Taxe carbone: Ernie Steeves veut un régime moins punitif pour le N.-B.

Le gouvernement Higgs milite ouvertement contre la taxe sur le carbone sur l’essence, imposée au Nouveau-Brunswick par Ottawa depuis lundi. Mais ce qu’il propose à la place est pas mal moins clair. L’Acadie Nouvelle en a parlé au ministre des Finances, Ernie Steeves, question d’y voir plus clair.

Les progressistes-conservateurs provinciaux se font entendre haut et fort par les temps qui courent pour dénoncer la fameuse taxe carbone de Justin Trudeau. Le premier ministre et son équipe ne ratent pas une occasion de la critiquer vertement.

Ce n’est pas tout. À la fin de 2018, la province s’est jointe à la poursuite judiciaire intentée par l’Ontario et la Saskatchewan afin de contester cette taxe. Plus récemment, le gouvernement a lancé une offensive publicitaire anti-taxe carbone.

Le ministre des Finances du Nouveau-Brunswick en a rajouté, lundi midi à Moncton, dans un discours sur la communauté des affaires de la région.

«On ne veut pas lutter contre l’environnement, on veut lutter contre la taxe sur le carbone et développer une façon raisonnable de développer notre environnement tout en aidant les citoyens du Nouveau-Brunswick», a dit Ernie Steeves.

En mêlée de presse quelques minutes après son allocution, l’Acadie Nouvelle l’a invité à préciser sa pensée à ce sujet.

«On aimerait voir une taxe sur le carbone qui est plus juste. On aimerait avoir une solution pour la taxe sur le carbone développée au Nouveau-Brunswick. On aimerait voir le gouvernement fédéral repenser tout cela», a-t-il dit.

Il a ensuite affirmé que la taxe carbone sur l’essence est «essentiellement une taxe sur le vice». Selon lui, ce type de mesures fiscales visant à encourager des changements de comportements n’ont habituellement pas l’impact prévu.

«Quand tu taxes le tabac et l’alcool, ça n’arrête pas la consommation tant que ça. Et ça mène à la surtaxation, comme c’est le cas en ce moment avec le tabac. Ensuite, le marché noir devient plus actif.»

Selon lui, la taxe carbone n’aura pas l’effet escompté, soit d’amener les individus et les entreprises à changer leurs pratiques afin de moins polluer. Du moins, pas autant que ce que croient les libéraux fédéraux.

«Allez-vous moins conduire à cause du 4,2 cents le litre de plus, ou allez-vous juste payer la taxe et dire “c’est ce que je dois payer pour faire des affaires”? Vous savez quoi? Je ne suis pas certain que ce soit un bon plan. Je pense qu’il faut y consacrer de l’argent et qu’il faut prendre le temps d’y réfléchir. Mais tout de suite, je ne vois pas cela se passer.»

Nous lui avons ensuite demandé ce que son gouvernement souhaite faire au juste pour lutter contre les changements climatiques.

Parce que depuis leur arrivée au pouvoir, les progressistes-conservateurs ont tiré à boulets rouges contre la taxe carbone et diminué les objectifs de réduction des gaz à effet de serre de la province pour 2030… mais n’ont pas proposé grand-chose de concret.

«Vous savez quoi? Il y a un certain nombre d’initiatives en cours avec Énergie NB en ce moment pour aider avec les changements climatiques», a répondu le ministre Steeves.

Il a ensuite pris le temps d’expliquer qu’il n’est pas climatosceptique, mais qu’il veut avant tout que la province ne soit pas pénalisée par le régime fédéral.

«Nous croyons tous aux changements climatiques. (…) Mais il faut qu’il y ait une solution raisonnable qui ne punit pas tant les Néo-Brunswickois. Le dernier gouvernement a mis en place un plan qui n’allait pas être accepté et ils (les libéraux de Brian Gallant) le savaient. On cherche à développer notre propre plan.»

Rappelons que la taxe carbone sur l’essence imposée par Ottawa au Nouveau-Brunswick, en Ontario, en Saskatchewan et au Manitoba a fait augmenter le prix de l’essence d’environ 4 cents le litre.

Les systèmes de tarification développés dans les autres provinces (et acceptés par le fédéral) n’ont pas tous le même impact. En Nouvelle-Écosse, par exemple, la hausse a été évaluée à environ un cent le litre par le gouvernement provincial.

Il faut cependant noter que les Néo-Écossais, contrairement aux Néo-Brunswickois, n’auront pas droit au crédit d’impôt du fédéral pour contrecarrer la hausse du prix de l’essence.

La taxe carbone fédérale en bref

Le gouvernement Trudeau a mis sa menace à exécution, lundi, en imposant une nouvelle taxe sur les combustibles fossiles vendus en Ontario, en Saskatchewan, au Manitoba et au Nouveau-Brunswick.

Ces quatre provinces sont les seules qui n’ont pas mis en oeuvre un régime de tarification de la pollution qui respecte les exigences fédérales. Elles se sont donc vu imposer le système fédéral.

L’essence coûte désormais environ 4 cents le litre de plus dans ces provinces. Le prix du mazout domestique et du gaz naturel ont eux aussi connu des augmentations semblables.

Le gouvernement fédéral a promis de retourner tous les fonds collectés aux provinces. Environ 90% iront directement aux particuliers et le reste sera versé aux petites entreprises, aux hôpitaux, aux universités, aux municipalités et aux communautés autochtones.

Les contribuables peuvent d’ailleurs déjà demander un crédit d’impôt fédéral (nommé «Incitatif à agir pour le climat») pour l’année d’imposition 2018 (même si la taxe carbone sur l’essence n’est entrée en vigueur que le 1er avril 2019).

Plus d’automobilistes achèteront leur essence aux États-Unis

Le prix de l’essence a augmenté de 4,4 cents le litre au Nouveau-Brunswick, ce qui pourrait inciter encore plus d’automobilistes néo-brunswickois à faire le plein aux États-Unis, où l’essence est moins chère.

Les consommateurs des quatre provinces canadiennes – dont le Nouveau-Brunswick – qui ont refusé de mettre en place un système de tarification des émissions de gaz à effet de serre ont commencé, lundi, à payer une taxe supplémentaire sur les hydrocarbures.

Le gouvernement provincial crie à l’injustice.

Le ministre de l’Environnement et des Gouvernements locaux, Jeff Carr, affirme que l’initiative fédérale est injuste pour les gens ordinaires de sa province qui doivent utiliser leur voiture pour aller au travail ou conduire leurs enfants à l’école, surtout dans les régions rurales où il y a peu de transport en commun.

«Cette taxe sur le carbone est comme une très mauvaise blague du poisson d’avril, a-t-il déclaré dans un communiqué. Malheureusement, le fait est que les Néo-Brunswickois sont frappés par la taxe la plus élevée sur le carbone dans le Canada atlantique.»

Carol Montreuil, de l’Association canadienne des carburants, croit que la hausse des coûts pourrait inciter les consommateurs néo-brunswickois à aller chercher leur essence dans des provinces voisines.

«Les gens sont très sensibles aux prix de détail», a déclaré M. Montreuil en entrevue depuis Montréal.

Personne ne sait à quel point les consommateurs seront prêts à voyager de longues distances pour économiser 4 ou 5 cents le litre, précise-t-il. Mais il s’agit d’un nombre important, croit-il.

Les camionneurs pourraient aussi choisir de faire le plein dans les autres provinces le long de leur parcours, a-t-il indiqué.

Avec des extraits de La Presse Canadienne