Une entreprise restigouchoise veut révolutionner le domaine du traitement des eaux usées

Spécialisée dans l’usinage de pièces industrielles, la compagnie Design Built Mechanical (DBM) de Charlo se lance dans le marché des technologies propres, plus précisément celles liées au traitement des eaux usées. Et elle commence en force en proposant un procédé unique, développé chez elle au cours des dernières années.

Créer un système d’épuration plus efficace, nécessitant moins de produits chimiques et d’électricité, qui doublerait pratiquement la durée de vie des champs d’épuration tout en réduisant l’empreinte (émissions) de carbone des municipalités… Tout ça, de surcroît en créant un produit dérivé.

L’objectif que s’est fixé DBM est ambitieux, mais l’entreprise restigouchoise y croit dur comme fer, au point d’y avoir consacré cinq années de recherche et de développement. Aujourd’hui, le fruit est mûr. La compagnie affirme avoir réussi à mettre sur pieds un tel système et s’apprête à le tester avant de prendre d’assaut le marché canadien et international.

Le gouvernement fédéral aussi croit dans l’aventure. Par le biais de l’APÉCA, il y a injecté un montant de 500 000$.

Comment ça fonctionne?

On parle de l’installation de pièces d’équipement qui retireront jusqu’à 70% des biosolides des eaux usées avant que ceux-ci n’arrivent dans les étangs extérieurs. Ces biosolides circuleront ensuite dans des cuves pour en éliminer le phosphore et le potassium, puis la matière sera redirigée dans des étangs. L’eau qui en ressortira sera traitée à l’aide de rayons ultraviolets. À sa sortie, cette eau sera suffisamment propre pour être remise en circulation dans la nature, en amont du système d’eau potable. Par ce procédé, on croit pouvoir éliminer pratiquement toutes les émissions de carbone liées au traitement des eaux usées.

«Cette façon de faire existe dans les grands centres à l’aide d’équipements très spécialisés et très dispendieux. Notre objectif à nous, c’est de perfectionner le tout et de rendre cela plus abordable pour les plus petites communautés», explique Hervé Auclair, gestionnaire du Service de soutien opérationnel chez DBM.

Le projet ne s’arrête pas là. La phase deux de celui-ci consistera à convertir les déchets organiques (biomasse) restants en granulés énergétiques. Ces granulés seraient d’ailleurs plus performants que les granulés conventionnels de bois.

L’idée c’est de valoriser les déchets.

Balmoral servira de cobaye

DBM développera son premier mécanisme dans la municipalité voisine de Balmoral. La municipalité sera la zone test. Celle-ci possède quatre champs d’épuration construits il y a une dizaine d’années au montant (total) de 3,5 millions $. Il va de soi que le maire de l’endroit voit d’un très bon œil la possibilité d’accroître leur durée de vie.

«Un investissement sur 25-30 ans pourrait en devenir un sur 50-60. Ce n’est pas négligeable pour une petite municipalité comme la nôtre. Et ce qui est encore mieux, c’est qu’il s’agit d’un projet très vert qui vise à réduire notre empreinte environnementale. On est donc vraiment emballés non seulement d’embarquer dans cette aventure, mais d’être les premiers à le faire», exprime le maire de l’endroit, Charles Bernard.

C’est d’ailleurs là que se situe la grande valeur du projet au dire de M. Auclair. Car selon lui, ces systèmes seraient moins coûteux qu’un système conventionnel et donc plus abordables pour les petites municipalités.

«La beauté de tout ça, c’est qu’on est capable d’installer le système dans une grande ville, mais aussi de l’adapter à de petites communautés comme Balmoral (1700 habitants) et même encore plus petites. Ce serait donc très intéressant, par exemple, pour les communautés autochtones du Grand Nord qui sont aux prises avec des problèmes sérieux liés au traitement de leurs eaux usées», note M. Auclair.

À Balmoral, on récoltera toutes les données relatives et pertinentes au projet, comme la consommation électrique pour l’aération, le montant de produits chimiques utilisés pour contrer la formation d’algues, les quantités d’effluents qui se déverseront dans les champs d’épuration et la qualité de l’eau traitée. On se servira aussi de ce projet comme site de démonstration. Des visites pourront ainsi avoir lieu en présence d’acheteurs potentiels.

Le système n’est toutefois pas encore installé à Balmoral. Il le sera dès la fonte des neiges.

Implanter un système de l’envergure de celui de Balmoral – jugé par l’entreprise comme en étant un de petite taille – coûterait environ trois millions $.

«Ça peut sembler élevé, mais avec les économies anticipées au niveau de la consommation d’électricité (pour les aérateurs) et de l’utilisation (moindre) de produits chimiques, on se rend très rapidement compte que c’est très avantageux», soutient M. Auclair, notant qu’en électricité seulement, la municipalité dépense à l’heure actuelle environ 5000$ par mois, et ce, avec un système qui fonctionne à mi-régime.

Croissance pour tous

Au-delà des enjeux environnementaux plus que louables, ce projet est aussi porteur de croissance pour l’entreprise tout comme pour le Restigouche en entier.

DBM emploie actuellement environ 120 employés. D’ici trois à cinq ans, M. Auclair croit qu’on pourrait facilement ajouter une trentaine voire même une cinquantaine d’employés de plus dans l’entreprise, des nouveaux emplois spécialisés et bien rémunérés.

«Au Nouveau-Brunswick, on importe beaucoup de technologies de l’extérieur, mais on en exporte très peu. C’est dommage, car on a pourtant beaucoup de potentiel dans la province. L’objectif serait donc de développer cette technologie chez nous, de construire les systèmes ici et de les exporter ensuite de par le monde, ce qui créera des emplois et de la prospérité dans le Restigouche», souligne M. Auclair.

Selon ce dernier, plusieurs municipalités néo-brunswickoises auraient déjà démontré un grand intérêt envers le système développé à Charlo. En tout, on estime à 95 le nombre de champs d’épuration similaires à celui de Balmoral.