Agrès de pêche: cachet unique ou objets inesthétiques?

Un des charmes de la Péninsule acadienne est son paysage côtier. Les touristes aiment beaucoup ce lien direct avec la mer, notamment lorsqu’ils aperçoivent de nombreux bateaux et agrès de pêche. Ça assure un cachet unique. Mais en hiver, l’entreposage de ces engins constitue un défi particulier.

Reconnus pour abriter des communautés de pêcheurs, les villes et villages de la région ont cependant des avis différents sur le remisage de trappes, de câbles, de bouées ou encore de navires pendant la saison morte.

La Ville de Caraquet a pris la décision de réviser son arrêté afin de permettre un entreposage extérieur «encadré et contrôlé» des équipements de pêche sur son territoire. Qu’en est-il ailleurs?

Étonnamment, une seule des quatre villes de la Péninsule acadienne permet cette pratique sur une propriété résidentielle, soit Lamèque.

«On vit sur une île», a rappelé avec justesse le directeur général de la municipalité, Dave Brown.

Ainsi, quiconque est propriétaire d’un bateau de pêche peut entreposer son stock sur son terrain à Lamèque. La seule condition est que le pêcheur doit détenir un permis d’exploitation valide. On a également accepté la construction de gros garages de toile, des sortes de dômes, dans certains secteurs de la ville.

«La réalité à Lamèque est que les citoyens éprouvent une certaine fierté de garder leur terrain propre même s’ils entreposent leurs agrès à l’extérieur. Nous n’avons pas reçu de plaintes de citoyens mécontents. Il faut rappeler que la pêche est le gagne-pain de plusieurs personnes sur l’île et que ça crée d’importantes retombées économiques dans la communauté. Les touristes ne trouvent pas laid de voir des bateaux et des agrès», poursuit M. Brown.

Bas-Caraquet, Grande-Anse, Le Goulet, Maisonnette et Néguac permettent aussi ce type d’entreposage extérieur sur une propriété résidentielle avec conditions.

À Bas-Caraquet, «toute personne qui est pêcheur de métier peut entreposer sur le même terrain que sa résidence ainsi que dans un bâtiment accessoire ses agrès et équipements de pêche et son bateau de pêche».

Cet entreposage ne doit pas se faire dans une cour avant, doit respecter une marge latérale et arrière minimale de 1,5 mètre, ne doit pas être en état de délabrement, présenter un danger ou être inesthétique, ajoute l’arrêté, qui stipule également que tout agrès ou équipement entreposé à l’extérieur doit être entouré d’une clôture opaque d’une hauteur de 2 mètres.

Les élus de Caraquet ont notamment fait référence à ce qui se faisait à Bas-Caraquet dans l’ébauche de leur nouvelle politique.

Cependant, Bas-Caraquet, Caraquet, Grande-Anse, Lamèque, Le Goulet, Maisonnette, Néguac, Shippagan et Tracadie refusent un entreposage extérieur sur un lot vacant, sauf en zone industrielle.

«Ça prend absolument un bâtiment principal sur le terrain», a précisé Dave Brown.

Caraquet avait deux options, soit garder le statu quo en gardant l’interdiction sur tout entreposage extérieur d’agrès et de bateaux de pêche sur une propriété résidentielle ou y aller avec certaines nouvelles règles. Elle a choisi, dans un vote divisé, la deuxième idée. Elle prévoit consulter sa population avant de terminer l’écriture de son nouvel arrêté. À l’automne, une citoyenne du secteur est de Caraquet avait confronté le maire Kevin Haché concernant ce sujet.

Bas-Caraquet, Caraquet, Le Goulet et Shippagan détiennent une zone industrielle aménagée pour l’entreposage.

«Un pêcheur nous a approchés pour utiliser un terrain dans le parc industriel pour se construire un hangar et y entreposer ses agrès. Nous sommes prêts à travailler avec les pêcheurs qui ont un problème d’entreposage et trouver des solutions. Avec 40% des permis de pêche au homard qui seront bientôt à vendre, il y aura un transfert de cette richesse. Les bateaux vont changer et les propriétaires vont changer», a soutenu le maire de Caraquet.

Ces changements proposés n’ont pas rallié tout le monde autour de la table du conseil. Deux conseillères ont voté pour garder le statu quo. Marie-Soleil Landry a notamment fait mention que la présence extérieure d’agrès peut avoir un impact à la baisse sur la valeur des maisons voisines.