Foyers de soins: la grève est évitée de justesse

La grève dans les foyers de soins du Nouveau-Brunswick est une fois de plus évitée temporairement alors que cette saga judiciaire s’invite devant le plus haut tribunal de la province.

Le juge Raymond T. French de la Cour d’appel du Nouveau-Brunswick a appuyé une nouvelle fois sur pause, lundi, dans le conflit qui oppose 4100 travailleurs des foyers de soins à leur employeur ainsi qu’à la province.

Les syndiqués devront donc attendre au moins jusqu’à jeudi avant de savoir s’ils pourront finalement faire la grève dans un avenir plus ou moins rapproché.

La journée avait pourtant bien commencé pour les membres du Conseil des syndicats des foyers de soins du Nouveau-Brunswick avec la décision de la juge Paulette Garnett de la Cour du banc de la Reine.

Après avoir entendu les parties la semaine dernière, la juge Garnett a donné raison lundi aux syndiqués sur toute la ligne en déterminant qu’il n’y avait pas de raison valable de les empêcher de faire la grève.

Le report du droit de grève dans cette saga qui a commencé en 2011 équivaut à un «préjudice irréparable» à l’endroit des syndiqués, a-t-elle dit avant d’ordonner à l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick et à la province de verser 2500 $ chacun au syndicat.

La magistrate a ainsi mis fin à la suspension temporaire de la décision de la Commission de l’emploi et du travail qui avait décrété l’an dernier que la Loi sur les services essentiels dans les foyers de soins est inconstitutionnelle.

Selon la commission, cette loi qui doit en principe obliger les travailleurs à offrir certains services essentiels en cas de conflits de travail va à l’encontre de leur droit à faire la grève.

La victoire des syndiqués en Cour du Banc de la Reine a cependant été de très courte durée puisque quelques heures plus tard, l’avocat de la province, Me Christian Michaud, a convaincu le juge Raymond French de la Cour d’appel de suspendre temporairement la décision de la juge Garnett et par le fait même celle de la Commission.

«L’intérêt que je défends, c’est l’intérêt public et le public a intérêt à ce que les lois en vigueur soient maintenues, surtout celles qui sont là pour protéger la santé et la sécurité des résidents des foyers de soins», a déclaré Me Michaud à sa sortie du Palais de justice de Fredericton.

Selon le directeur général adjoint responsable des services juridiques à l’Association des foyers de soins du Nouveau-Brunswick, Me Justin Wies, la décision du juge French permet d’éviter de priver les résidents des foyers de services essentiels dont dépendent leur bien-être et leur sécurité.

«Nous sommes très, très contents que les intérêts des résidents de nos foyers de soins soient protégés pour au moins les trois prochains jours», a indiqué Me Wies à l’extérieur du tribunal.

«Tactiques» juridiques

L’avocat du syndicat, Me Joël Michaud, est plutôt d’avis que la cour n’aurait pas dû suspendre à nouveau la décision qui permet aux travailleurs de faire la grève.

«Il y a beaucoup d’incertitude. L’idéal, c’est que le conflit se règle à la table de négociation. Mais sans avoir le pouvoir (de faire la grève), c’est pour ça qu’on se traîne devant les tribunaux. Ce n’est pas ici que la convention collective va être signée.»

Jeudi, la province devra convaincre le juge French d’entendre son appel de la décision de la juge Garnett et de maintenir d’ici là la suspension du jugement de la Cour du Banc de la Reine.

La présidente des syndiqués, Sharon Teare, accuse l’Association des foyers de soins et le gouvernement provincial d’utiliser des «tactiques» juridiques afin d’éviter d’avoir à se présenter à la table de négociation.

«Ça m’enrage de penser qu’ils consacrent des ressources à toutes ces tactiques pour ne pas venir à la table. Ça me frustre. Mais je n’abandonnerai pas. Il n’y a pas de tactiques qui vont nous empêcher de nous battre pour nos droits.»

Les travailleurs des foyers de soins réclament notamment de meilleurs salaires, ce qui nécessiterait de nouveaux investissements de la part du gouvernement provincial.

Le syndicat affirme qu’une rémunération plus adéquate permettrait de réduire la pénurie de personnel qui sévit dans les établissements pour personnes âgées du Nouveau-Brunswick.

Le premier ministre Blaine «Higgs doit arrêter de traiter les résidents des foyers de soins comme une marchandise», a prévenu Mme Teare.
«Ils ne sont pas comme un baril de pétrole. Ce sont des êtres humains et nous devons en prendre soin.»

Les syndiqués ont l’intention de manifester devant l’Assemblée législative, mardi, alors que le ministre des Finances, Ernie Steeves, présentera le premier budget du gouvernement Higgs.