La «crise de l’appât» ne soulève pas d’émoi chez les homardiers

La «crise de l’appât» qui inquiète les homardiers du Maine ne suscite pas trop de soucis au Nouveau-Brunswick. L’affaire est tout de même suivie de près par les pêcheurs acadiens.

Le déclin du stock du hareng et ses impacts potentiels sur la pêche au homard ont fait couler beaucoup d’encre au Maine dernièrement. L’agence responsable de la gestion des pêches aux États-Unis a annoncé une réduction massive du quota de hareng. En 2014, plus de 200 millions de livres ont été capturés sur la côte est des États-Unis, selon l’Associated Press. Cette année, les prises sont limitées à environ 40 millions de livres.

La nouvelle inquiète les homardiers du Maine, pour qui le hareng frais est la source principale d’appât depuis plusieurs générations. Ils sont habitués à le payer 0,20 $USD la livre ou moins, prix qui pourrait grimper en flèche en 2019. Certains craignent même une pénurie, prédisant que le quota sera atteint d’ici la fin de l’été.

Au Nouveau-Brunswick, une différente dynamique préviendra des conséquences aussi graves.

Martin Mallet, directeur général de l’Union des pêcheurs des Maritimes, explique qu’aux États-Unis, certains homardiers pêchent presque 12 mois par année, alors que la pêche au Nouveau-Brunswick ne dure que deux mois. De plus, les Américains déposent jusqu’à 800 casiers à l’eau, comparativement aux 250 à 300 casiers au Nouveau-Brunswick.

Le tout fait en sorte que les homardiers acadiens ont un meilleur ratio de homard pêché par livre d’appât. Les hausses de prix d’appât ont donc un impact proportionnellement moins grand.

«Une dizaine d’années passées, ils (les pêcheurs du Maine) avaient un ratio d’un pour un: une livre de bouette pour capturer une livre de homard. C’est une utilisation énorme. Nous, c’est un ratio d’un pour trois: une livre d’appât pour trois livres de homard.»

M. Mallet ajoute que le principal appât utilisé au Nouveau-Brunswick n’est pas le hareng frais, mais le maquereau congelé. Ce poisson coûte environ 1 $CA la livre. Le prix pourrait hausser en 2019, mais pas au même point que le prix du hareng.

«Au Boston Seafood Show, j’ai parlé à un des plus grands fournisseurs d’appât de la côte est. Il m’a mentionné qu’il n’y aura pas de problème au niveau du maquereau, quoique le prix va augmenter un peu. C’est une tendance qui se maintient depuis plusieurs années.»

Les homardiers du Maine chercheront probablement une nouvelle source d’appât en 2019. Ce ne sera cependant probablement pas le maquereau, croit M. Mallet. Il estime que les Américains auront plutôt recours à des espèces locales, comme l’alose tyran (menhaden de l’Atlantique), ou à des espèces envahissantes, comme la carpe asiatique.

«Il y en a peut-être qui vont opter pour le maquereau. C’est une des choses qu’on va sonder dans les prochains jours. Mais ils ont d’autres sources de poisson que nous n’avons pas.»

M. Mallet anime une conférence sur les appâts en fin de semaine lors du 15e Canadian/U.S. Lobstermen’s Town Meeting, à Portland, au Maine. Il croit que la chute des stocks de hareng pourrait forcer les homardiers américains à adopter des pratiques plus innovatrices.

Le DG de l’UPM affirme que les pêcheurs du Nouveau-Brunswick ont traditionnellement été plus ouverts à l’innovation. À titre d’exemple, la filiale scientifique de l’UPM, Homarus, planche sur une façon de produire un appât à partir de résidus de poisson.

«On développe une formule basée sur des résidus de poisson, comme les intestins, les tripes, les écailles et les têtes. Au lieu de s’en débarrasser comme farine de poisson, on peut le transformer en appât. Ça ajoute un produit qui n’était pas sur le marché avant.»