Ottawa offre 1,6 million $ aux producteurs de bleuets sauvages

Ça prend l’aide d’un GPS pour arriver chez Services agricoles Savoie, près de Néguac. Mais en revanche, les bleuets sauvages de l’entreprise familiale n’auront aucune difficulté à trouver leur chemin vers de nouvelles assiettes en Europe et en Asie.

La ministre fédérale de l’Agriculture et de l’Agroalimentaire, Marie-Claude Bibeau, aurait pu choisir une salle communautaire bien propre en plein village, remplie de personnes portant veston et cravate, pour annoncer un octroi de 1,6 million $ visant à accentuer la promotion et la commercialisation du bleuet sauvage canadien à l’échelle internationale.

Elle a plutôt préféré aller à la rencontre d’un entrepreneur de la Péninsule acadienne comme il y en a tant d’autres, parce que ce sont principalement eux qui gagneront dans la tentative fédérale de développer de nouveaux marchés.

Certes, le Canada n’a pas son pareil pour exporter ce petit fruit bleu. Il en est le plus grand producteur et envoie à plus de 30 pays cette ressource d’une valeur de 239 millions $. Le Nouveau-Brunswick, avec plus de 23 000 tonnes métriques qui valent 20,5 millions $, compte pour près du tiers de la production nationale.

Si les États-Unis demeurent toujours le principal consommateur des bleuets sauvages canadiens, l’Allemagne, La France, le Royaume-Uni, le Japon, la Corée du Sud et surtout la Chine avec son milliard d’habitants deviennent des cibles alléchantes avec l’ouverture provoquée par la signature de nouveaux traités d’échange économique.

Bernard Savoie cultive le bleuet sauvage sur environ 700 acres dans son entreprise familiale, qui fait travailler une vingtaine de personnes pendant la saison des récoltes. Il a accueilli la ministre dans son garage, mardi matin, à travers la machinerie et les outils.

«Ça nous aide à aller chercher de nouveaux marchés et à garder ceux que nous avons, car la compétition venant du bleuet cultivé ou des autres fruits congelés est toujours là. Avec la surproduction dans les dernières années, ça nous permet d’alimenter de nouveaux acheteurs à l’international», prétend-il.

Sans cette aide fédérale et le travail de marketing de l’Association des bleuets sauvages de l’Amérique du Nord, le produit des Services agricoles Savoie, tout comme celui de l’ensemble des producteurs de la région, serait beaucoup plus difficile à écouler.

«Ça permet d’assurer l’expansion de notre industrie, car il y aura toujours un marché au bout de la ligne pour écouler le surplus de production, tout en gardant un prix intéressant pour les producteurs. On sait que les États-Unis et le Canada sont de bons marchés pour nous, tout comme l’Allemagne et la France. On vient de s’implanter au Japon et là, on attaque la Chine. C’est très fort là-bas. Pour les Chinois, c’est nouveau le bleuet», estime Bernard Savoie.

Néri Vautour, directeur général de l’Association des bleuets sauvages de l’Amérique du Nord, voit en cette somme d’Ottawa une aide essentielle pour toute l’industrie.

«Le Canada est si petit en termes de marché que ce n’est pas assez. Oui, nous avons les États-Unis, mais ça peut changer rapidement. C’est pourquoi nous devons aller voir en Europe et en Asie grâce à un bon marketing. Nous savons que nous allons produire davantage de bleuets sauvages, notamment dans le nord du Nouveau-Brunswick et au Lac-Saint-Jean (au Québec). Ça prend donc un endroit pour les écouler», fait-il part.

M. Vautour rappelle le développement fulgurant de la culture dans la province. Il n’y a pas si longtemps, le N.-B. pouvait fournir de 10 à 15 millions de livres de bleuets sauvages.

«Là, nous sommes rendus à penser qu’il y a un problème si on n’atteint pas 60 millions de livres. C’est ici que ça se développe, parce que le sol et la météo sont très propices au bleuet sauvage.»

Le gros hiver qui se termine a au moins rendu des gens heureux: les producteurs de bleuets sauvages.

«Pour nous, c’est un excellent hiver, affirme Bernard Savoie. Nous n’avons pas eu de glace et la neige fond bien. Nous ne serons pas en retard.»

M. Vautour estime aussi que l’épaisseur de la neige au sol a servi de couverture de protection dans les champs de la Péninsule acadienne, alors que dans le sud du Nouveau-Brunswick, en Nouvelle-Écosse et au Maine, des ennuis sont à prévoir en raison du peu de neige. Cette situation pourrait profiter aux producteurs du nord-est de la province, estime-t-il.

«En agriculture, le mal de l’un fait le plaisir de l’autre», rappelle-t-il.