Un alcool unique fait à partir des érables de Saint-Quentin

Une distillerie néo-brunswickoise innove en lançant sur le  marché une liqueur alcoolisée faite à base de sirop d’érable.

La distillerie Moonshine Creek vient de concocter dans ses locaux de Waterville une boisson pour le moins unique, la Canadiana. S’apparentant à un rhum blanc, cet alcool à la particularité d’avoir été conçu à partir d’un produit bien d’ici et qui n’est pas réputé pour être dégusté en apéritif ou mixé dans un cocktail. On le savoure davantage sur des crêpes au déjeuner.

La distillerie utilise en effet pour son alcool le sirop de l’érablière Denis Côté de Saint-Quentin. En fait, plus que le sirop, elle utilise également l’eau de sève Davia, un dérivé biologique de haute qualité issu de la transformation de l’eau d’érable en sirop. Cette eau sert à diluer l’alcool après l’étape de la fermentation, le pourcentage d’alcool étant trop élevé.

Loin en forêt, alors que la saison des sucres bat son plein, Denis Côté a pris une pause de quelques minutes pour expliquer comment est née cette collaboration.

Il affirme travailler depuis un moment déjà avec le Collège communautaire de Grand-Sault afin de trouver de nouveaux débouchés à sa production, notamment son sirop déclassé. Chargé en sucre, ce sirop est de moins bonne qualité au goût, ce qui fait qu’il a une valeur marchande plus faible. Son utilisation pour la confection d’alcool est donc une avenue plus qu’intéressante.

«L’idée était excellente, mais on ne pouvait pas se lancer dans la confection d’alcool comme ça. On ne connaissait rien dans ce domaine et on avait déjà plusieurs projets en branle et sur la table à dessin. L’intérêt des propriétaires de la distillerie Moonshine Creek tombait donc à point», explique M. Côté.

La canne à sucre du Canada

La distillerie, c’est l’affaire des frères Jeremiah et Joshua Clark. Ce sont eux qui ont élaboré le Canadiana. Pour des raisons techniques et d’appellation, cet alcool ne peut être catalogué ou vendu comme étant un rhum.

L’alcool Canadiana de la distillerie Moonshine Creek a été conçu à partir du sirop de l’érablière Denis Côté et de son eau de sève Davia. – Gracieuseté: Adam Hodnett

Pourquoi le sirop d’érable? En entrevue, Jeremiah n’hésite pas à qualifier le sirop de canne à sucre du Canada.

«C’est un peu de là d’ailleurs d’où provient le nom de notre alcool. On voulait un nom qui définit bien que ce produit est typique à notre région, à notre pays», exprime-t-il.

Selon lui, l’utilisation du sirop d’érable dans la confection d’alcool ouvre tout un potentiel pour l’industrie acéricole. À titre d’exemple, il note qu’il faut 1800 livres de sirop pour produire 250 litres d’alcool pur à 90%. «Ça revient aussi économique pour nous que d’utiliser de la mélasse, mais cela donne un produit unique et de meilleure qualité qui peut faire compétition avec n’importe quel autre rhume sur la planète», croit ce dernier.

Pour Jeremiah, ce partenariat est prometteur. D’autres collaborations pourraient survenir.

«C’est une opportunité énorme pour les distilleries d’avoir accès à un produit local et pour les acériculteurs, d’avoir un marché pour le sirop de fin de saison moins prisé sur le marché. Ça ouvre des portes pour les producteurs pour écouler leurs stocks», dit-il.

L’utilisation de l’eau de sève est par ailleurs un choix personnel. Il s’agit en fait d’eau d’érable sans son sucre. Plusieurs acériculteurs s’en débarrassent alors qu’à l’érablière Denis Côté, on la traite et on l’embouteille.

«Nous aurions pu utiliser de l’eau régulière, mais en utilisant celle-ci, on demeure non seulement dans la thématique de l’érable, mais aussi de la valeur ajoutée. On ne gaspille rien. Ça donne un côté encore plus unique à notre alcool», indique M. Clark.

Valeur ajoutée

Pour Denis Côté, il y a beaucoup de choses à faire avec le sirop récolté, beaucoup plus que simplement du sirop de table. En ce sens, il adore son partenariat avec la distillerie Moonshine Creek.

«C’est très innovateur et ça atteint en plein les objectifs que l’on recherche, soit faire de la valeur ajoutée avec nos produits, participer à l’expansion de l’industrie acéricole et créer des emplois localement», dit-il.

Jeremiah voit d’ailleurs d’un bon œil le partage de sa découverte et des techniques apprises pour transformer le sirop d’érable en alcool.

«Il y a plusieurs produits utilisables pour faire de l’alcool, mais celui-ci est à portée de main et profite à l’industrie acéricole. Si on peut créer des produits intéressants pour nous tout en aidant nos confrères des érablières à se départir d’un produit moins intéressant pour eux, c’est extra», dit-il.

Et le goût dans tout ça?

Mais qu’en est-il de la saveur de ce nouveau produit? Car après tout, c’est ce qui compte aux yeux des consommateurs. D’abord, oubliez la saveur de l’érable. Bien qu’à base de sirop, le Canadiana n’en est pas pour autant une boisson au goût d’érable.

L’alcool Canadiana de la distillerie Moonshine Creek a été conçu à partir du sirop de l’érablière Denis Côté et de son eau de sève Davia. – Gracieuseté: Adam Hodnett

«Il y a un petit arrière-goût de douceur, de sucré en bouche, mais je ne crois pas que quelqu’un pourrait deviner que c’est fait à base de sirop d’érable. Ça ressemble beaucoup à un rhum blanc, mais à mon humble avis, il y a ce petit quelque chose de plus qui fait en sorte qu’il est supérieur», souligne Jeremiah.

M. Côté a pour sa part goûté au Canadiana lors des périodes de test.

«Et je dois dire que c’est vraiment un bon alcool, ça m’a surpris. Il a un petit goût boisé, mais on ne détecte pas l’érable», avoue-t-il.

Le Canadiana sera en dégustation jeudi soir au Palais Centre-Ville de Saint-Quentin dans le cadre de son grand lancement prévu conjointement avec l’ouverture officielle du 16e Festival de la Capitale de l’érable de l’Atlantique (3 au 7 avril).

Pour le moment, le Canadiana n’est disponible que dans quelques succursales d’Alcool NB. Les propriétaires de la distillerie espèrent pouvoir étendre leur réseau de distribution à l’ensemble de la province. Sinon, les commandes en ligne sont disponibles.