L’avenir de la religion catholique en Acadie passe-t-il par l’Afrique?

À quoi ressemblera l’avenir de l’église catholique en Acadie? Peut-être qu’il faut se rendre à Lamèque pour le savoir. Deux jeunes curés originaires du Nigéria y sont actuellement en mission. Des religieux et religieuses nigérians sont déjà en poste ailleurs dans le diocèse de Bathurst. D’autres curés de l’Afrique et de l’Amérique du Sud poseront bientôt leurs valises dans la région.

L’époque où les séminaires en Amérique du Nord étaient pleins à craquer est loin derrière nous. Au Nigéria, c’est le contraire: la communauté catholique est en pleine croissance. En 2005, dans ce pays de près de 200 millions d’habitants, on estimait le nombre de fidèles à 19 millions. Ce chiffre continue de croître.

Les Pères Anthony Onwubuariri, âgé de 32 ans et Hansel Nwachukwuoji, âgé de 33 ans, sont arrivés au Nouveau-Brunswick en 2018. Au presbytère de Lamèque, où ils habitent pour le moment, on les appelle tout simplement, Père Anthony et Père Hansel. Avant d’être à Lamèque, ils ont été administrateurs de la paroisse Saints-Coeurs-de-Jésus et Marie (communauté chrétienne de Beresford, Petit-Rocher, Pointe-Verte et Robertville).

Dans le cadre de leurs fonctions, ils partent à la rencontre des fidèles des cinq communautés chrétiennes de la paroisse Saint-Pierre sur les îles Lamèque et Miscou. Ils célèbrent aussi des messes et la catéchèse en plus de participer à d’autres activités religieuses.

Les deux jeunes curés en profitent aussi pour améliorer leur français, leur troisième langue après l’Igbo, une langue du Nigéria et l’anglais.

Le Père Anthony dit avoir pris du temps avant d’accepter sa vocation. Le recteur du séminaire qu’il fréquentait lui avait demandé s’il voulait poursuivre ses études pour devenir prêtre.

«Au départ, j’ai dis non. À ce niveau, ce n’était pas obligatoire. Ça m’a pris près de six ans avant que je prenne ma décision. J’ai beaucoup réfléchi. J’aime la façon que les prêtres vivent. J’aime le calme, la spiritualité et la vie en communauté. J’ai toujours dit qu’il y a plusieurs façons que Dieu nous appelle. J’ai eu ma vocation. Il ne m’a pas appelé au téléphone.»

Étant aussi jeunes, les deux prêtres constatent que l’âge moyen des fidèles est assez élevé en Acadie. La différence est marquante par rapport à leur pays natal où l’âge moyen en 2020 sera d’environ 18 ans. Les deux curés espèrent que leur présence permettra de tranquillement changer la donne.

«L’église permet de donner une voix de moralité dans une société. C’est la charité et l’encouragement», relate le Père Hansel, qui maîtrisent le français moins bien que son confrère.

«Il faut trouver des façons de ramener les jeunes d’ici à l’église. C’est pour tout le monde. Elle est ouverte à tous (…) Le corps est composé du physique et du spirituel. L’église peut nous aider avec le côté spirituel», ajoute le Père Anthony.

Des efforts fructueux

Comme c’est le cas pour plusieurs entreprises et organismes au Nouveau-Brunswick, le diocèse de Bathurst fait face à une importante pénurie de main-d’oeuvre. La dernière ordination d’un prêtre dans le diocèse, soit celle du Père Patrick McGraw, a eu lieu en 2011. Aucun autre candidat n’est actuellement au séminaire et plusieurs des prêtres actifs sont vieillissants et partiront bientôt à la retraite – s’ils ne l’ont pas déjà fait.

Pour combler cette pénurie, Mgr Daniel Jodoin, évêque du diocèse, s’est tourné vers l’étranger il y a quelques années. Les efforts ont été fructueux jusqu’à maintenant.

Outre les Pères Anthony et Hansel, le diocèse a aussi recruté un autre prêtre du Nigéria, le Père Damian Chinedum Nwachukwu, qui œuvre actuellement dans les paroisses anglophones du Nord-Est.

Un autre prêtre nigérian arrivera bientôt pour apprendre le français. Quatre nouvelles religieuses de ce même pays habitent dans un couvent à Bathurst qui appartenait autrefois aux Religieuses hospitalières de Saint-Joseph. Elles s’occupent principalement de la pastorale auprès des personnes malades et pauvres dans la région de Bathurst.

Par ailleurs, un groupe de religieux brésiliens arrivera à la fin du mois. Un jeune prêtre âgé de 32 ans sera épaulé par trois jeunes laïcs consacrés, âgés de 24, 27 et 30 ans. Ces laïcs auront pour tâche de faire la pastorale auprès des jeunes dans le diocèse.

«Ils oeuvrent au sein de diocèses en France depuis un certain temps, alors ils parlent déjà le français», souligne Mgr Jodoin.

Trois autres missionnaires de l’Afrique francophone, soit du Congo, du Cameroun et du Rwanda, doivent arriver à la fin de l’été.

«Leur mission sera de remplacer nos curés qui partiront bientôt à la retraite, mais on leur donne une période de deux ans pour s’adapter, explique l’évêque. Ils vont nous rendre des services pastoraux pendant ce temps. Il faut comprendre que pour plusieurs d’entre eux, c’est leur première fois en Amérique du Nord. Les Nigérians sont venus directement de l’Afrique. Ils n’avaient jamais vu de neige. Il fallait aussi s’habituer à la langue, la nourriture, le climat. Notre façon de vivre est différente. On s’aperçoit qu’ils ont besoin de temps et on les comprend. Si on m’envoyait en Afrique par exemple, j’aurais besoin du temps aussi.»