Des centaines de patients potentiellement exposés à une maladie rare

Des centaines de patients de l’Hôpital de Moncton ont potentiellement été exposés à une maladie dégénérative mortelle. Les autorités assurent que ces personnes ne courent «aucun risque majeur».

Alphonse* ne savait pas trop à quoi s’attendre lorsqu’il a reçu une lettre du Réseau de santé Horizon, il y a quelques semaines. Il a eu droit à toute une surprise en la lisant.

Dans le document – dont l’Acadie Nouvelle a obtenu copie – la PDG Karen McGrath l’avise qu’il a potentiellement été exposé à la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) l’année dernière,  lorsqu’il a subi deux chirurgies de la cataracte à l’Hôpital de Moncton.

C’est qu’un patient «chez qui on soupçonne» cette maladie cérébrale dégénérative rare et transmissible a subi la même opération avant lui.

La PDG se fait ensuite très rassurante et explique qu’Alphonse n’est «pas à risque considérable de développer la MCJ dans l’avenir» et qu’«aucun lien n’a été établi entre la MCJ et la chirurgie de la cataracte».

Elle ajoute que seulement sept cas de transmission possible de cette maladie par des instruments chirurgicaux – tous liés à des chirurgies au cerveau – ont été recensés dans le monde, il y a «plus de 20 à 40 ans, avant la mise en oeuvre de mesures modernes de nettoyage et de stérilisation».

En entrevue téléphonique, Alphonse explique qu’il n’a pas été complètement rassuré par la lettre de Karen McGrath. Il a donc passé un coup de fil au Réseau de santé Horizon. On lui a tout simplement servi les mêmes informations que celles contenues dans la lettre.

«T’es pas rassuré, parce qu’il n’y a rien de garanti. On ne te donne aucune assurance. On te dit qu’il y a très peu de chances et patati et patata. Ça, je suis prêt à le croire. Mais s’il y a très peu de chances, que c’est minime, ça veut dire qu’il y a encore des chances», dit-il.

*Alphonse est un prénom fictif pour protéger l’anonymat du patient, dont l’Acadie Nouvelle a vérifié l’identité

Deux cas distincts, 704 patients touchés

Alphonse est loin d’être le seul patient de l’Hôpital de Moncton à avoir reçu une lettre du genre.

Dans une déclaration écrite envoyée à l’Acadie Nouvelle, la régie indique que deux personnes chez qui on soupçonne la maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) ont subi une opération de la cataracte dans cet établissement.

Après avoir mené un «examen minutieux», elle a déterminé qu’il n’y avait aucun lien entre ces deux cas.

«Par lettre, le Réseau de santé Horizon a avisé 103 patients des risques potentiels dès qu’il a pris connaissance, le 15 janvier 2019, d’un premier cas soupçonné de MCJ. Il a avisé 601 autres patients le 14 février 2019 après avoir pris connaissance d’un second cas soupçonné de MCJ», affirme le Réseau.

Des 704 patients qui ont reçu une lettre, 43 ont par la suite communiqué avec la régie pour obtenir plus de renseignements.

Le Réseau de santé Horizon se fait rassurante et affirme que les patients en question «ne courent aucun risque majeur» d’avoir contracté la MCJ

«Le Réseau de santé Horizon est persuadé que le risque de transmission de la MCJ par l’utilisation des mêmes instruments chirurgicaux est négligeable, car il a recours à des procédés de nettoyage et de stérilisation modernes qui rendent la transmission pratiquement impossible», lit-on dans la déclaration envoyée à l’Acadie Nouvelle.

Qu’est-ce que la maladie Creutzfeldt-Jakob?

La maladie de Creutzfeldt-Jakob (MCJ) est un trouble dégénératif rare et inguérissable qui affecte le cerveau.

Selon le National Institute of Neurological Disorders and Stroke (NINDS), environ un cas par million de personnes est déclaré par année à l’échelle mondiale.

La MCJ touche surtout les personnes âgées et connaît une progression rapide. Les premiers symptômes comprennent entre autres des problèmes de mémoire, des changements de comportements et des problèmes de coordination.

Par la suite, des symptômes plus sérieux peuvent inclure des mouvements involontaires, la cécité et la faiblesse des extrémités. Environ 70% des personnes touchées meurent moins d’un an après que la maladie se soit manifestée, toujours selon le NINDS.

Il existe trois catégories de MCJ.

La première (et de loin la plus commune avec 90% des cas selon la Société Alzheimer du Canada) est la forme sporadique, qui touche des gens qui n’ont aucun facteur de risque.

Il existe ensuite la forme génétique, qui est beaucoup moins commune et qui ne compte que pour environ 10% des cas.

Enfin, il y a la forme acquise, qui est de loin la plus rare.

Dans des cas très rares, la maladie peut-être transmise lors d’une opération médicale impliquant des tissus humains, tels que des tissus nerveux ou des tissus cérébraux.

Cette forme peut aussi être transmise lorsqu’une personne mange de la viande contaminée par l’encéphalopathie spongiforme bovine.
Cette maladie animale fait partie du même groupe que la maladie de Creutzfeldt-Jakob. Elle est communément appelée «maladie de la vache folle».