Coupures en tourisme: plus de questions que de réponses

L’importante réduction de l’enveloppe réservée au tourisme annoncée la semaine dernière suscite des craintes de la part des partis d’opposition. Quant à l’Association de l’industrie touristique du N.-B., contre toute attente, elle n’est pas inquiète outre mesure pour l’instant.

Lors du dépôt de son premier budget annuel, mardi dernier, le ministre des Finances a dévoilé que les fonds du ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture consacrés au tourisme seront amputés de 8 millions $.

Cette enveloppe passera de 20,3 à 12,8 millions $. Ce qui représente une diminution de 37% pour les années financières 2018-2019 à 2019-2020.

L’Acadie Nouvelle a demandé une entrevue avec le ministre responsable de ce portefeuille – qui occupe aussi le poste de vice-premier ministre – Robert Gauvin, afin qu’il explique ce qui sera coupé au juste. Notre demande n’a pas porté ses fruits.

Sa porte-parole, Johanne LeBlanc, nous a fait parvenir un courriel laconique qui n’a pas répondu à nos questions. Nous voulions notamment savoir quels programmes seront touchés et combien de postes seront abolis.

«Les renseignements sur les plans de dépenses prévus pour chaque programme et élément de programme, y compris les répercussions sur les ressources humaines, seront dévoilés lors de la présentation des prévisions des ministères en avril», a-t-elle dit.

Ce que dit le budget

En creusant un peu dans le budget principal, un imposant document, déposé mardi, qui trace les grandes lignes du plan du gouvernement HIggs, nous avons pu avoir une meilleure idée de ce qui se trame.

Nous avons tout d’abord constaté que la majeure partie des coupures dans l’enveloppe réservée au tourisme du ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture ont été effectuées dans le budget de la Direction de l’innovation dans les produits.

Dans le budget, on peut lire que cette entité se consacre notamment à la recherche à l’analyse et à l’essai de produits innovants. Elle voit son budget dégringoler de 10,7 à 3,4 millions $.

Nous avons aussi remarqué que la Direction des ventes, des médias et des partenariats semble avoir été fusionnée avec la Direction du marketing et des renseignements aux visiteurs afin de former la nouvelle Direction du marketing de destinations et des ventes.

Dans le budget de l’année 2018-2019, les deux directions avaient un budget combiné de 10,1 millions $. Dans le plan budgétaire de 2019-2020, le budget de la nouvelle division n’est plus que de 9,4 millions $.

Comme nous n’avons pas réussi à obtenir d’entrevue avec le ministre Gauvin et que sa porte-parole n’a pas voulu répondre à nos questions, on ignore pour l’instant si une nouvelle division a bel et bien été créée et ce que cela signifierait pour les investissements en tourisme.

L’opposition dénonce les compressions

Le critique de l’opposition officielle en matière de tourisme et député de Shediac-Beaubassin-Cap-Pelé, Jacques LeBlanc, dénonce ces compressions.

«Le secteur touristique au Nouveau-Brunswick génère au-delà de 36 000 emplois. C’est un gros secteur, on a des retombées économiques considérables. On est une province touristique, on veut promouvoir notre belle province. Ça me dérange grandement de voir que le ministre a accepté des coupures aussi énormes», dit en entrevue.

Le député vert de Kent-Nord, Kevin Arseneau, est lui aussi critique de la décision des progressistes-conservateurs. Il dit mal comprendre les coupures prévues par le gouvernement Higgs en tourisme.

«Ça passe de 20 à 12 millions $. C’est quand même un gros pourcentage. En plus dans une année où on vient de se faire nommer région touristique de choix par le journal français Le Monde. C’est un secteur qui a un énorme potentiel», dit-il en entrevue.

Lors de la période des questions, vendredi avant-midi à l’Assemblée, Jacques LeBlanc a d’ailleurs demandé plus de détails au ministre Gauvin. ll s’y est pris à deux reprises, notamment afin de savoir quels secteurs du ministère seront touchés.

Robert Gauvin n’a pas répondu directement et clairement aux questions. Il a cependant affirmé que les choses vont changer sous sa gouverne.

«J’ai réalisé que, avec le gouvernement précédent, il n’y avait pas de mesure. Il préférait appeler les dépenses des investissements. (…) Une bonne idée ne se trouve pas avec de l’argent. Il faut que chaque dollar que nous dépensons frappe la cible», a-t-il dit.

Il a aussi affirmé que lui et ses collègues des autres ministères vont travailler en équipe, mais n’a pas précisé comment cela allait compenser pour la diminution de 37% du budget réservé au tourisme.

«Je sais que c’est un nouveau jour, mais je réalise qu’il y a déjà cinq ou six ministères qui collaboreront avec le ministère du Tourisme, du Patrimoine et de la Culture. Nous allons faire des gains. Je ne suis pas inquiet pour la saison qui s’en vient. Nous allons avoir du plaisir. Espérons qu’il fasse beau.»