Des chevreuils attirent les foules à Tracadie

Oreilles bien droites, à l’affût du moindre bruit. Fourrure brun-gris. Pattes fines. Museau et yeux noirs comme l’ébène. Petite queue noire et blanche. C’est beau, un chevreuil. C’est aussi une belle attraction familiale… quand ce n’est pas devant nos phares de voiture.

Jeudi après-midi. Le soleil du printemps fait tellement de bien, mais met à rude épreuve notre conduite sur la Chemin de la Baie, à Losier Settlement, dans la municipalité régionale de Tracadie. Le sentier est déjà boueux, signe que la fonte des neiges est bel et bien en route.

On avance prudemment et, lentement, on passe sous la voie de contournement. Puis on les voit. Il y en a une vingtaine en tout, semble-t-il.

Un couple est déjà là, en train de les observer. Il est allé accrocher des carottes aux branches d’arbre. Les bêtes, d’abord méfiantes, se sont approchées. Se sentant en sécurité et assez loin de ces curieux adultes, elles attaquent cette collation plus que bienvenue en cette période difficile, où la nourriture est moins abondante et l’épaisseur de neige un obstacle à leur survie.

«Ils ont été là tout l’hiver, nous dit l’homme qui préfère ne pas être identifié. Ça fait trois ans qu’on les aperçoit ici. Ça fait une belle activité. Il y a toujours un va-et-vient dans la journée pour venir les nourrir. On leur a apporté des carottes. D’autres amènent des légumes ou des pommes. Même des clémentines. Ils aiment beaucoup ça, les fruits.»

Les chevreuils se gavent de cette nourriture gratuite et obtenue à peu d’effort. Ils font fi de quelques écureuils bien gras venus quêter leur part. Plusieurs mésanges picorent les graines que quelques passants ont laissées là. Un pie à boucane vient aussi se servir dans ce buffet à volonté.

Tout à coup, les chevreuils laissent sur place en vitesse cette boustifaille. Queues levées, ils prennent le large en quelques bonds gracieux.

On comprend vite pourquoi. Un autre homme vient d’arriver. Il sort de sa boîte de camion un sac de pommes. Il va les piquer sur le bout des branches. À peine a-t-il quitté que les chevreuils s’approchent rapidement. Certes, ils ne se laissent pas aisément approcher, mais on ne peut pas dire qu’ils sont très farouches.

«J’aime autant les nourrir et les voir ici que les voir devant mon pick-up», dit l’homme en regardant l’un de ces animaux croquer à belles dents dans un fruit.

La circulation à cet endroit est continuelle en ce jeudi. Mais la fin de semaine, c’est une vraie autoroute. Des familles viennent montrer ces animaux à de jeunes enfants. C’est devenu l’attraction de la place.

La chasse au chevreuil est interdite depuis plusieurs années dans la Péninsule acadienne. Ce mammifère n’a donc pas appris à voir l’humain comme un ennemi.

Et il est clair, en voyant les nombreux curieux admirer ces belles petites bêtes, que les humains ne voient pas toujours le chevreuil comme un ennemi…

Sauf devant leurs phares de voiture sur la route.

Pas la meilleure idée de les nourrir

La loi n’interdit pas de nourrir des animaux sauvages, mais ce n’est pas la meilleure des idées, rappelle le ministère du Développement de l’énergie et des ressources.

«Rien n’empêche une personne de le nourrir et de le flatter, mais ça peut causer du tort à l’animal. Il sort des bois le printemps, attiré par le sel le bord des routes et un petit peu de verdure», explique le porte-parole aux communications au ministère, Jean Bertin.

Ça fait trois ans que le troupeau près de Losier Settlement attire les foule. Il y en avait jusqu’à une trentaine l’an dernier, nous affirme l’observateur accompagné de sa compagne.

«Ils font du ravage naturellement. Ils aiment beaucoup les pousses de cèdre et ils se déplacent facilement», a-t-il noté.

Dans un document issu du site du gouvernement du Nouveau-Brunswick, on reconnaît que les gens ont de bonnes intentions en voulant nourrir les cerfs de Virginie, pensant ainsi les protéger des dures conditions hivernales.

«Des travaux de recherche ont révélé qu’il n’y a effectivement peu ou pas d’avantage à nourrir les chevreuils en hiver», peut-on lire.

Les inconvénients, poursuit le ministère, sont plus nombreux que les avantages. Ça n’améliore pas le taux de survie des chevreuils à l’hiver, ils perdent leur nature sauvage et la crainte des gens, les produits commerciaux suppriment leur capacité naturelle d’adaptation, leurs habitudes migratoires peuvent être perturbées, la concentration des bêtes détruisent l’habitat naturel autour des zones d’alimentation et augmente le risque de transmission de maladies, certains types de nourriture (ex.: le maïs) peuvent causer des problèmes digestifs et même provoquer la mort, les chevreuils dominants conservent leur comportement malgré l’abondance de nourriture, le risque de poursuite par des chiens est plus élevé, le risque de collision avec des voitures est en hausse, ça peut constituer un problème de nuisance pour les voisins et l’alimentation des bêtes peut s’avérer très coûteuse.