Un navire réparé à Bas-Caraquet pourra reprendre ses recherches dans l’Arctique

Le quai de Bas-Caraquet est pratiquement libéré de tous ses bateaux, partis pour la pêche au crabe des neiges ou au homard. Pourtant, il en reste un. Un gros et célèbre sur les blocs de bois.

À quelques pas de ce mastodonte des mers, David McIsaac le contemple attentivement. Il est visiblement très satisfait. Et un peu ému aussi, car ce vaisseau reprendra la mer vendredi matin après une pause bien involontaire de près de six mois.

Le William Kennedy paraît quasiment comme neuf, note le capitaine, heureux de voir que son navire a survécu aux lourds dommages subis pendant une expédition de recherche dans la baie d’Hudson et dans l’océan Arctique.

Car ce navire n’est pas comme les autres. L’Arctic Research Foundation s’en sert pour la recherche dans les eaux froides et peu accueillantes du Nord canadien. Il a notamment fait partie de l’expédition qui a récemment découvert l’épave de bois de l’un des deux bateaux naufragés de John Franklin au milieu du XIXe siècle.

Cet ancien bateau de crabe est arrivé en octobre à Bas-Caraquet sous le nom du White Diamond. Il a été rebaptisé pendant sa période en cale sèche au nom d’un célèbre explorateur canadien, qui a aussi vécu à la fin du XIXe siècle.

Sa coque était déchirée et les gouvernails défaits. Des travaux importants s’imposaient, d’une valeur de près de 100 000$.

Le capitaine s’est alors souvenu d’un séjour à Bas-Caraquet, il y a une dizaine d’années. Il avait apprécié le service et l’expertise locale. Quand son vaisseau a été endommagé à la fin de l’automne, son idée était déjà faite. Il a immédiatement contacté René Paulin, propriétaire de RP Pro-Fibre.

«Ce bateau est si gros que ce n’est pas tous les ports qui peuvent le soulever. Je savais que Bas-Caraquet possédait maintenant un ber cavalier d’une capacité de 300 tonnes», explique M. McIsaac, en regardant le résultat de plus de six semaines de travail échelonnées sur près de six mois en raison de l’hiver.

La fibre de verre et le bois de la charpente du navire étaient en sale état après avoir heurté le fond de roches pendant une tempête. Les ouvriers de RP Pro-Fibre de Bas-Caraquet ont tout rebâti, en ajoutant des plaques d’acier aux endroits plus vulnérables de la coque.

«Ce bateau travaille dans des conditions difficiles, reprend le capitaine. Il fallait donc le renforcer afin de pouvoir mieux affronter les eaux et les glaces du Nord canadien. De ce que je vois, c’est très bien comme réparations. Les gars ont bien travaillé.»

David McIsaac et son fils Daniel ne cacheront pas une certaine émotion quand le William Kennedy touchera l’eau, vendredi matin, au quai de Bas-Caraquet. Ils ont hâte de voir comment va se comporter le bateau. Ils prendront ensuite la route de Summerside, à l’Île-du-Prince-Édouard, avant de se diriger à Halifax pour quelques semaines.

Avec à son bord un équipage d’une quinzaine de scientifiques de l’Université du Manitoba et de l’Observatoire marin de Churchill, le navire retournera à ses recherches maritimes dans la baie d’Hudson vers la fin de l’été pour y passer les quatre prochains mois, sans toucher terre.

Le capitaine a particulièrement apprécié le travail de l’équipe de René Paulin, qui a accepté de prendre en charge le William Kennedy même si le groupe oeuvrait déjà sur trois autres crabiers.

Un compliment que l’homme d’affaires partage avec les huit autres personnes qui ont travaillé sur ce véhicule des mers.

«C’est une fierté de travailler sur un bateau qui a une histoire, raconte-t-il. C’est plaisant que David ait pris la peine de venir ici pour le faire réparer, parce qu’on a un ber cavalier capable de lever des bateaux de plus en plus gros.»

Un autre chapitre du savoir-faire maritime acadien

Ceux qui doutent encore de la relance de l’industrie navale à Bas-Caraquet doivent être de moins en moins nombreux. Quand le William Kennedy touchera l’eau vendredi, c’est un autre chapitre du savoir-faire maritime acadien qui sera complété.

Jean-René Gallien est directeur général du Centre des services maritimes de Bas-Caraquet. Ce qu’il aime, c’est de voir toute l’action au quai ces jours-ci. Dans un coin, les ouvriers du Groupe Océan terminent la construction d’une immense cale sèche flottante. Pas loin, des employés du Centre naval de l’Atlantique s’affairent sur le ber cavalier. Il y a aussi René Friolet Services maritimes qui ne manque pas de travail.

Sans oublier les spécialistes de RP Pro-Fibre, qui viennent de terminer les réparations sur le William Kennedy.

«Nous avions les capacités de le sortir de l’eau et des entrepreneurs privés capables de le réparer. Ce n’est pas une question d’argent, mais c’est grâce à la réputation de nos travailleurs. Un bateau qui vient se faire réparer ici apporte la clientèle de nos industries locales. Et plus il y en a, plus ça fait travailler notre monde à l’année et plus ça nous redonne des lettres de noblesse», estime M. Gallien.

«On a traversé un temps mort et nous nous sommes retroussé les manches. Le marché de la pêche est bon. Le prix du crabe, du homard et de la crevette a monté. Les propriétaires de bateaux ont décidé qu’il était temps d’investir dans leurs bateaux. C’est ce qui fait que nous avons une grosse demande», explique René Paulin, qui vient d’une famille dévouée à la construction de bateaux.

Ce boum d’emploi a ramené des gens dans la communauté, des personnes qui ont pu travailler avec un salaire décent sur une longue période, ajoute-t-il.

Ne manque plus que la rampe de halage pour compléter le tout. Groupe Océan négocie actuellement avec le gouvernement Higgs à ce sujet. On espère un dénouement positif dans un avenir rapproché.

«Il y a une demande pour notre rampe, mais il est désuet. Nous avons la profondeur d’eau pour de gros bateaux. J’ai déjà travaillé sur des 150 pieds et c’est impressionnant. J’espère qu’un jour, nous les verrons ici avec la rampe. Il y aurait alors de l’ouvrage pour de nombreuses compagnies, car nous avons tous les corps de métier ici», précise René Paulin.