $ annuellement.

«Ce n’est pas raisonnable», a-t-elle commenté en point de presse. «C’est décevant que l’on en soit rendu là.»

Dorothy Shephard a refusé de donner plus de détails sur l’offre «améliorée» de la partie patronale, se contentant de dire qu’il s’agissait d’une «meilleure» proposition que celle qui a été refusée par les syndiqués l’an dernier.

Mme Shephard n’a pas voulu dire si cette nouvelle offre prévoit des hausses de salaire au-delà du 1% par année déjà proposée. Une seule augmentation de 1% coûterait 1,43 million $ annuellement aux contribuables, selon le ministère.

Le syndicat suggère que de meilleurs salaires dans les foyers de soins permettraient de réduire la pénurie de personnel.

La ministre du Développement social se dit quant à elle «plutôt à l’aise avec le nombre d’employés dans les foyers de soins à travers la province.»

Les partis d’opposition à l’Assemblée législative ont signalé leur appui aux travailleurs. Des députés du Parti libéral et du Parti vert étaient sur place, jeudi, lors de la conférence de presse du syndicat.

Le chef par intérim du Parti libéral, Denis Landry, demande au gouvernement de négocier de bonne foi même si le précédent gouvernement dont il faisait partie n’a pas su conclure une entente avec les travailleurs des foyers de soins.

«Il n’a jamais été question de grève quand nous étions au gouvernement. Être en désaccord, ça fait partie des règles de négociations. Notre gouvernement a quand même (conclu) 25 conventions collectives.»

M. Landry estime que Fredericton «peut se donner les moyens» d’offrir de meilleurs salaires aux syndiqués. Il pense toutefois que les progressistes-conservateurs vont plutôt choisir l’austérité lors du dépôt de leur premier budget, mardi.

Le député Kevin Arseneau du Parti vert affirme que les conditions dans les foyers de soins «sont extrêmement difficiles».

«Les gens sont en train de courir partout juste pour nourrir les résidents. Je ne crois pas que le gouvernement comprend la réalité de ce qui est en train de se passer dans les foyers de soins.»

Les deux camps ont rendez-vous au Palais de justice de Fredericton, vendredi, pour un nouvel épisode de la saga judiciaire pour déterminer si les travailleurs des foyers de soins ont le droit de faire la grève.

La Commission du travail et de l’emploi du Nouveau-Brunswick a déjà jugé que la loi qui les oblige à offrir certains services essentiels est inconstitutionnelle.

Le gouvernement du Nouveau-Brunswick a cependant obtenu, samedi, une ordonnance de sursis temporaire de dix jours en Cour du banc de la Reine pour empêcher les syndiqués de faire la grève en attendant qu’un juge se prononce sur le fond de la décision de la Commission.