Rogersville: débat passionné sur le projet de regroupement

Les citoyens de Rogersville et des environs ont participé à un débat passionné sur le regroupement, mardi, à l’école de l’endroit. Ils voteront le 6 mai sur la création de la Communauté rurale de Rogersville.

Les citoyens de Collette, d’Acadieville et des communautés environnantes se rendront aux urnes, le 6 mai, afin de se prononcer sur l’avenir de la grande région. La question sur leur bulletin de vote sera «Oui» ou «Non» au regroupement en communauté rurale du territoire actuellement desservi par le service d’incendie de Rogersville.

Après plus de deux ans de travail, une ultime réunion publique sur le sujet a eu lieu dans la communauté, mardi. Si les premières démarches se sont déroulées dans l’harmonie, la foule était plutôt divisée.

Comme c’est le cas dans pratiquement tous les débats sur le regroupement, la question de la taxe municipale était au coeur des discussions. Si le «oui» l’emporte, les citoyens paieront environ 0,01$ par 100$ d’évaluation de plus en taxe foncière. Pour une propriété évaluée à 100 000$, cela représente 10$ par an.

Jacques Martin, de East Collette, était parmi ceux qui ont participé à la réunion afin d’obtenir une réponse à une question bien simple: en auront-ils assez pour leur argent?

Un maire et un conseiller municipal

Si le «oui» l’emporte, les citoyens des communautés à l’extérieur de Rogersville auront le droit de voter pour un maire et des conseillers municipaux. Le nouveau conseil sera formé de cinq conseillers – deux de Rogersville et trois des communautés environnantes – et un maire.

Le conseil municipal aura le pouvoir de prendre des décisions sur la gestion de la région. À l’heure actuelle, ces décisions dans les communautés à l’extérieur des limites de Rogersville doivent suivre un processus qui inclut des pétitions, des réunions publiques et l’approbation du ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

Bruno Doucette, président du comité consultatif de Collette, a décrit le long cheminement que son équipe a dû suivre afin de maintenir l’éclairage public dans sa communauté.

«On a visité les maisons, on a fait une pétition, on a organisé une rencontre et on a demandé si les gens voulaient payer pour les lumières de rue. Ensuite, on a envoyé notre demande au ministre.»

Il a souligné un autre cas où le ministre a refusé d’accorder la somme de 4000$ d’un surplus budgétaire du DSL afin d’améliorer le puits du centre communautaire.

M. Martin n’est pas convaincu, se disant satisfait de la situation actuelle.

«(Si on vote oui), on ne va pas avoir un ministre, on va avoir six élus qui vont faire la même chose que le gouvernement provincial. Je ne peux pas voir de quelle manière que ça va aider les communautés rurales de hausser nos taxes pour quelque chose qu’on a déjà.»

La taxe sur l’essence

À l’heure actuelle, les districts de services locaux (DSL) d’Acadieville, de Collette et de la paroisse de Rogersville – qui comprend entre autres Young Ridge, Pleasant Ridge et Rosaireville – n’ont pas un droit de gestion sur leur part de la taxe sur l’essence. Ce fond du gouvernement fédéral permet aux communautés incorporées d’investir dans leur infrastructure comme les systèmes d’égouts, les sentiers pédestres et les centres communautaires.

Si le «oui» l’emporte, M. Doucette affirme que la région aura droit à une somme de 128 000$ additionnelle par année d’Ottawa.

M. Martin rétorque qu’à l’heure actuelle, les fonds de la taxe sur l’essence de tous les DSL de la province sont gérés par Fredericton. Il estime qu’une telle formule est plus avantageuse à long terme.

Pierrette Robichaud, maire de Rogersville, n’est pas d’accord. Elle souligne que la région aura droit à plus d’investissements d’Ottawa en se regroupant.

«Mon opinion, c’est qu’il est préférable que les gens d’ici gère la taxe sur l’essence.»

Le pouvoir du nombre

Robéa Cormier, du Club d’âge d’or d’Acadieville, a demandé aux jeunes adultes présents dans la salle de partager leur opinion sur le regroupement. Trois d’entre eux ont pris la parole, chacun reprenant le thème de la collaboration.

«3000 personnes, c’est plus fort que 1000. La Chambre de commerce a mené une étude qui dit que si les taux de naissance et de décès se maintiennent, on va perdre 1200 personnes en 30 ans. Il est temps de se regrouper pour avoir la force de préserver nos services et faire du développement. Les choses marchent à l’heure actuelle, mais il faut penser 10, 15 ou 20 ans dans l’avenir», a affirmé Sébastien Bourque, de Rogersville.

Un plan rural

Pour plusieurs, la question des animaux touche une corde sensible. Des intervenants ont partagé leurs inquiétudes concernant la possibilité de perdre leurs poules et leurs cochons si on leur impose un plan rural.

Un représentant de la Commission des services régionaux de Kent a cependant expliqué que les plans ruraux sont développés par et pour les citoyens d’une région donnée. Si les gens souhaitent protéger leur droit d’élever des animaux de ferme, ils seront entendus.

Un plan d’aménagement permet aux communautés d’avoir plus de contrôle sur le développement de leur région. Dans le passé, des débats passionnés ont eu lieu quand des abattoirs ou des terrains de camping ont voulu s’installer dans des régions rurales qui n’avaient pas un tel plan.

Certains citoyens demeurent sceptiques: ils craignent qu’un plan rural limite leur capacité de développer leur terre comme bon leur semble. n