Une réunion dans l’harmonie à Tracadie!

Les élus de la Municipalité municipale de Tracadie ont démontré, lundi soir, qu’ils étaient très bien capables de travailler dans l’unité, la cohésion et l’harmonie. Il s’agit d’un contraste frappant après deux semaines de conflit ouvert entre le maire Denis Losier et quelques conseillers, alimenté par une demande controversée de mise en tutelle et la possibilité d’un vote de non confiance.

Quatre fois plutôt qu’une, le conseil municipal a privilégié une forme cordiale et respectueuse pendant la réunion du comité plénier, sans pour autant négliger le fond. Cette collaboration où l’on a vu les élus s’allier bras dessus bras dessous a permis l’avancement – parfois de plusieurs pas – de nombreux dossiers majeurs.

Ainsi, les élus ont notamment concerté leurs efforts sur les points du plan de changements climatiques, du projet d’amélioration des lagunes des secteurs Tracadie et Sheila, sur la question de la cueillette des déchets solides et sur l’interdiction des pesticides (dont le glyphosate) sur son territoire.

Aucune référence, ni même une petite allusion, au comportement jugé répréhensible du maire. Aucune allusion, ni même une petite allusion, aux comportements des conseillers jugés contestataires. Et ça, pendant les trois heures qu’a duré cette réunion qui a permis de passer près de 25 items à l’ordre du jour.

Le maire Denis Losier a tenu à féliciter ses collègues assis autour de la table.

«Nous avons démontré que nous sommes capables de travailler ensemble», a-t-il commenté, suivi des applaudissements de la foule qui avait rempli la salle du conseil.

Voilà pour la forme.

Sur le fond, les sujets majeurs ont suscité des discussions animées et constructives. Par exemple, la MRT travaille à présenter dans les plus brefs délais son plan sur les changements climatiques. Un document sera présenté au conseil et sera évalué dans moins de 10 jours.

«Ce plan contiendra des choses particulières, spécialement pour les nouvelles constructions et les élévations de terrains. Ce sera en lien avec notre nouveau plan rural», a laissé entendre le maire, qui ajoute que le document sera rendu public dès que le conseil l’aura approuvé en réunion ordinaire.

Concernant le projet d’amélioration des lagunes de Tracadie et de Sheila, les élus prévoient acheter à la suite d’appels d’offres un système ultra-violet de traitement des eaux usées, un surpresseur, un système d’aération et une membrane. On parle d’un investissement de près d’un demi-million $, mais le maire a précisé qu’il s’agit d’une dépense déjà incluse dans l’annonce de 6,6 millions $ de février 2017 dans la modernisation du réseau d’eau et d’égout.

Le maire a rappelé que les lagunes, dans leur état actuel, rejetaient un niveau de coliformes élevé dans la baie de Tracadie.

«Ce sont des équipements qui datent de plusieurs années et qui méritent une rénovation. Ça va nous permettre de passer les 30 à 40 prochaines années avec une épée de moins au-dessus de nos têtes», a indiqué M. Losier.

Glyphosate

La Municipalité régionale de Tracadie ne veut pas de pesticides – et encore moins de glyphosate – sur son territoire. Les élus l’avaient déjà exprimé il y a 14 mois. Ils ont réitéré leur position, lundi, en exigeant qu’un arrêté soit rédigé dans les plus brefs délais.

La Ville deviendrait donc la première à se positionner officiellement contre l’épandage de ces produits jugés cancérigènes sur ses terres agricoles et de culture du bleuet, mais permise par Santé Canada.

Il reste cependant à savoir comment le gouvernement Higgs va légiférer sur les terres de la Couronne, nombreuses sur le territoire de la municipalité. M. Higgs a déjà parlé d’un retrait progressif des pesticides.

Ce vote a été salué par plusieurs opposants au glyphosate présents dans la salle du conseil, lundi soir.

«Ce n’est pas juste une question d’être un chef de file, d’être le premier, le deuxième ou le troisième, a rappelé le maire Denis Losier. Si nous prenons cette décision, c’est pour le bien des prochaines générations. En lançant ce mouvement, on espère que ça va faire boule de neige. Nous avions déjà pris cette décision et il était regrettable que nous n’avions pas pu avancer là-dessus. On vient de mettre la pédale au fond et ce sera à la satisfaction de nos citoyens.»

Amédée Boucher, qui mène une lutte contre l’utilisation du glyphosate dans la province depuis plus de deux ans, s’est dit très heureux du geste des élus de la Municipalité régionale de Tracadie.

«Quand je vois ce que vient de faire Tracadie, ça me fait chaud au coeur, a-t-il réagi. On parle de vies humaines, de maladies, de cancer et de morts. Depuis 2016 que je travaille là-dessus et on voit le résultat ce soir. C’est super et ça va traverser le Canada.»

L’opposant croit aussi que d’autres municipalités emboîteront le premier pas de la MRT sous peu. Il rappelle les gestes pris par la CSR de Kent et de la Ville de Moncton.

«Ça va réveiller des gens et ça va amener une nouvelle conscience sociale au Nouveau-Brunswick et au Canada, en bannissant tous ces poisons. Si c’est poison, c’est dangereux. Il existe d’autres solutions naturelles, organiques et biologiques. Nous avons approché cinq conseils municipaux dans la Péninsule acadienne et nous voulons qu’ils adoptent aussi un arrêté contre ces produits», soutient celui qui mène une pétition qui aurait recueilli plus de 12 000 signatures.