Homard: valeur et débarquements à la hausse

À un peu plus d’un mois du lancement de la pêche, les homardiers du Nord-Est envisagent le printemps 2019 avec optimisme. Un analyste parle cependant d’instabilité sur le marché des produits transformés.

Les homardiers du Nord-Est mettront la touche finale à leur préparation pour une nouvelle saison de pêche au cours des prochaines semaines. Ils prendront le large au début mai, si les glaces le permettent.

À l’issue du Seafood Expo North America à Boston – un événement annuel qui sert de baromètre pour les marchés des fruits de mer -, les pêcheurs côtiers du Nouveau-Brunswick voient 2019 d’un bon oeil.

Les membres de l’Union des pêcheurs des Maritimes se sont réunis à Moncton, cette semaine, pour leur assemblée générale annuelle. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

John Sackton, fondateur du site Seafoodnews.com et analyste ayant près de 40 ans d’expérience, a pris la parole, mercredi, lors de l’assemblée générale annuelle de l’Union des pêcheurs des Maritimes. Il a dressé le portrait d’un marché «en transition», s’adaptant simultanément à une augmentation de la valeur du homard et à une hausse des débarquements.

«La valeur du homard est en croissance alors que les débarquements augmentent. Quand on a une situation où on a plus de produits et qu’on paie plus cher pour l’avoir, on parle d’un marché en santé.»

«Dans le cas du homard, je pense que ce qu’on a vu à Boston et ce qu’on a appris cette semaine de John Sackton, c’est encourageant. À moins d’un scénario catastrophique et imprévisible avec un pays comme la Chine, je ne pense pas qu’il y aura de problème ce printemps», mentionne Martin Mallet, directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes (UPM).

Le prix exact du homard au quai n’est pas encore connu, mais M. Mallet prévoit qu’il sera comparable à celui de l’an dernier. En temps normal, les pêcheurs l’apprennent seulement au tout début de la saison de pêche – parfois même quelques jours après le lancement. Le prix varierait selon le volume des premiers débarquements.

L’an dernier, au milieu de la saison de pêche, le prix était de 5,00$ la livre pour le homard de petite taille (canner) et 5,50$ la livre pour le gros (market), selon des données du gouvernement de l’Île-du-Prince-Édouard.

Instabilité sur le marché des queues et de la viande de homard

Si John Sackton, fondateur du site Seafoodnews.com, affirme que le marché du homard est «très fort» en général, il souligne que les marchés de la queue et de la viande sont «très instable».

Le fondateur de Seafoodnews.com, John Sackton, a tenu un discours mercredi en tant que conférencier à l’assemblée générale annuelle de l’Union des pêcheurs des Maritimes. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Selon lui, une hausse trop soudaine des prix cause des problèmes aux usines de transformation. C’est ce qui a été observé en Nouvelle-Écosse, cet hiver, quand le prix au quai a dépassé les 9$ la livre, notamment en raison de la forte demande en Chine. À un tel prix, le coût de production de queues et de viande de homard dans les usines de transformation est d’environ 27$ la livre, selon M. McTeague. Or, le prix de ces produits sur les marchés était seulement 20$ la livre.

«Les marchés des queues et de la viande ne s’ajustent pas aussi rapidement que le marché du homard vivant aux changements de prix sur les quais. C’est donc plus facile de se retrouver dans une situation où les usines de transformation ne peuvent pas payer un certain niveau de prix pour le homard.»

M. Mallet ne croit pas que le cela aura un impact durant la prochaine saison de pêche.

«Pour l’instant, on ne voit pas vraiment de variation à la hausse d’ici le printemps. Un prix au quai plus élevé peut affecter la valeur du produit transformé, mais on ne voit pas de signes par rapport à ça tout de suite. Ce qu’il (M. Sackton) a expliqué n’est pas trop inquiétant.»

M. Sackton a aussi rappelé que le prix de la viande de homard a subi d’importantes variations au cours des dernières années. Après avoir explosé en 2017, il a subi une importante baisse, passant même sous le prix des queues de homard pour la première fois en au moins dix ans. Le phénomène a causé de la méfiance sur les marchés.

Il mentionne que l’écart entre le homard destiné à la transformation – tel la majorité du homard pêché dans le Nord-Est – et le homard vivant pourrait continuer à se creuser.

Il affirme aussi qu’il y a un potentiel de croissance pour les vendeurs de homard congelé en raison du prix élevé et des faibles stocks des produits de crabe des neiges.

M. Sackton maintient que le homard transformé joue un rôle crucial dans l’industrie de l’est du Canada, en raison de la variabilité de la qualité des débarquements. Les usines de transformation permettent d’écouler le homard de moins bonne qualité. Près de la moitié du homard pêché dans les eaux canadiennes y aboutit.

Prix du homard en début juin dans le Nord-Est, par année (canner / market)

2018: 5,00$ / 5,50$

2017: 6,00$ / 6,50$

2016: 6,25$ / 6,75$

2015: 4,25$ / 4,75$

2014: 3,50$ / 4,00$

2013: 3,00$ / 3,50$*

2012: 3,75$ / 4,25$

*Prix à l’Île-du-Prince-Édouard.

Source: Ministère de l’Agriculture et des Pêches de l’Île-du-Prince-Édouard