Triste fin pour une cordonnerie du Restigouche

Un violent incendie a complètement rasé en début de semaine un commerce de Dalhousie, l’une des rares cordonneries du Restigouche.

Le brasier s’est déclaré dans la nuit de dimanche à lundi. De nombreux pompiers sont intervenus sur place, mais n’ont pu contenir les flammes. La bâtisse est une perte totale.

La Cordonnerie Lepage avait pignon sur rue à Dalhousie depuis 46 années. Son propriétaire, Robert Lepage, venait d’ailleurs tout juste de prendre sa retraite, il y a une semaine à peine.

«Ce n’est pas que je voulais arrêter, mais j’ai des problèmes avec mes yeux. C’est cela qui m’a forcé à arrêter, car sinon je me sentais encore en forme pour continuer malgré mes 71 ans», a lancé le cordonnier.

Celui-ci avait d’ailleurs réussi à vendre son commerce, ce qu’il tentait déjà de faire depuis un moment. La transaction s’est déroulée quelques jours avant l’incendie, une mince consolation pour le nouveau retraité qui n’aura pas tout perdu dans cette aventure.

«Ça ne m’appartenait plus depuis pas tellement longtemps, mais ça fait quand même un pincement au cœur de voir cette bâtisse partir en fumée, surtout après y avoir travaillé aussi longtemps», souligne M. Lepage.

Il ne sait pas dans quelle mesure exactement les acheteurs avaient l’intention de poursuivre la vocation de cordonnerie.

«Je crois qu’ils avaient l’intention d’opérer un commerce, mais est-ce que c’était uniquement dans le domaine de la cordonnerie, ça, je ne pourrais pas le dire. Je l’espérais en tous cas. Je ne leur en avais pas encore parlé, mais j’étais prêt à leur proposer d’aller donner un coup de main, quelques heures ici et là. J’étais content de trouver des acheteurs, et je leur ai fait un bon prix. C’est dommage pour eux ce qui arrive», raconte M. Lepage.

Celui-ci l’avoue, trouver une relève en cordonnerie n’est pas une mince affaire, et qui plus est dans un contexte de pénurie de main-d’œuvre passablement généralisé dans tous les secteurs d’activités dans le nord de la province. À cela s’ajoute qu’il s’agit d’un métier spécialisé qui n’est pas particulièrement populaire auprès des plus jeunes.

«Mon idée a toujours été de vendre à un cordonnier au moment de ma retraite. Mais on doit se faire à l’évidence, c’est un métier qui ne court pas les rues, qui n’intéresse pas vraiment les jeunes. Pourtant, c’est très pratique et ça en prend. C’est quand on n’en a plus (de cordonnerie) dans une communauté qu’on se rend compte à quel point c’était utile», indique M. Lepage.

L’incendie de la Cordonnerie Lepage cause un vide certain dans la ville de Dalhousie puisqu’il s’agissait de la seule du Restigouche-Est et Centre. La cordonnerie la plus proche pour le moment se trouve à Pointe-à-la-Croix en Gaspésie. Il existe également deux autres cordonneries plus à l’ouest, à Saint-Quentin.