La deuxième vie de Valérie Doiron St-Coeur grâce au don d’organes

Il y aura cinq ans dans deux semaines, Valérie Doiron St-Coeur a reçu le plus beau cadeau qui soit pour elle. Non, ce n’est pas une demande en mariage – quoi que ça, c’est venu plus tard aussi. Ce n’est pas non plus un gros lot à la lotto, quoique ça y ressemble. Valérie a reçu, comme elle le dit elle-même «le don de la vie»: deux poumons neufs pour remplacer les siens minés par la maladie.

Valérie Doiron St-Coeur, une jeune trentenaire de Tracadie, a souffert de la fibrose kystique, une maladie dégénérative et mortelle qui touche principalement les poumons ainsi que l’appareil digestif et pour laquelle il n’existe aucun traitement curatif, hormis la greffe. La maladie d’origine mystérieuse génère des infections et des inflammations à répétition, ce qui a pour effet d’affaiblir considérablement les organes touchés ainsi que l’ensemble du système immunitaire de la personne atteinte.

Valérie Doiron St-Coeur est passée par là. Les 20 premières années de sa vie ont été plutôt gérables sur le plan de sa santé malgré certaines difficultés. Mais la fibrose kystique a fini par prendre le dessus.

Valérie Doiron St-Coeur a subi une double greffe des poumons le 18 avril 2014 à Montréal. Dans la photo, on la reconnaît le jour de sa greffe en compagnie de ses parents. – Gracieuseté: Valérie Doiron St-Coeur

«Je suis allée aux études à Moncton vers l’âge de 20 ans et c’est à ce moment que ma santé a commencé à dégringoler. Pendant les quatre années qui ont suivi, j’ai dû être hospitalisée à Montréal une fois tous les trois mois pendant un mois, car ma capacité pulmonaire était descendue à 30%», nous raconte la jeune femme au bout du fil.

Fragilisée, elle faisait tout son possible pour se protéger des virus et autres maladies environnantes. Le malheur s’est toutefois acharné sur elle: en octobre 2013, elle a attrapé une pneumonie qui l’a terrassée.

Dès lors, elle fut clouée à son lit d’hôpital 24 heures sur 24, sept jours sur sept, loin de sa région natale et nourrie par intraveineuses ainsi que par une sonde gastrique. La greffe devenait inévitable et ses jours étaient comptés.

«J’étais rendue à ce point-là, laisse tomber Valérie dans un soupir. Quelques jours avant ma greffe, mon médecin est venu me voir en me disant qu’il allait devoir m’enlever certains médicaments, car ceux-ci commençaient à affecter mes reins. Évidemment, ça avait aussi une incidence sur mes poumons, car ces médicaments les protégeaient. Je me souviens qu’il m’a donné une tape sur l’épaule en me disant bonne chance, car j’étais dans une période de pénurie d’organes, même si j’étais sur la liste d’urgence.»

En tout, Valérie Doiron St-Coeur a attendu trois ans pour recevoir de nouveaux poumons, dont trois mois sur la liste d’urgence dont elle parle, «alors que normalement ça prend deux semaines avant de pouvoir être greffé quand nous en sommes rendus là», spécifie-t-elle.

L’attente fut longue et angoissante, au bas mot.

«Il faut d’abord digérer le fait de devoir être greffée; il y a aussi toutes les craintes reliées à l’opération et à l’après. C’est risqué; j’ai une amie proche qui a été appelée à être greffée juste avant moi et qui n’a pas survécu à l’opération», confie-t-elle, un brin mélancolique.

Mais il était minuit moins une et coûte que coûte, il fallait que ça se fasse. L’heureuse nouvelle est finalement tombée le 17 avril 2014: on avait trouvé une donneuse à Valérie. Le lendemain, elle passait sous le bistouri pour de longues heures et le surlendemain, elle se réveillait avec ses nouveaux poumons. Elle pouvait enfin recommencer à respirer, tant physiquement qu’émotionnellement.

«On m’a donné une deuxième chance à vivre. C’est tellement gros comme cadeau! Avant ma greffe, je ne pouvais faire de projets à plus ou moins long terme; je ne pouvais même pas penser au lendemain, car je ne savais jamais si j’allais subir des complications en raison de ma maladie. Aujourd’hui, presque cinq ans plus tard, je travaille, je me suis mariée et mon mari et moi avons acheté une maison l’an passé», souligne la désormais très en santé Valérie Doiron St-Coeur, ajoutant qu’elle a eu le privilège de rencontrer les proches de sa donneuse et que ceux-ci ont même assisté à son mariage.

Valérie Doiron St-Coeur a subi une double greffe des poumons le 18 avril 2014 à Montréal. Trois ans plus tard, le 29 juillet 2017, elle a épousé Randy, l’homme de sa vie. – Gracieuseté: Valérie Doiron St-Coeur

Pour le don d’organes obligatoire

Un projet de loi sur le don d’organes obligatoire vient tout juste d’être déposé par le gouvernement provincial de la Nouvelle-Écosse et devrait être adopté d’ici 12 à 18 mois. Le projet de loi libéral prévoit ainsi que tous les résidants de la Nouvelle-Écosse seraient considérés comme des donneurs d’organes et de tissus, à moins qu’ils se soient eux-mêmes retirés du programme.

Les familles continueraient toutefois d’être consultées sur les souhaits exprimés par leur proche. Par ailleurs, les jeunes de moins de 19 ans et les personnes inaptes à décider ne seraient considérés comme donneurs que si un parent ou un tuteur l’autorise.

Est-ce qu’une telle loi pourrait ou devrait être adoptée chez nous, au Nouveau-Brunswick? Pour Valérie Doiron St-Coeur, cela ne fait aucun doute.

«Je suis très d’accord avec ce projet de loi et ici aussi, ça devrait être le cas. Ce n’est pas pour forcer les gens à donner leurs organes, car les personnes pourront toujours refuser de le faire en signant un formulaire à cet égard. Les familles sont également consultées avant de procéder ou non au prélèvement comme c’est déjà le cas actuellement», rappelle-t-elle.

Or, de sa propre expérience, beaucoup plus de gens sont intéressés à faire un don d’organes après leur mort que l’inverse.

«Avant, lorsque nous remplissions notre formulaire d’immatriculation de véhicule, la question sur le don d’organes était posée. Ce n’est plus le cas. Beaucoup de gens m’ont dit qu’ils voulaient le faire, mais il ne savaient pas où aller et à qui parler. Le processus est assez compliqué et si des gens intéressés meurent avant d’avoir rempli les formulaires ou informé leurs familles, ce sont des organes perdus et des patients qui attendent et qui ne survivront peut-être pas à cause de ça», souligne Valérie, signalant au passage qu’un seul don peut sauver jusqu’à huit vies.

«Alors oui, ça vaut vraiment la peine!», appuie-t-elle, étant elle-même un exemple de réussite et de nouveau souffle, c’est le moins qu’on puisse dire.

Valérie Doiron St-Coeur a subi une double greffe des poumons le 18 avril 2014 à Montréal. Elle est aujourd’hui en parfaite santé. – Gracieuseté: Valérie Doiron St-Coeur

La Société médicale du N.-B. souhaite que la province imite la N.-É.

La Société médicale du Nouveau-Brunswick (SMNB) croit que la province devrait imiter sa voisine en élaborant à son tour une loi sur le don d’organes automatique.

Dans une déclaration que nous avons obtenue par courriel, le président de la SMNB, le Dr Serge Melanson, estime que le gouvernement provincial devrait «surveiller de près le progrès du programme» en Nouvelle-Écosse et «envisager la mise en œuvre du consentement présumé dans notre province».

Selon lui, le projet de loi néo-écossais constitue «une étape positive qui sauvera sans doute des vies».

Le Dr Melanson souligne qu’environ 4400 Canadiens attendent actuellement une greffe d’organes et encore davantage attendent une greffe de tissus. En moyenne, chaque année, 250 patients meurent avant d’avoir pu obtenir un don d’organes.

«Nous serions heureux de participer à des discussions sur le don d’organes avec la province et les autres parties prenantes» advenant l’éventuel dépôt d’un projet de loi, atteste le président de la SMNB.