Victimes de la maladie et d’une erreur de construction sur la maison de leurs rêves

Une femme de la région de Kent souffrant du cancer et sa famille vivent dans des conditions précaires à la suite d’une erreur de construction de leur maison de bois rond.

Les ennuis de Sébastien d’Anjou, ancien militaire, et Marie-Josée Lamontagne, enseignante, ont commencé en 2015, alors qu’ils habitaient dans la région de Calgary. C’est à cette époque que la mère de deux jeunes garçons a reçu son premier diagnostic de cancer.

Après avoir consulté des médecins, elle a décidé de suivre un traitement de chimiothérapie. Pendant six mois, elle a enduré les traitements et tous les effets secondaires qu’ils entraînent. Ça n’a pas fonctionné.

Plutôt que de suivre d’autres cycles de chimio, elle a opté pour des traitements alternatifs. Au cours des mois suivants, le couple a englouti plus de 100 000$ de ses économies dans une chirurgie au Colorado et des traitements d’immunothérapie au Mexique.

Les symptômes ont disparu, mais six mois plus tard, une bosse est apparue dans ses tissus cicatriciels. Mme Lamontagne a été pris en charge par un chirurgien albertain, tout en suivant une autre ronde d’immunothérapie (Rigvir) au Mexique.

«Combiné avec l’huile de cannabis, ç’a fonctionné», affirme M. d’Anjou, ajoutant que le chirurgien canadien a constaté que «la tumeur était morte» quand il l’a enlevé.

Une maison dans l’est du pays

Afin de se stabiliser financièrement et de ralentir son rythme de vie pour prévenir une rechute, la famille originaire de la ville de Québec a vendu sa propriété en Alberta et a déménagé dans l’est du pays. Elle avait l’intention de se faire construire une maison en bois rond près de Bouctouche, où le coût de la vie est peu élevé.

En juillet 2017, le couple a embauché une entreprise québécoise, Log Homes Saguenay, pour la préfabrication, l’assemblage et le montage de la structure de leur maison.

Aucun travail n’a été effectué sur la maison en bois rond de Sébastien d’Anjou et Marie-Josée Lamontagne depuis septembre 2017, quand un inspecteur a trouvé un défaut majeur dans la construction. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Une dizaine de jours après l’installation de la structure, en septembre 2017, un inspecteur de la Commission des services régionaux a découvert que les plans approuvés par un ingénieur néo-brunswickois n’ont pas été suivis. Les dimensions de la structure n’étant pas les bonnes. Il y a un écart de 7 à 8 pouces entre les murs de division intérieurs et les poutres maîtresses au sous-sol.

En décembre 2017, le couple a déposé une poursuite civile contre Log Homes Saguenay. L’entreprise n’a pas déposé de défense. Une comparution est prévue en octobre au Palais de justice de Moncton afin de régler les comptes.

Le seul hic: Log Homes Saguenay n’a plus d’actifs. La compagnie s’est placée sous la protection de La loi sur les arrangements avec les créanciers.

«On a suivi toutes les procédures et on a obtenu une date de cour en octobre. Mais en février, quand ils ont envoyé la date de cour à l’entreprise, le propriétaire a répondu qu’il avait fait faillite», explique M. d’Anjou.

«Il a ouvert une autre compagnie et il l’a mis au nom de sa nouvelle blonde. Il a pris les fonds, il les a retirés de la compagnie. Il les a tous mis au nom de sa nouvelle blonde. C’est sous un autre nom de compagnie, et maintenant il s’en lave les mains. Il a déclaré faillite, il a vidé ses comptes, et nos avocats n’ont aucun pouvoir pour aller chercher l’argent.»

L’Acadie Nouvelle a joint Valérie Noël, conjointe de l’ancien propriétaire de Log Homes Saguenay, Yannick Girard. Celle qui est aujourd’hui l’employeure de M. Girard l’avait accompagné, en septembre 2017, quand il est venu installer la maison en bois rond au Nouveau-Brunswick.

Elle nie catégoriquement les allégations de M. d’Anjou.

Elle précise que sa compagnie a été créée en juillet 2017, soit avant que la maison en bois rond soit installée. De plus, les activités de Log Homes Saguenay ont cessé en novembre, selon elle, soit avant le dépôt de la poursuite.

«C’était un choix personnel (de M. Girard) pour voir grandir ses enfants. Il n’avait pas de temps: il travaillait 90 heures par semaine. Quand j’ai commencé ma compagnie, il m’a dit que ça lui permettrait de travailler pour moi. On a une belle qualité de vie maintenant.»

«On n’arrête pas une compagnie de 20 ans pour une poursuite de 90 000$. C’était le bébé de Yannick, Log Homes. Ç’a été un deuil pour lui. C’était une grosse décision, mais c’était une décision familiale.»

Mme Noël affirme que M. Girard a fait une proposition à M. d’Anjou, mais ce dernier l’aurait refusé. Selon elle, on peut tout simplement installer une autre poutre au sous-sol de la maison pour régler le problème.

«Moi, dans la vie, je vois des solutions, pas des problèmes. On a amené deux ou trois solutions, et le monsieur n’en voulait pas.»

Jules Léger, l’inspecteur qui a fermé le chantier de construction, précise que l’erreur sur les dimensions de la structure a des répercussions sur d’autres facettes de la maison. Notamment, un escalier se termine dans le milieu d’une porte!

«Comme les murs ne sont pas au bon endroit, l’escalier tombe en face d’une porte extérieure. On ne peut pas avoir un escalier dans une porte de patio. Il y a des questions de sécurité. Ça prend des railings (balustrade), et on ne peut pas les mettre dans une vitre.»

Un constructeur de maisons à bois rond du Nouveau-Brunswick, Garth Farquhar de Tobique Log Homes, s’est rendu sur le site. Dans un affidavit déposé à la cour à Moncton, il affirme que la seule façon de respecter les plans originaux est de défaire la maison et de recommencer les travaux.

Les répercussions

M. d’Anjou et Mme Lamontagne ont été forcés d’emprunter plus d’argent afin de construire une deuxième maison – de style traditionnel – sur le même lot de terre.

À gauche, on peut voir la maison en bois rond où aucun travail n’a eu lieu depuis septembre 2017. À droite, la deuxième maison de Sébastien d’Anjou et Marie-Josée Lamontagne, où ils habitent malgré les travaux partiellement terminés. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Ils l’habitent même si les travaux ne sont pas terminés. Elle n’a pas de parement à l’extérieur et les murs à l’intérieur ne sont pas installés. M. d’Anjou effectue des travaux à mesure qu’il en a les moyens.

Sébastien d’Anjou, Marie-Josée Lamontagne et leurs deux fils habitent dans une maison à moitié construite. M. d’Anjou effectue des travaux à mesure que l’argent le permet. Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

En début de 2018, Mme Lamontagne a été diagnostiquée d’un cancer du sein triple négatif. Les médecins lui ont donné de 9 à 18 mois à vivre. Elle a subi une chirurgie, mais on a trouvé deux ganglions positifs par la suite. On lui a proposé de la chimiothérapie, mais elle a refusé, ne «croyant plus en la chimio» à la suite de son expérience de 2015.

Elle reçoit des injections de vitamine C et suit d’autres traitements naturels, payant elle-même les coûts. Elle souhaite obtenir le soutien financier de la province, soulignant que ces soins ont amélioré sa condition.

«On vit précairement parce qu’on met l’argent sur ma santé pour essayer de me sauver. Mes ganglions ont diminué de moitié en novembre, et je n’en aurai pas d’autres. On dit que ça va aller dans mon foie et dans mes poumons. Mon prochain test est le 30 mai, et mes ganglions ont encore diminué. Je le sens au toucher.»

Marie-Josée Lamontagne et Sébastien d’Anjou. – Acadie Nouvelle: Jean-Marc Doiron

Elle a demandé un traitement d’immunothérapie, mais ce n’est pas couvert par la province, explique-t-elle. Elle souhaite aussi suivre un traitement Side Effect Free (SEF) chemo, soit un type de chimiothérapie développé en Californie qui protégerait les cellules en santé du médicament qui s’attaque aux cellules cancérigènes. Ce n’est également pas offert au Nouveau-Brunswick.

«Une chimio va coûter 12 000$ au système chaque fois que je vais à l’hôpital. Moi, je peux aller loin avec 12 000$, mais le système ne va jamais me le donner.»