Fusion des forces policières de la région Chaleur: un énorme défi

La Commission des services régionaux Chaleur donne l’impression d’avancer avec un pied sur l’accélérateur et l’autre sur la pédale de frein dans son projet de créer une force régionale de police. Comme si elle roulait à travers une brume épaisse. «Mais au moins, on avance», a fait part le maire de Bathurst, Paolo Fongemie.

Les élus et membres de la Commission ont hésité à poursuivre l’aventure, mercredi soir, à Petit-Rocher. Non parce qu’ils ne croient pas que c’est possible. Ils cherchent plutôt à continuer l’exploration des tenants et aboutissants d’un tel engagement qui réunirait la GRC, la Police de Bathurst et la police BNPP en une seule entité.

C’est pourquoi ils ont changé la recommandation déposée sur la table. Au départ, elle mentionnait que la CSR-Chaleur «entreprenne les prochaines étapes pour la mise en place d’une force policière pour l’ensemble du territoire de la région Chaleur».

Maintenant, on parle plutôt d’entreprendre les prochaines étapes «administratives» pour la «possibilité» d’une mise en place de cette nouvelle force policière. Elle a ensuite été adoptée à l’unanimité.

La Commission des services régionaux Chaleur cherche à réunir la GRC, la Police de Bathurst et la police BNPP en une seule entité. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Le choix des mots justes a été source de débats respectueux et intéressants autour de la table. Notamment auprès des représentants des DSL, qui veulent davantage de temps afin d’analyser l’ensemble du projet.

«Nous ne remettons pas l’idée en question. Nous ne sommes ni pour ni contre. Mais actuellement, il y a trop de questions sans réponse et des affirmations incomplètes dans l’étude du consultant (déposée en février). Plusieurs éléments de l’étude nous laissent perplexes. La formulation de la résolution du départ pouvait prêter à confusion, comme quoi on allait de l’avant. On n’est pas rendu là», a fait part Donald Gauvin, représentant des DSL au sein de la commission.

Ses préoccupations sont nombreuses. Elles concernent la représentation des communautés non incorporées dans la gestion administrative de cette police régionale. Il y a aussi les coûts prévus par l’étude (2,4 millions $), tout comme le nombre de policiers que comptera la force et le financement des coûts en cas d’intervention sur un cas majeur.

Sans oublier les intentions du gouvernement provincial de revoir prochainement le fonctionnement complet de la présence policière au Nouveau-Brunswick.

Selon l’étude de Catalyst Consulting déposée en février, la mise en place d’une force policière régionale dans Chaleur coûterait 8 millions $ par année, en plus des frais de départ variant de 1,5 à 3,5 millions $, pour une équipe de 50 policiers. Actuellement, le maintien des trois forces distinctes nécessite 9,7 millions $ par année.

Le logo de la police BNPP. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

La part de Bathurst passerait de 4,38 à 2,98 millions $, celle de la BNPP de 2,14 à 1,84 million $, la contribution des DSL resterait semblable (2,4 millions $), tout comme l’engagement de Belledune (766 000$).

Le logo de la police de Bathurst. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Le maire de Bathurst, Paolo Fongemie, comprend les hésitations de ses collègues autour de ce projet majeur, surtout qu’il y a encore beaucoup de questions en suspens.

«On a dépassé l’étape de l’exploration avec les 12 rapports sur ce sujet. On sait le modèle que nous voulons favoriser. Le mandat du consultant ne concernait pas l’implantation. La suite sera beaucoup d’ouvrage. Si nous allons avec une police régionale, nous créons une nouvelle entité», a-t-il signalé, tout en se disant satisfait qu’on poursuive les discussions.

Il a reconnu que la CSR-Chaleur roule dans la brume dans ce dossier, une brume bien plus épaisse que celle qui avait réduit leur visibilité récemment avec le tourisme.

«Je désire souligner le courage de la CSR-Chaleur d’aller de l’avant, même si c’est brumeux un peu. Je comprends aussi les questions des DSL sur, par exemple, qui va défrayer les coûts en cas d’événements majeurs. Fredericton va se poser les mêmes questions avec les malheureux épisodes d’août (un tireur a abattu deux citoyens et deux policiers) et la Ville de Moncton s’est posé ces mêmes questions avec l’affaire Justin Bourque. Ce sont des questions valides, mais c’est à force d’avancer que nous obtiendrons les réponses», a admis M. Fongemie.

Et une partie de ces réponses pourrait bien être connue le 1er mai, alors que la CSR-Chaleur rencontrera le premier ministre Blaine Higgs à Fredericton.