La scolarité gratuite survivra-t-elle au premier budget Higgs?

La scolarité gratuite survivra-t-elle au premier budget Higgs? À première vue, il est peu probable que le gouvernement progressiste-conservateur décide dès le début de son mandat s’il supprime ou non les programmes d’aide financière aux étudiants mis en place par l’équipe de l’ancien premier ministre Brian Gallant.

Sous le gouvernement Gallant, les libéraux ont complètement réformé les programmes d’aide financière aux étudiants pour offrir la scolarité gratuite aux étudiants des universités et des collèges publics dont le revenu familial brut est de 60 000 $ ou moins. Ils ont également offert des rabais selon une échelle décroissante aux étudiants plus fortunés.

Alors qu’ils étaient dans l’opposition, les progressistes conservateurs s’étaient montrés très critiques à l’égard de ces initiatives et avaient voté contre le projet de loi.

En campagne électorale, l’équipe de Blaine Higgs a quelque peu changé de discours, promettant de ne pas revenir en arrière avant qu’une «évaluation complète» de ces programmes soit menée. En revanche, le premier ministre ne s’est jamais engagé à les préserver.

Selon le président de la Fédération des étudiants et étudiantes du campus universitaire de Moncton, Alexandre Cédric Doucet, le nouveau ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Trevor Holder, n’est pas pressé de s’aventurer sur ce terrain.

Lors d’une réunion à laquelle participaient des représentants du gouvernement, le leader étudiant a eu la confirmation que le gouvernement ne s’engagera pas dans une nouvelle réforme des aides financières dès cette année.

«Pour évaluer le programme, il faut attendre que la cohorte qui en a bénéficié complète son cycle d’études. Il faudra encore deux ou trois ans avec que ces personnes arrivent sur le marché du travail», assure Alexandre Cédric Doucet.

«Lors de nos discussions avec le gouvernement, il n’a pas été question de les abolir. C’est rassurant qu’on ait un statu quo de ce côté-là, mais c’est certain qu’on préférerait obtenir des investissements plutôt que de devoir batailler pour garder ce qu’on a.»

Du côté du ministère, cependant, on refuse de confirmer un tel échéancier.

«Le gouvernement entreprend actuellement un examen factuel du programme de gratuité des frais de scolarité et de l’allégement des frais de scolarité pour la classe moyenne. Quand une décision sera prise, le gouvernement le communiquera au public et aux intervenants», indique une porte-parole de la province.

Pour autant, tout indique que le gouvernement Higgs ne tranchera pas cette question avant le dépôt du budget le 19 mars.

Le mois dernier, le sous-ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Jean-Marc Dupuis, a confirmé qu’il faudrait attendre au moins jusqu’en 2021 avant de pouvoir évaluer le succès de la réforme des libéraux.

Pour cela, le ministère a retenu les services de l’Institut de recherche, de données et de formation de l’Université du Nouveau-Brunswick pour évaluer les deux programmes après la première cohorte.

Invitée à commenter ce dossier, la direction de l’Université de Moncton a fait savoir qu’elle souhaitait que le gouvernement «maintienne tous ses programmes relatifs aux frais de scolarité».

«Ils ont permis à ce qu’environ 50 % des étudiantes et des étudiants néo-brunswickois qui fréquentent l’Université de Moncton profitent de la gratuité scolaire ou d’un allégement significatif des droits de scolarité», souligne l’institution.

Durant la première année, 5780 étudiants ont profité de la scolarité gratuite au lieu des 5000 anticipés par le ministère. L’année suivante, 6405 étudiants se sont qualifiés pour le programme.

L’ancien ministre de l’Éducation postsecondaire, Roger Melanson, appelle quant à lui le gouvernement à se poser toutes les questions avant d’agir.

«Est-ce que ça a contribué à rendre l’éducation plus accessible, plus abordable? Est-ce que ça a augmenté la population étudiante? Est-ce que ç’a aidé nos jeunes à être mieux préparés pour le marché du travail? On ne peut pas évaluer ces bénéfices à court terme.»