Déception au sein des groupes de défense des travailleurs saisonniers

Des groupes de défense des droits des travailleurs saisonniers sont déçus que le ministre des Finances du Canada, Bill Morneau, ait prévu très peu de mesures dans son plus récent budget pour leur venir en aide.

La mesure principale concerne la création de la nouvelle prestation de soutien à la formation d’assurance-emploi. Ce nouveau programme, qui devrait être lancé à la fin de 2020, vise à aider les travailleurs canadiens qui veulent suivre une formation, mais qui ne touchent pas un salaire régulière à accéder à des prestations d’assurance-emploi pendant un maximum de quatre semaines.

Les prestataires pourront toucher à 55% de leurs gains hebdomadaires moyens sur une période de quatre ans. Pour y être admissible, un travailleur doit avoir cumulé au moins 600 heures assurables de travail.

«Dans un premier temps, les quatre semaines de formation débuteront seulement à la fin de 2020. C’est presque dans deux ans. C’est une mesure, c’est assez minime, mais c’est correct», dit Pierre Céré, porte-parole du Conseil national des chômeurs et chômeuses, basé à Montréal.

Le gouvernement fédéral investit aussi 253,8 millions $ sur une période de cinq ans afin de raccourcir les délais de décision au Tribunal de la sécurité sociale du Canada. Ce tribunal permet aux gens de contester des décisions concernant le régime d’assurance-emploi et du programme de la Sécurité de la vieillesse.

Malgré ces annonces, Pierre Céré est cependant demeuré sur sa faim.

«Il y a un certain nombre d’enjeux importants qui n’ont pas été soulevés, dont la question des travailleurs saisonniers, la problématique du trou noir, l’admissibilité et la durée de la période de prestations.»

L’an dernier, le fédéral s’était engagé à investir 230 millions $ au cours des prochaines années dans l’assurance-emploi. Un montant de 2,5 millions $ a été versé au Nouveau-Brunswick pour permettre aux travailleurs de suivre des formations.

«L’an dernier, on est allé chercher des mesures provisoires, mais elles se terminent dans un an. On réclame des mesures permanentes. Hier, tout ça était absent du budget.»

Création d’une zone protégée

Fernand Thibodeau, porte-parole du nouveau comité Aide et soutien aux travailleurs et travailleuses des industries saisonnières (ASTS), basé dans la Péninsule acadienne, partage un avis semblable.

«Je n’ai rien du tout contre la formation. D’ailleurs, c’est bien correct que les gens puissent y avoir accès, mais d’après ce que je vois, il n’y a rien pour les industries saisonnières. On demande une zone protégée.»

Selon Fernand Thibodeau, le fait d’offrir seulement des formations ne règlera pas le fond du problème.

«Je me dis qu’il y aura toujours quatre saisons ici, avec un hiver. Même si quelqu’un suit des formations, il ne pourra pas faire fondre de la neige et retourner au travail plus tôt au printemps. D’après moi, à cause de notre hiver, des gens vont quand même écouler leurs semaines d’assurance-emploi et tomber dans le trou noir.»

Le groupe ASTS demande depuis plusieurs mois au gouvernement fédéral de créer une zone protégée pour les travailleurs saisonniers de la zone de l’assurance-emploi de Restigouche-Albert.

À l’heure actuelle, le taux de chômage dans cette région s’élève à 12,8%. Un travailleur doit travailler un minimum de 455 heures pour accéder aux prestations. Dans une zone protégée, il s’agirait de travailler un minimum de 420 heures pour 35 semaines de chômage.

Union des forces

Le comité ASTS mène actuellement des démarches pour devenir membre du Conseil national des chômeurs et chômeuses. L’organisme, dont le mandat est de défendre les intérêts des travailleurs et travailleuses, regroupe plusieurs membres au Québec. L’ASTS serait le premier membre du Nouveau-Brunswick. Une rencontre est prévue en avril au Québec.

«Il y a vraiment une alliance Québec-Nouveau-Brunswick qui est en train de se mettre en place», dit Pierre Céré.

De son côté, l’ASTS poursuit ses efforts en vue de devenir une entité incorporée. Le but est de donner un caractère plus officiel aux activités de l’organisme.

«On veut un comité avec des membres. Une fois par année, il va y avoir une assemblée générale avec des rapports. Je pense que c’est important que les gens soient au courant.»