Ambulances: la rétention et le recrutement demeurent des défis de taille

En dépit des efforts d’Ambulance NB, plusieurs ambulances du nord de la province demeurent toujours stationnées dans leur garage… faute de personnel.

Dimanche 31 mars au soir. Un employé d’Ambulance NB fait parvenir une photo au journal. Sur celle-ci, on aperçoit qu’un total de 11 véhicules d’Ambulances NB sont hors service en raison d’un manque de personnel. Le cas touche le nord de la province, entre le Madawaska et la Péninsule acadienne. Selon ses dires, 22 véhicules devaient alors être sur la route. C’est donc la moitié des effectifs qui n’auraient pas été en service cette soirée.

«Si la population savait… Le personnel est au bout du rouleau», confie l’employé.

Interpellé sur la situation, Ambulance NB rectifie le tir. Ce ne serait pas onze, mais plutôt huit ambulances qui étaient garées cette soirée, et sur un total de 27, non 22.

De plus, l’image représenterait un seul instant pendant un quart de travail et non les réalités d’un quart complet nous explique Chisholm Pothier, porte-parole de l’organisme.

Qu’à cela ne tienne, il n’en demeure pas moins que selon ces données, il s’agit de près d’une ambulance sur trois qui n’aurait pu prendre la route cette soirée. Le chiffre demeure élevé.

Président de la section nord 4848 du SCFP, syndicat qui représente les ambulanciers, Yanick Mongeau, ne peut confirmer l’exactitude des données envoyées au journal. Cela dit, il n’en est guère surpris, non plus impressionné, soulignant que l’absence d’ambulances sur la route en raison de manque de personnel est pratique courante. Il note que, bien que maintes fois déplorée au cours des derniers mois, la situation ne s’est pas améliorée.

«Elle s’est même dégradée. Ce que l’on disait avant les Fêtes est toujours vrai. On est au minimum du minimum», juge ce dernier.

Selon lui, Ambulance NB n’a pas réussi à prendre le dessus sur la situation. Oui, il y a bien quelques initiatives qui ont été mises en place – notamment l’ajout de formation, la mise en place d’un nouveau système de transfert et l’instauration d’équipe d’interventions d’urgence –, mais cela ne suffit pas aux dires du syndicaliste.

«Tout ça fonctionne bien dans un contexte où il y a déjà suffisamment d’employés pour faire le travail. Mais en ce moment sur le terrain, il n’y a pas plus de staff, on ne voit aucune amélioration et cela jette une pression énorme sur les épaules des ambulanciers restants», dit-il.

«Nos membres sont pris à faire beaucoup d’heures supplémentaires pour combler les trous. Résultat, ils se brûlent à l’ouvrage, tombent en maladie et on se retrouve du coup avec moins d’ambulances sur les routes. C’est un cercle vicieux et c’est triste, car ça affecte le service. On n’aime pas voir le système dépérir», poursuit M. Mongeau.

Son confrère, Steve Hébert, vice-président de la section locale du SCFP (provincial), abonde dans le même sens. Selon lui, il y a un manque d’effectifs dans toute la province, mais celui-ci est beaucoup plus aigu dans le nord de la province.

«C’est généralisé, pas quelque chose que l’on retrouve dans une région en particulier. Il y a des manques dans la péninsule, au Restigouche, dans Chaleur, au Madawaska… La situation est loin d’être reluisante», assure-t-il.

Il estime que tant qu’il n’y aura pas d’embauche massive de personnel et de mise en place d’incitatifs quelconque pour convaincre le personnel d’aller travailler dans les zones les plus critiques, la pénurie de personnel risque de se poursuivre, voire s’aggraver.

Yanick Mongeau acquiesce, ajoutant que des actions doivent être entreprises concernant la rétention des employés existants.

«Pour moi, c’est le nœud du problème. C’est bien beau embaucher, mais si on perd autant d’employés qu’il n’en arrive, on n’est pas mieux. Si on ne valorise pas la profession, si on n’ajuste pas les conditions salariales et qu’on n’améliore pas l’environnement de travail, j’ai bien peur qu’on ne règle jamais le problème», estime M. Mongeau.

Défi continuel

S’il conteste les chiffres avancés plus haut, le porte-parole d’Ambulance NB concède néanmoins que la situation du manque de personnel est bien réelle et constitue une source importante de préoccupations au sein de l’organisation. Et cette préoccupation touche en effet particulièrement le nord de la province. Plusieurs postes sont vacants, mais personne n’y postule.

«La situation au Nord reste un défi. Un facteur important à prendre en considération est que 26 postes permanents à temps plein sont actuellement en congé d’invalidité. Ce taux d’absentéisme est le plus élevé (par habitant) dans la province», indique M. Pothier.

Selon lui, l’approche de l’été – période de vacances pour plusieurs – risque d’ailleurs de compliquer encore les choses, la dotation en personnel étant toujours plus difficile durant cette période. Celui-ci ne voit toutefois pas que du négatif dans l’état actuel des choses. Il souligne notamment que l’organisation a récemment embauché 14 nouveaux travailleurs paramédicaux et plus de la moitié d’entre eux seront stationnés au Nord.

«On continue nos efforts de recrutement et de rétention de personnel», ajoute-t-il.

Afin d’améliorer la situation, Ambulance NB a récemment ajouté une formation paramédicale. 20 étudiants doivent ainsi commencer leurs cours ce mois-ci à Tracadie. Le programme est également offert à Campbellton et à Grand-Sault. Une mesure qui, espère-t-on, soulagera le réseau.