Garderies: une hausse de salaire jugée très décevante

Le gouvernement provincial a annoncé une augmentation salariale de 0,75$ l’heure pour les éducatrices de la petite enfance qui sont titulaires d’une formation collégiale ou universitaire en éducation de la petite enfance ou dans un domaine relié à la profession.

Le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Dominic Cardy, en a fait l’annonce jeudi à la garderie Tender Tots Childcare à Rothesay, en banlieue de Saint-Jean.

Plus de 1000 éducatrices pourraient être admissibles à cette augmentation salariale qualifiée de «passionnante» par le ministre et qui est effective depuis le 1er avril.

Avec cette mesure, les éducatrices qualifiées verront donc leur salaire grimper à au moins 17,25$ l’heure.

Le gouvernement provincial prévoit consacrer 1 million $ au cours de la prochaine année afin de pouvoir ainsi bonifier le salaire des éducatrices de la petite enfance admissibles à la mesure.

Un passage de l’Acadie Nouvelle dans quelques centres de soins et d’éducation de la région de Grand-Sault et ailleurs avant même l’annonce faite par l’ancien chef provincial néo-démocrate a permis de constater que la nouvelle est loin d’avoir suscité une explosion de joie chez celles qui se consacrent au bien-être des tout jeunes Néo-Brunswickois.

«Je suis vraiment déçu! Le travail d’éducatrice est tout ce qui a de plus demandant, en bas d’un salaire que je juge raisonnable à 22$ l’heure, il n’y a rien d’impressionnant dans cette annonce», a affirmé Mylène Bourgoin, du Centre de soins et d’éducation Mickey & Minnie, à Saint-André.

Comme bien d’autres, celle-ci à tôt fait de mettre en lumière le fait que le gouvernement libéral précédant avait annoncé en décembre 2017 qu’il allait faire grimper le salaire des éducatrices à 19$/h d’ici l’année 2023, afin de faire en sorte que le Nouveau-Brunswick ne soit plus la province où les éducatrices en garderie sont les moins bien payés au pays.

À Grand-Sault, des éducatrices d’expérience qui oeuvrent au Centre Happy Feet ont quant à elles indiqué qu’au moins la moitié du personnel ne pourra bénéficier de cette augmentation salariale puisque les employées en question ne sont pas titulaires d’un diplôme universitaire ou collégial.

«Cette hausse de salaire pour les plus chanceuses viendra à peine combler la hausse récente du prix de l’essence», a raconté l’une d’elles qui ne s’attend même pas comme plusieurs de ses collègues à profiter de cette bonification salariale.

En fait, avec un salaire variant entre généralement entre 14$ et 17.25$ l’heure, les éducatrices du Nouveau-Brunswick font figure d’enfants pauvres lorsqu’on regarde les salaires versés à leurs consoeurs du Québec dont le salaire peut aisément atteindre 25$ par heure de travail.

«Même avec ce salaire bonifié, j’oublie l’idée de pouvoir combler des postes vacants en allant recruter au Québec. Qui voudra venir travailler à Saint-Jean pour près de 10$/h de moins par semaine?», se questionne Michel Côté, le directeur général de l’Association régionale de la communauté francophone de Saint-Jean.

«C’est un pas dans la bonne direction, mais c’est loin d’être suffisant et significatif. Certaines de nos éducatrices vont continuer à nous quitter pour aller travailler comme aide-enseignante à un salaire beaucoup plus élevé, ce qui va en rien régler la problématique de rétention des employés», raconte le dirigeant de l’association francophone qui gère désormais l’un des plus importants services de garde de la province à Saint-Jean et à Quispamsis.

Le Regroupement féministe du Nouveau-Brunswick a également accueilli l’annonce gouvernementale avec une certaine réserve.

«Cette augmentation est un pas dans la bonne direction, cela signifie que les éducatrices qualifiées gagneront au moins 17,25$ de l’heure. En revanche, afin d’atteindre l’équité salariale, les études démontrent que leurs salaires devaient être autour de 20$ en 2012. L’équité salariale est donc loin d’être atteinte», a affirmé Monique Brideau, la vice-présidente de l’organisme.

«Comme plusieurs emplois à prédominance féminine, le domaine de la petite enfance est sous-valorisé. Il est nécessaire de reconnaitre l’apport inestimable des éducatrices dans le développement de l’enfance ainsi que leur rôle, en milieu francophone minoritaire, comme passeurs culturels.