Communauté LGBTQ+: un groupe de soutien pour papas voit le jour à Moncton

Un nouveau groupe de soutien pour les pères d’enfants LGBTQ+ prend lentement son envol à Moncton. Le projet Fiers pères vise à créer un espace où les papas peuvent jaser et s’épauler entre gars.

C’est en novembre 2017 que le fils de Michel Cyr a fait son coming out auprès de lui et de sa conjointe. Son enfant était âgé de 16 ans à l’époque.

«Il nous a dit “j’ai une nouvelle à vous annoncer; je veux vous parler”. Je voyais qu’il était triste, qu’il était déchiré. Il était 10 heures du soir. On s’est assis et il nous a dit “regardez, je suis bisexuel”», raconte-t-il en entrevue avec l’Acadie Nouvelle.

Les trois membres de la famille ont jasé pendant un bon moment. Michel Cyr n’en revenait pas combien son fils était bouleversé par cette expérience.

«Ça m’a fait de la peine de le voir dans cet état-là. Je lui ai dit “voyons donc, c’est pas un tatou, c’est pas un piercing. C’est pas un choix que t’as fait, c’est qui tu es”. J’ai dit “voyons donc, y’a rien là, c’est correct!”»

Michel Cyr n’avait pas vu venir cette annonce, mais elle n’a rien changé à sa relation avec son fils. Cela ne l’a pas empêché de se poser des questions.

«J’ai grandi dans les années 1980 où ce n’était pas nécessairement positif pour les gens de la communauté LGBTQ et j’avais des craintes sur comment lui serait accepté dans la société, comment il pourrait faire face à des difficultés. C’était peut-être naïf, mais j’avais ces peurs-là.»

Il s’est donc mis à chercher des groupes de soutien. Il n’en a pas trouvé réservé aux pères, où il aurait pu échanger avec des hommes vivant les mêmes choses que lui. Il s’est senti laissé à lui-même.

Par la suite, il en a jasé avec ses amis et ses collègues LGBTQ+ pour trouver le moyen d’être «le meilleur papa possible» pour son fils. C’est dans la foulée de ces discussions que l’idée de lancer un groupe de soutien lui est passée par la tête.

«La grande majorité des gens me disaient: “je n’ai pas de contact avec mon père, je ne pourrais pas te le dire parce que mon père ne me parle plus” ou “c’est vague et je n’ai plus de relation avec mon père”. Ça m’a mis la puce à l’oreille.»

Il en a ensuite parlé à son fils afin de savoir ce qu’il pensait de son projet.

«Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait avec lui. Au début, je lui ai demandé ce qu’il en pensait. Il m’a dit “ah, c’est une bonne idée”. Je lui ai dit “penses-y et on s’en reparle”. Il en a parlé avec ses amis, avec son groupe. Il est revenu et il m’a dit “papa, je pense que c’est un besoin d’avoir un groupe de pères qui vont jaser”.»

Michel Cyr est aussi allé cogner à la porte de l’organisme communautaire Rivière de fierté, qui organise notamment la semaine de la fierté LGBTQ+ à Moncton.

«Je n’avais aucun doute que je devais avoir leur support. Je ne voulais pas porter un comité sans avoir l’appui de la communauté LGBTQ», dit-il.

L’équipe de Rivière de la fierté s’est rangée derrière son projet. Deux réunions ont eu lieu jusqu’à maintenant dans les locaux de l’organisme, situés dans la Maison Thomas Williams (103 rue Park à Moncton).

Cinq pères y ont participé. Un membre de Rivière de la fierté, le coordinateur de projets Charles MacDougall, était aussi au rendez-vous à titre d’intervenant. Les discussions ont été fructueuses, explique Michel Cyr.

«Tout le monde était un peu nerveux, les gens voulaient être confidentiels. Deux heures et demie plus tard, ils m’ont demandé si ce serait possible d’être dans la parade (de la fierté LGBTQ+) pour s’afficher comme fiers pères! Je me dis que c’est une évolution incroyable en deux heures et demie.»

La prochaine rencontre aura lieu le 13 mai, de 19h à 21h. L’animation est en français et l’entrée est libre. Michel Cyr s’attend à ce que d’autres pères se joignent au groupe au cours des prochains mois.

«J’ai eu beaucoup de discussions avec du monde qui n’est pas prêt à venir, avec des femmes qui disent “il faudrait que mon chum y aille, mais il n’est pas encore prêt à jaser”. Mais au moins ils savent que ça existe. Je suis satisfait avec cinq pour commencer. Si on avait été 30 dès le début, ç’aurait peut-être été plus difficile.»

Il affirme que l’organisation d’un autre groupe de soutien pour pères anglophones est aussi dans les cartes à Moncton et qu’il est prêt à se déplacer ailleurs au Nouveau-Brunswick pour que son initiative fasse des petits dans d’autres villes.

«C’était quasiment un no brainer de s’associer à ce nouveau groupe»

Charles MacDougall, de l’organisme Rivière de la fierté, appuie sans réserve l’initiative de Michel Cyr. En entrevue téléphonique, il explique qu’il a tout de suite vu le potentiel de Fiers pères.

«De nombreuses personnes membres de la communauté peuvent dire que leur père aurait eu besoin d’un groupe comme ça, ou pourrait toujours avoir besoin d’un groupe comme ça. C’était quasiment un no brainer de s’associer à ce nouveau groupe», dit-il.

Charles MacDougall affirme que ce projet pourrait contribuer à rétablir des relations familiales brisées à la suite d’un coming out, faire du bien à la communauté et même sauver des vies.

«On sait que lorsqu’un jeune LGBTQ+ n’a pas l’appui de ses parents ou de son foyer, ou même d’un seul parent, il est plus à risque d’être atteint de troubles de santé mentale. Il y a toujours des jeunes qui se retrouvent dans la rue parce qu’ils ont été rejetés de leur maison. On sait qu’un groupe comme ceci et de commencer des discussions comme ça, ça va sauver la vie de jeunes.»