Un nouveau bulletin scolaire provincial qui ne mise pas sur les notes

Finies les notes scolaires de 60%, 70% ou 80%. Finis les bulletins différents d’une école à une autre et les incompréhensions des parents devant la performance académique de leurs enfants. Place bientôt aux évaluations de cheminement et de rendement, aux évaluations de comportements liés à l’apprentissage et au bulletin provincial uniforme dans les trois districts scolaires francophones.

Les agents pédagogiques des DSF du Nord-Ouest, du Nord-Est et du Sud collaborent à l’élaboration d’un outil unique qui devrait être en fonction en 2022 sur tout le territoire.

Les notes chiffrées, qui n’indiquent pas ce qu’un élève a pu apprendre, laisseront le champ libre à des échelles d’évaluation concernant les matières, les volets, les comportements liés à l’apprentissage, les informations générales, en plus de commentaires personnalisés.

Le mandat de ce nouveau bulletin sera d’informer, en format papier ou sur un site web, les parents des progrès de leur enfant en tout temps, de leur donner un portrait en tant qu’apprenant et de leur permettre de savoir ce que l’enfant va apprendre pour chaque volet.

Le nouveau bulletin scolaire commun sera en place partout dans les écoles primaires des trois districts scolaires francophones en 2022. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

Il facilitera aussi le travail intraprovincial, alors que la baisse du nombre d’élèves francophones dans le Nord au profit du DSF-Sud se poursuit.

«Ce sera le même bulletin, que l’on soit à Shippagan, à Edmundston ou à Cap-Pelé», a expliqué Julie Levesque, agente pédagogique pour le DSF-Nord-Est.

«Cette initiative, qui cible les bulletins des élèves de la maternelle à la 8e année, est en œuvre depuis déjà cinq ans, a précisé Benoît Levesque, agent de communications au ministère de l’Éducation et au Développement de la petite enfance. Cette décision faisait suite à un besoin clairement exprimé par les districts scolaires francophones. Le ministère a décidé d’agir dans une optique de soutien aux districts scolaires et d’amélioration du système d’éducation, ce qui s’inscrit dans les objectifs globaux des plans d’éducation de 10 ans.»

Le bulletin de cheminement sera publié deux fois au cours de l’année scolaire (décembre et avril). Selon leurs jugements professionnels, les enseignants auront à évaluer leurs élèves selon trois cotes: «chemine avec difficulté» lorsque le travail ne répond pas aux attentes prescrites dans le programme d’études, «chemine bien» lorsque l’élève démontre une progression continue et régulière vers les attentes du programme ou «chemine très bien» quand l’élève démontre des preuves constantes et évidentes qu’il répond aux attentes dudit programme.

Le bulletin de rendement sera émis à la fin de l’année. L’échelle de notation comprendra 1 (en difficulté), 2 (en développement), 3 (attendu) et 4 (exemplaire). Afin de passer à l’année supérieure, l’élève devra atteindre 3.

Une zone de commentaires comprenant un maximum de 220 caractères sera disponible à l’enseignant.

L’évaluation du comportement lié à l’apprentissage sera incluse dans les trois documents. Les habiletés de gestion personnelle, la participation active à l’apprentissage et la responsabilité sociale seront notées selon R (rarement), P (parfois), S (souvent) ou non observées.

«Les parents pourront aller voir ce que son enfant apprendra de façon détaillée durant l’année scolaire. Ça va leur donner un regard plus critique sur l’apprentissage. C’est une richesse d’information autant pour l’enseignant que les parents», poursuit Mme Levesque.

«Le bulletin de décembre et de mars informe les parents du cheminement de leur enfant par rapport aux attentes de fin d’année. Il n’y a aucune note et les commentaires écrits deviennent importants pour informer les parents des forces et des défis de leur enfant. Les évaluations critériées plutôt que normatives donnent de l’information pour améliorer les apprentissages et ne créent aucune compétition entre les élèves. L’élève a l’année pour atteindre les objectifs du programme d’études en question, ce qui permet de respecter davantage les rythmes d’apprentissage», mentionne Ghislaine Arsenault, directrice des relations stratégiques pour le DSF-Sud.

«Cette initiative est le fruit d’un travail de consultation soutenue avec les enseignants, les parents et le personnel des districts scolaires, note Benoît Levesque. En outre, une formation a été offerte à tous les membres du personnel enseignant pour leur permettre de bien comprendre ce nouvel outil de communication qui est présenté aux parents.»

Les dirigeants du secteur scolaire anglophone avaient entamé un travail semblable visant la révision du bulletin une année ou deux avant le secteur francophone. L’objectif consistait à répondre aux mêmes défis en matière d’uniformité.

«Il faut préciser que les deux formats de bulletins scolaires s’inspirent des mêmes recherches récentes et ils reposent sur les mêmes principes et philosophies en cette matière», mentionne le porte-parole du ministère.

Changement de culture chez les enseignants et les parents

Les enseignants semblent emballés par le nouveau bulletin commun, selon la présidente de l’Association des enseignants francophones du N.-B., Lucie Martin. Il faudra se donner le temps qu’il faut pour s’adapter à un changement de culture, ajoute-t-elle.

L’enseignante Claude Gionet fait la lecture devant ses élèves de 3e année à l’école Marguerite-Bourgeoys de Caraquet. – Acadie Nouvelle: Réal Fradette

La porte-parole de quelque 3000 membres et coprésidente de la Fédération des enseignants du N.-B. ne tarit pas d’éloges devant cet outil d’évaluation.

«Nous sommes très contents que les enseignants du niveau primaire aient été engagés dans le processus dès le début. Pour nous, c’était très important. Tout changement amène son lot de défis, mais nous offrons de l’accompagnement au fur et à mesure de l’intégration du nouveau bulletin», avise Mme Martin.

Selon ses propos, le document respecte davantage la réalité inclusive et le cheminement de l’élève tout en étant axé sur l’acquisition des compétences.

«Nous avons encore le même objectif, qui est d’évaluer l’élève. On le présente sous une différente façon. Oui, il y a une période d’ajustement et ça va demander un changement de culture. Mais ce qui est bien, c’est qu’on se donne le temps de le faire, pas seulement pour l’enseignant, mais aussi les parents et l’élève. En y allant progressivement, ça va mieux se vivre et ça va permettre à tout le monde de s’ajuster», continue Mme Martin.

Elle soutient également que ce bulletin répondra aux préoccupations des parents. Ils auront droit à un portrait personnalisé et plus informatif des progrès réalisés en salle de classe, juge-t-elle.

«Ce sera mieux qu’un chiffre», est convaincue Mme Martin.

La directrice générale de l’Association francophone des parents du N.-B., Chantal Varin, soutient que la mise en place progressive du nouveau bulletin scolaire commun dans les écoles francophones a été bien accueillie pour l’instant.

«Avec ce changement de culture, nous aurions pu imaginer que des parents aient pu manifester un certain mécontentement. Mais nous n’avons reçu aucun commentaire. Ça nous porte à croire que les parents sont heureux du processus.»

«Ça répond à un besoin de changer les choses, de les démontrer différemment pour une meilleure réflexion de la réalité scolaire. Ce nouveau bulletin a déjà été testé dans certaines écoles et nous n’avons reçu aucun commentaire négatif», révèle Mme Varin.

Un déploiement progressif

Le déploiement provincial du nouveau bulletin se poursuivra dans les classes de 6e année seulement à compter de septembre, laisse savoir le ministère de l’Éducation et du Développement de la petite enfance. Dans les trois districts scolaires francophones, la plupart des enseignants de la maternelle à la 5e année fonctionnent déjà avec ce nouveau bulletin harmonisé.

Pour l’instant, chacun des districts utilise cette nouvelle formule dans une école de la maternelle à la 8e année dans le cadre d’un projet pilote.

Dans le Nord-Est, on prévoit l’établir dès septembre à tous les élèves de la maternelle à la 6e année. Il complétera l’ensemble des écoles des régions Chaleur et Restigouche en 2021 et l’année suivante dans la Péninsule acadienne.

Dans le Nord-Ouest, ce bulletin est déjà en fonction dans toutes les classes de maternelle à la 2e année. Il sera étendu aux classes de 3e à 5e année l’an prochain et dans celles de 6e à la 8e année en 2020-2021.

Pour l’instant, cette application sera réservée aux écoles primaires, mais il n’est pas impossible que les polyvalentes (9e à 12e années) emboîtent le pas prochainement.

Dans le Sud, le bulletin est implanté dans toutes les écoles primaires pour les niveaux maternelle à 2e année, à peu près dans la moitié des écoles primaires dans les classes de 3e à 5e année et dans deux écoles primaires pour les niveaux 6e-8e.

«L’avantage est que tous les élèves reçoivent la même observation à partir des échelles d’appréciation, soulève Daniel Martin, agent pédagogique du DSF-Nord-Ouest. Avant, une note de 60% ne disait pas aux parents ce que leur enfant avait réellement appris.»

L’implantation de cette nouvelle formule ne se fera pas non plus en un coup. Les DSF assureront un accompagnement continu avec les enseignants et cherchent encore la meilleure façon de l’expliquer aux parents.

«J’aurais aimé avoir cet outil quand j’étais enseignant, ajoute M. Martin. Nous avons travaillé tellement fort là-dessus que c’est difficile d’y voir des défauts. Selon moi, les élèves et les parents en sortiront gagnants. Ce bulletin établira les forces et les défis.»

Mme Arsenault fait part que l’enseignant devra voir l’évaluation autrement, en s’appuyant sur une variété de preuves d’apprentissage afin de déterminer si l’élève a atteint les objectifs du programme d’études. L’évaluation des apprentissages devrait être fondée sur des preuves d’apprentissage provenant de différentes sources (observations, conversations (entretiens avec l’élève) et des productions (tests, travaux, etc.), continue-t-elle.

«Comme les notes chiffrées sont un symbole auquel les parents sont habitués, l’accompagnement des parents pour bien comprendre ce nouveau bulletin est en soi un défi. Il faut avoir des moyens et des mécanismes pour permettre une communication continue entre l’enseignant et les parents. Comme la culture de compétition et les pratiques normatives sont ancrées dans le système scolaire, c’est tout un défi de changer de paradigme», avertit-elle.