Les pêcheurs côtiers d’Inkerman craignent pour leur sécurité

Ça fait des années et des années que les pêcheurs côtiers de la région d’Inkerman demandent le dragage du chenal menant à leur secteur de pêche au homard. Autant Ottawa que Fredericton font la sourde oreille. On craint que ça prenne un drame, comme celui survenu à Tabusintac en 2013, pour faire bouger les choses.

Lloyd Carroll a bien hâte de pouvoir mettre son bateau à l’eau au quai d’Inkerman. Les glaces ne fondent pas assez vite à son goût. À trois semaines du lancement de la prochaine saison, il espère que le homard sera présent en grand nombre dans ses cages et dans celles de ses collègues.

Mais le président de l’Association des pêcheurs d’Inkerman et de Four Roads ne sort jamais l’esprit totalement tranquille.

Car il y a toujours le chenal – ce fameux chenal – qu’il faut franchir absolument à marée haute.

Quand il fait beau, ça peut aller. Mais en mai et en juin, les jours de vent sont nombreux. Les vagues sont difficiles à franchir. Et traverser cette zone qui peut parfois n’avoir que moins d’un mètre d’eau devient alors très risqué.

«Je m’étonne encore que nous n’ayons pas eu de noyades, car c’est carrément dangereux. Ce n’est pas plaisant de sortir. Quand c’est calme, ça va. Mais quand c’est du mauvais temps, ce n’est pas du tout la même chose», estime M. Carroll, chanceux de ne pas avoir eu à vivre le cauchemar de mai 2013, à Tabusintac. Trois pêcheurs ont alors perdu la vie quand le bateau dans lequel ils prenaient place a touché le fond du goulet et a chaviré, emprisonnant du coup les malheureux qui se sont noyés.

Les pêcheurs locaux avaient soulevé la problématique en 2014, pour se faire répondre que l’entretien des chenaux à l’entrée des ports n’était pas toujours une responsabilité du gouvernement fédéral lorsque le quai est une propriété provinciale. On parlait à l’époque de travaux évalués à 75 000$.

Le président de l’Association des pêcheurs d’Inkerman et de Four Roads, Lloyd Carroll, au quai d’Inkerman. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

«Coincé avec ce problème»

La vingtaine de homardiers du secteur d’Inkerman tiendront une réunion cette semaine. Ils voudront préparer leurs prochaines sorties. Le sujet du chenal viendra invariablement sur le tapis.

«Nous allons être coincés avec ce problème une autre année. Quasiment tout le monde ici a vécu des ennuis avec ça. On a souvent brisé des hélices de bateaux. On a souvent attendu la marée haute pour passer. On a vu des bateaux calés dans le goulet. Quand nous n’avons que deux mois de pêche, on ne peut pas perdre beaucoup de journées si nous voulons rentabiliser notre business», soutient M. Carroll.

La solution viendrait peut-être de l’ancien pont de la piste cyclable incendié en automne 2016. Le président de l’association aimerait discuter avec le Comité du pont d’Inkerman afin de savoir à quoi devrait ressembler le nouveau lien.

M. Carroll entend proposer qu’on enlève les pierres qui ont servi de brise-glace de protection du pont. Le débit d’eau serait alors plus élevé, ça assurerait un courant plus fort et le chenal deviendrait naturellement plus profond. Du coup, les pêcheurs pourraient sortir et entrer en toute sécurité, croit-il.

Le porte-parole veut également obtenir une rencontre avec le député-ministre de la circonscription, Robert Gauvin.

D’ici là, trois pêcheurs d’Inkerman ont demandé à la Municipalité régionale de Tracadie de déménager leurs navires au quai local, justement pour des raisons de sécurité.