DOSSIER – Construction au bord de l’eau: la province pourrait durcir les règles

Après un second printemps marqué par des inondations majeures, le premier ministre Blaine Higgs reconnaît la nécessité de s’adapter à la nouvelle donne climatique. Il propose de décourager la construction dans les zones inondables et ne ferme pas la porte à des incitatifs au déménagement.

On ignore encore quelle sera la facture liée aux inondations qui touchent le sud-ouest depuis plusieurs jours. L’année dernière, les crues printanières avaient coûté près de 80 millions de dollars aux Néo-Brunswickois.

Si la crise n’a pas été aussi sérieuse qu’en 2018, l’ampleur des dégâts occasionnés par les crues de ce printemps est tout de même considérable: 6786 maisons, 2494 chalets, 793 commerces et 6082 terres agricoles ont été touchés par la montée des eaux.

Face à ce nouveau sinistre, le premier ministre Blaine Higgs se dit prêt à revoir l’approche de la province pour décourager l’installation dans les régions à risque. Le cabinet se rencontrer plus tard ce mois-ci pour déterminer la marche à suivre.

«On ne peut pas attendre et espérer que tout se passera bien. Il va falloir évaluer les règles en place à travers la province concernant les zones humides et les plaines inondables, puis faire des changements. Nous sommes dans une nouvelle époque, ces deux années d’inondations consécutives nous indiquent qu’on ne peut plus faire les choses de la même façon», prévient Blaine Higgs.

«Je pense que nous devons examiner sérieusement l’impact des conditions météorologiques changeantes, la façon dont nous évaluons les chantiers de construction, et comment nous encourageons les gens à déménager.»

Selon la loi provinciale, les travaux réalisés à moins de 30 mètres d’un cours d’eau ou d’une terre humide nécessitent déjà l’obtention d’un permis auprès du ministère de l’Environnement et des Gouvernements locaux.

Suite aux inondations de 2018, le gouvernement provincial a instauré de nouveaux critères pour ceux qui voudraient bâtir au bord de l’eau. Le ministère peut désormais refuser d’octroyer des permis dans les zones à risque si le constructeur ne peut démontrer que l’édifice sera en mesure de résister à une future montée des eaux.

L’an dernier, la province avait accepté de racheter certaines propriétés. Le gouvernement pourrait poursuivre dans cette voie, avance Blaine Higgs.

«Cela va dépendre du fait qu’il s’agit ou non d’une situation qui se répète et si des mesures comme l’élévation du bâtiment sont en place pour prévenir des dommages dans le futur.»

En 2018, le gouvernement Gallant avait permis aux propriétaires de chalets endommagés, habituellement non éligibles à une compensation, de recevoir une aide financière du provincial pouvant atteindre 6100$.

Son successeur n’entend pas ouvrir cette porte à nouveau.

«On ne peut pas s’attendre à ce que les contribuables paient pour reconstruire ces chalets», lance-t-il.

Le Nouveau-Brunswick imitera-t-il le Québec?

Lui aussi aux prises les inondations printanière, le gouvernement de François Legault a fait le choix de revoir son programme d’indemnisation des sinistrés pour convaincre certains riverains de déménager en échange de compensations.

Les sinistrés peuvent décider de rester et recevoir allant jusqu’à 100 000$, mais la province ne les indemnisera plus en cas de future inondation. Si la personne choisit se relocaliser hors de la zone non inondable, Québec offrira un dédommagement équivalant au coût neuf de la résidence, ou 200 000$ pour les inciter à déménager et payer la démolition du logement.

Interrogé à ce sujet, le premier ministre néo-brunswickois n’a pas précisé s’il souhaitait opter pour la même approche que la province voisine. La création d’incitatifs est tout de même sur la table.

«C’est délicat pour le propriétaire une maison qui vaut 400 000$, qui a dépensé tout cet argent pour construire au bord de l’eau, souligne Blaine Higgs. Je ne donnerai pas de chiffre, mais c’est certain qu’il doit y avoir un plafond.»