Accouchements forcés: poursuite judiciaire à Moncton

Un recours collectif a été déposé jeudi à la Cour du Banc de la Reine contre le Réseau de santé Horizon, qui opère l’Hôpital de Moncton, et l’infirmière qui aurait précipité délibérément l’accouchement de plusieurs mamans, Nicole Ruest.

Jayde Scott, qui a donné naissance à des jumeaux en mars est la représentante des demandeurs dans ce recours collectif. Elle parle de son accouchement comme un événement «traumatisant» alors qu’elle s’attendait à une expérience des plus heureuses.

«Ça doit être un moment excitant et il m’a été volé», a confié la jeune mère en conférence de presse jeudi.

«J’ai beaucoup d’émotions et beaucoup de questions», a-t-elle ajouté.

Mme Scott s’est rendue à l’Hôpital de Moncton le 27 mars pour donner naissance à ses deux filles. Il n’y avait aucune préoccupation quant à sa grossesse. Rien ne laissait présager qu’une césarienne d’urgence devait être nécessaire.

Ce qui suit n’a pas encore été prouvé devant les tribunaux.

La poursuite allègue que l’infirmière, Nicole Ruest, devait prendre soin de la mère durant son accouchement. Elle devait administrer une solution saline par intraveineuse à Mme Scott. Chose qu’elle aurait faite. Or, quelques minutes plus tard, la maman a commencé à subir de «très fortes contractions qui ne s’arrêtaient pas».

Le rythme cardiaque des enfants de Mme Scott aurait ensuite plongé à un niveau «dangereux». Les médecins ont vérifié la position des fillettes à naître afin de savoir si elle aurait pu entraîner cette baisse du rythme cardiaque. Ce n’était pas le cas.

Une césarienne d’urgence aurait alors été ordonnée «afin de protéger» les enfants à naître. Jayde Scott aurait été mise sous anesthésie générale. La chirurgie a eu lieu et ses deux filles sont nées. Elles se portent bien.

Le lendemain, un médecin aurait rencontré la mère afin de discuter des circonstances entourant son accouchement. Le sac qui devait contenir une solution saline aurait été testé et les résultats auraient révélé qu’il contenait de l’ocytocine.

L’ocytocine est un médicament qui provoque des contractions de l’utérus et accélère le travail lors de l’accouchement. Il s’agit d’une hormone naturelle dont l’utilisation nécessite une surveillance étroite, car elle peut affecter la fréquence cardiaque de l’enfant à naître. D’autres recherches indiquent que le médicament peut provoquer une déchirure de l’utérus.

Nicole Ruest a été congédiée à la fin mars pour avoir administré à tort ce médicament afin de précipiter l’accouchement de plusieurs mères.

Plusieurs dizaines de familles ont par ailleurs contacté les cabinets qui mènent le recours collectif contre le réseau de santé et l’infirmière congédiée, Fidelis Droit de Moncton et McKiggan Hebert de Halifax.

«Ce matin, nous avons déposé à la Cour du Banc de la Reine un recours collectif contre le réseau Horizon ainsi que l’infirmière en question alléguant des inconduites graves qui ont rendu l’accouchement de Mme Scott et d’autres réclamantes – non connues pour le moment – difficile, périlleux et qui, dans certains cas, ont même entraîné des problèmes significatifs», a expliqué l’avocat Mathieu Picard de Fidelis Droit.

Jayde Scott a lancé un appel émouvant aux mères qui pensent avoir été lésées par les actions alléguées de l’infirmière de l’Hôpital de Moncton.

«Je crois que c’est très important pour toutes les mères qui ont été affectées, comme moi, de se manifester et d’expliquer comme elles se sentent parce ce n’est pas juste. C’était une expérience très traumatisante et mon coeur va à toutes les mères qui ont été affectées», a-t-elle laissé tomber.

La poursuite cible également le Réseau de santé Horizon, responsable de la gestion de l’hôpital où Mme Ruest travaillait.

«Jayde a été blessé et a passé à travers cette terrible expérience malgré le fait que l’hôpital savait ou aurait dû savoir ce qui se passait», a précisé l’avocat John McKiggan.

Le recours collectif a deux objectifs selon les avocats qui le mènent. Le premier est d’obtenir une compensation pour les présumées victimes et le deuxième est de forcer des changements au fonctionnement des hôpitaux du réseau de santé afin d’éviter qu’une telle situation puisse se répéter.

La GRC mène une enquête criminelle au sujet des actions alléguées de l’infirmière et le Réseau de santé Horizon soutient collaborer avec la police dans cette affaire.

«Il s’agit d’une enquête très sérieuse et complexe. Ça va prendre du temps. On continue à recevoir des appels potentiellement de victimes», a indiqué la caporale Jullie Rogers-Marsh, porte-parole de la GRC au Nouveau-Brunswick.

L’infirmière en question dans cette affaire a été à l’emploi du réseau Horizon pour plus d’une décennie.

Aucune accusation n’a encore été portée dans ce dossier. Les gens qui s’estiment lésés dans cette affaire peuvent contacter l’un ou l’autre des cabinets qui mènent le recours. Le Réseau de santé Horizon demande aussi aux femmes qui ont accouché par césarienne d’urgence de communiquer avec eux au 1-844-225-0220.