Santé mentale dans les écoles: «Compliqué pour un jeune de consulter»

D’un côté, il n’y a pas assez de professionnels de la santé mentale dans les écoles. De l’autre, là où il y a du personnel, les jeunes font face à un manque de disponibilité.

Pas pour rien que la Fédération des jeunes francophones du N.-B. (FJFNB) présente un portrait «alarmant» de l’état des lieux en santé mentale dans les écoles secondaires francophones de la province.

En utilisant le pouvoir que lui confère près de 8600 élèves membres, la FJFNB a exposé la teneur des échanges recueillis à l’intérieur d’ateliers de discussions pendant leur assemblée générale annuelle, présentée en novembre.

Ainsi, il a été noté qu’il existe un manque criant de personnel affecté à la santé mentale dans les écoles secondaires, selon eux. Dans plusieurs des cas, certains services d’infirmerie ou de psychologie sont disponibles, mais à une fréquence extrêmement faible, ce qui pose de sérieux problèmes.

«Souvent, les services ne sont disponibles que quelques heures aux deux semaines, ce qui n’est pas suffisant pour répondre aux besoins. Cette carence ne permet pas aux jeunes de bénéficier d’un espace sécuritaire ni d’assurer un suivi régulier et efficace avec un membre du personnel. Dans plusieurs cas, le travail de psychologue revient à d’autres membres du personnel – conseillers en orientation ou concierge – qui n’ont pas la formation nécessaire», peut-on lire dans le document présenté par la FJFNB.

Il semble y avoir un manque de transparence quant à l’offre disponible et où la trouver dans plusieurs écoles, selon les propos des participants.

Les jeunes ont souligné plusieurs défauts dans le fonctionnement du programme des services intégrés en terme de confidentialité et de délais.

«L’obligation d’avoir une autorisation parentale pour les jeunes âgés de 16 ans et moins cause des problèmes pour certains jeunes qui ne veulent pas forcément que leurs parents soient avisés de la situation qu’ils traversent, encore moins si les parents en sont la cause», poursuit-on dans le document.

De plus, les compressions budgétaires dans le domaine de l’éducation font en sorte que seuls les cas les plus urgents sont pris en considération. Cela occasionne notamment des délais d’attente trop longs. Pour les jeunes qui n’ont pas le temps d’attendre pour les services à l’école, les services professionnels publics sont très souvent trop dispendieux.

Manque de sensibilisation

La FJFNB note un manque de sensibilisation et d’éducation, en matière de santé mentale, dans les polyvalentes francophones, et ce, tant chez les jeunes qu’auprès du personnel scolaire.

Elle a récemment ajouté une rubrique sur le sujet dans son site internet, fait une tournée des écoles et préparé une campagne dans les médias sociaux #JasonsSantéMentale.

«Pour les écoles où le système est en place, certains jeunes signalent un manque de partialité de la part de certains membres du personnel désigné “personne Maillon”. Plusieurs de ces professeurs ne sont pas suffisamment formés et banalisent certaines situations», relate le document.

Enfin, en ce qui concerne le programme Le Maillon (prévention du suicide chez les jeunes), la FJFNB déplore son manque d’efficacité dans certaines écoles.

La FJFNB ajoute que le programme est carrément absent des polyvalentes Clément-Cormier de Bouctouche, Louis-J.-Robichaud de Shediac, Carrefour Beausoleil de Miramichi et Mgr-Marcel-François-Richard de Saint-Louis-de-Kent.

Des cas plus lourds mais aussi plus nombreux

Que fait-on dans les écoles francophones pour la santé mentale chez les jeunes?

Beaucoup de choses!

En réalité, il y en a tellement qu’il est parfois difficile de s’y retrouver. Surtout que la problématique est différente d’il y a 10 ans. Les cas sont plus nombreux et ils sont plus lourds.

«Oui, c’est une réalité, il y a plus de jeunes avec des problèmes de santé mentale, admet Annie LeBlanc-Levesque, directrice des relations stratégiques au DSF-Nord-Est. Par contre, ce n’est pas un travail qui se fait seul. Chaque cas est discuté. C’est un travail qui se fait en équipe.

Le rôle de chacun et les interventions sont établis en collaboration dans un objectif commun afin d’assurer le bien-être de l’élève et de développer son autonomie.»

Elle précise que le DSF-NE s’assure de former et d’accompagner différentes personnes-ressources dans les écoles selon différentes thématiques.

Julie Poulin, porte-parole pour le DSF-Nord-Ouest, stipule que diverses ressources sont disponibles dans leurs écoles, dont trois psychologues scolaires, trois psychométriciennes, quatre travailleurs sociaux, 15 mentors en gestion des comportements et deux intervenantes en gestion des comportements.

«Bon nombre de nos efforts en matière de santé mentale sont orientés vers la prévention et le développement de diverses habiletés primordiales. Depuis plusieurs années, nous misons sur une approche en santé mentale positive. Dans cette optique, nous veillons notamment à ce que nos élèves vivent des réussites. Tous les membres de notre personnel scolaire ont leur rôle à jouer. Ils font un travail de première ligne. Nos spécialistes répondent aux besoins», poursuit-elle.

Mme LeBlanc-Levesque précise qu’il faut aussi prendre en considération le fait que «nous outillons les gens du milieu scolaire, ce qui leur permet de devenir de meilleurs observateurs et des accompagnateurs en intervenant de façon efficace.

Nous outillons et nous sensibilisons également nos jeunes ainsi que nos parents afin que ceux-ci puissent apprendre à se connaître et réussissent à bâtir leur propre boîte à outils (résilience)».