Compressions en science infirmière: les recteurs répliquent au gouvernement

En pleine pénurie de personnel infirmier, le Nouveau-Brunswick risque de se retrouver avec encore moins de diplômés du domaine en raison des compressions du gouvernement de Blaine Higgs, préviennent les recteurs des deux principales universités de la province.

L’Université de Moncton et l’Université du Nouveau-Brunswick entrevoient déjà avoir à réduire le nombre de places dans leurs programmes de science infirmière en raison des coupes en provenance de Fredericton.

L’U de M anticipe un manque à gagner de 1,5 million $ alors que UNB se rapproche des 3,5 millions $.

Le recteur par intérim de l’Université de Moncton, Jacques Paul Couturier. Archives

Le recteur par intérim de l’institution acadienne, Jacques Paul Couturier, et son homologue Eddy Campbell ont publié une déclaration commune, vendredi, deux jours après l’annonce des compressions.

«Les centaines de diplômées et diplômés en science infirmière que nos universités forment chaque année contribuent à stopper la pénurie d’infirmières dans la province», avancent-ils.

«La décision du gouvernement d’éliminer le financement des programmes de science infirmière du Nouveau-Brunswick crée un risque significatif quant à la capacité de nos établissements d’aider à enrayer cette pénurie.»

Mercredi, le ministre de l’Éducation postsecondaire, de la Formation et du Travail, Trevor Holder, a annoncé qu’il mettait fin à une subvention annuelle de 8,7 millions $ versée depuis 2005 aux deux programmes de formation.

Selon M. Holder, ce financement devait payer pour de nouvelles places en science infirmière qui n’ont pas été créées.

Cette affirmation est toutefois «incorrecte», selon MM. Couturier et Campbell.

«En fait, une partie importante du financement servait à payer les coûts de la formation clinique des étudiantes et étudiants en science infirmière», affirment-ils.

Si une portion du financement devait servir à «recruter et former davantage d’étudiants», les deux universités n’ont pas été en mesure d’en «bénéficier pleinement» puisque «les nombres d’inscriptions n’ont pas atteint les cibles au cours des dernières années».

Afin de boucler son budget, l’Université de Moncton va devoir jongler entre la réduction du nombre de places en science infirmière, la hausse des droits de scolarité et les économies dans d’autres programmes de formation, précise Jacques Paul Couturier.

«Dans quelle mesure serons-nous capables de maintenir le nombre de places que nous avons? C’est ça le défi auquel nous sommes confrontés. Aujourd’hui, je ne peux pas vous donner la réponse à cette question», a-t-il dit lors d’un point de presse.

L’Université du Nouveau-Brunswick, qui s’apprêtait à ajouter de nouvelles places à son programme, devra aussi réduire la taille de sa cohorte, selon son vice-recteur académique, George MacLean.

L’U de M compte en général environ 400 étudiants en science infirmière sur quatre années alors que UNB en compte 490.

Lors du dépôt du budget, le ministre des Finances, Ernie Steeves, avait annoncé la mise en oeuvre d’une «stratégie axée sur les ressources humaines en soins infirmiers» au coût de 2,4 millions $.

«Le temps est venu de bâtir une nouvelle stratégie en soins infirmiers pour notre province. Nous sommes en pénurie et nous devons nous attaquer à cette pénurie», a indiqué Trevor Holder, mercredi.

«Personne ne peut justifier une dépense de plusieurs millions de dollars en argent des contribuables pour quelque chose qui ne produit absolument aucun résultat.»

Jacques Paul Couturier et Eddy Campbell accueillent d’un bon oeil la volonté du gouvernement de créer une stratégie en soins infirmiers.

Toutefois, «une partie de la solution doit passer par un financement adéquat qui permet l’offre d’une formation universitaire de qualité», précisent-ils.

«Est-ce que c’est en coupant ce financement que nous allons résoudre le problème de pénurie de main-d’oeuvre en milieu hospitalier?», a ajouté M. Couturier.

La stratégie de 2,4 millions $, qui ne concerne pas seulement les universités, est une mince consolation, a-t-il constaté.

«Nous sommes en train d’avoir une tarte qui est plus petite que la précédente et qu’il faudra partager avec plus d’acteurs.»

Le ministre de l’Éducation postsecondaire n’était pas disponible vendredi pour réagir de vive voix aux propos des recteurs.

Trevor Holder a cependant répété dans une déclaration écrite qu’une «partie importante» du financement qui a été éliminé «devait servir à ajouter des places supplémentaires dans les programmes.»

«Au cours des quatre dernières années, aucune autre place en science infirmière n’a été comblée en vertu de cette entente», a-t-il indiqué sans répondre aux questions du journal concernant la réduction possible du nombre de diplômés en raison de ces compressions.

La députée Megan Mitton du Parti vert. Photo: Mathieu Roy-Comeau.

La porte-parole du Parti vert en matière de santé, Megan Mitton, dénonce l’approche des progressistes-conservateurs pour s’attaquer à la pénurie de personnel infirmier.

«La décision du gouvernement de réduire le financement des programmes de science infirmière risque de réduire le nombre d’infirmières formées au Nouveau-Brunswick, au moment où nous devons augmenter ce nombre», dit-elle.

Si les ententes de financement de 2005 n’ont pas permis de créer de nouvelles places en science infirmière, c’est probablement parce que les universités manquaient déjà d’argent à l’époque, souligne la députée.

«La formule de financement est inadéquate. Les fonds ne suffisent pas alors elles ne peuvent pas créer de nouvelles places. Le gouvernement s’est rendu compte que la formule de financement ne fonctionne pas et il ne l’a pas améliorée.»